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Je suis vivant et vous êtes morts de Emmanuel Carrère

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

critiqué par Kinbote, le 24 août 2004 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 51 ans)

La note: 8 etoiles
Moyenne des notes : 8 etoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 etoiles (10 302ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 1 890  (depuis Novembre 2007)

Une biographie de Philip K. Dick

Emmanuel Carrère avait su dans « L’adversaire » revisiter, et de quelle troublante façon, la vie du meurtrier Romand. Il n’en était pas à son coup d’essai. En 1993, il écrivait une biographie du célèbre auteur de Total recall, Minority Report ou Blade Runner. Comme il l’explique en fin d’ouvrage, sa source principale fut l’oeuvre même du visionnaire auteur. Il nous raconte toute sa vie par le détail et nous fait pénétrer dans ses pensées mêmes et l’écriture presque au jour le jour de certains romans-clés. Inutile de se voiler la face : comme les rêves se nourrissent des faits de la journée, les romans puisent leur substance dans la vie de l’auteur, ses obsessions, les obstacles qu’il rencontre, la quête spirituelle qu’il poursuit. Dick, dont la soeur jumelle mourut quelques semaines après la naissance, fut toujours marqué par le questionnement sur le bien fondé de la réalité : qu’est-ce qui nous prouve que nous sommes vivants ? Personne n’appartient vraiment au monde réel, fait-il dire à un de ses personnages.
Etant donné ce terrain glissant, pas étonnant qu’il ait versé dans la théologie, une expérience mystique et la quête incessante de la vérité. Il passera les dix dernières années de sa vie à écrire une Exégèse, des milliers de pages qui n’aboutiront pas à un livre. Entre temps, il aura connu une vie mouvementée avec de multiples compagnes qui lui fausseront toujours compagnie, mais dans l’impossiblité qui’il était de vivre seul, sauf pendant une courte période de la fin de sa vie, aussitôt quitté, il mettait tout en oeuvre pour retrouver une femme. Pour écrire à un ryhtme soutenu et nourrir sa famille, il a abusé tôt de psychotropes et d’amphétamines, puis, plus tard, à une époque où sous l’impulsion de Timothy Leary entre autres, la drogue avait bonne presse, il usera et abusera de toutes les sortes de stupéfiants en vogue.
Sa paronoïa devint telle qu’il voyait des complots et des comploteurs partout. Il finit ainsi par croire que son ennemi juré, Richard Nixon (on voit là que Bush n’a pas le monopole du président haïssable et que cela serait même une marque de fabrique de certains présidents américains républicains), était à la solde des communistes. Lors d’une crise particulièrement aigüe de ce syndrome de la persécution, il appelle le FBI pour rendre ccompte des maneouvres dont il fait de la part des communistes. L’invitation d’un écrivain de science fiction polonais à le rencontrer de l’autre côté du rideau de fer prend pour lui une ampleur extraordinaire; on s’emploie pour sûr à l’éliminer. Car, pense-t-il, ses livres recèlent des vérités qui lui ont été dictées par des instances supérieures et qui menacent les intérêts de personnes en place...

Carrère dresse le portrait d’un homme tourmenté, mais attachant et qui aura, en tant que personne (mais pour le genre de littérature qu’il pratiquait, c’était tout bénéfice), été victime d’une imagination délirante ayant germé sur un terreau trop peu solide.

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Les éditions
   Volume  Editeur/Collection  Pages  ISBN/ASIN  Parution  Amazon
Je suis vivant et vous êtes morts Editions du Seuil
Points
373 2020291541 1997-01-01  go
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Les critiques éclairs (1)

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Portrait de l'artiste en artiste par l'artiste 8 etoiles

Je suis vivant et vous êtes morts...

Cette élucubration signée Glen Runciter (probablement mon personnage préféré de l'oeuvre Dickienne avec Palmer Eldritch), chapeaute très bien la biographie d'un auteur comme Philip K. Dick. Semi reclus, semi beatnik, à cheval entre croyances religieuses et la vague de croyants de Timothy Leary, Carrère a bien représenté la dualité métaphysique de l'homme. Mélangeant le récit de ses oeuvre à la narration du livre, on comprends, comment, à plusieurs niveaux, le processus créateur a toujours dépassé Dick. Je me suis bien marré devant sa trouille de Palmer Eldritch ou devant son amour pour Angel Archer.

C'est en vivant ses romans, au sens propre, que Dick a pu marquer l'imaginaire collectif. Un auteur et un personnage. Paranoïaque, hypocondriaque, multiphobique, mais combien intense et passionnant. Un excellant portrait, un point de vue très créatif.

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FightingIntellectual (Montréal, Inscrit le 12 mars 2004, 27 ans) - 5 janvier 2007


Forums: Je suis vivant et vous êtes morts
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  Point de vue artistique de l'artiste 1 FightingIntellectual 5 janvier 2007 @ 03:42

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