La fraîcheur et la liberté de style des premiers chapitres donne à découvrir un auteur s'amusant à brouiller les pistes entre styles et thèmes modernes et classiques, mélange d'esprit potache, de jeu littéraire et d'un brin de ce qui donne unité à la littérature venant de l'est.
Les chapitres se laissent découvrir comme s'il s'agissait de nouvelles courtes, dont le fil, de l'une à l'autre, ne serait guère plus qu'une ambition, toute en recul, d'atteindre au "roman naturel".
Mais, mais, mais... Même si tous les ingrédients viennent peu à peu à habiter ce roman sur le roman, même si la forme s'envole parfois au gré de l'humour et de belles touches faites au papier, on ne peut s'empêcher de voir là un exercice de style (queneau cité en quatrième de couverture) et un certain laisser-aller, comme si l'auteur faisait le pari de la réussite en laissant couler sa plume là où elle veut bien aller. Parfois ça marche, parfois non et on décroche alors en survol quelques pages en escomptant reprise à la nouvelle suivante..
Un bouquin qui laisse néanmoins le goût ou l'envie de découvrir ce que Gheorghi Gospodinov a pu s'amuser à écrire par ailleurs. Parce qu'une chose est sûr Gheorghi Gospodinov s'amuse et ça n'est vraiment pas chose désagréable.
Un extrait :
"Je suis trop gêné pour rester davantage. je me lève et m'en vais. Elles semblent me remarquer seulement maintenant, se taisent et boivent leur café d'un air concentré. Tout en me dirigeant chez moi, je me dis que l'espace d'une demi-heure j'ai été plus intime avec ces deux femmes que le seront jamais leurs propres maris. Triste conclusion. Il y a sûrement quelque part d'autres hommes qui, de la même manière, sont bien plus intimes que vous avec votre propre femme."
Balamento (, Inscrit le 7 août 2004, 45 ans) - 18 décembre 2004 |