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Clara et la Pénombre
de José Carlos Somoza, Marianne Millon (Traduction)
Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine
critiqué par Sottovoce, le 19 février 2004
(Bruxelles, Inscrite le 19 février 2004, 55 ans)
La note:
Moyenne des notes :  (basée sur 10 avis)
Cote pondérée :  (424ème position).
Visites : 2 061 (depuis Novembre 2007)
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Pourvu que l'on n'en arrive pas là...
Un roman d'anticipation assez époustouflant sur les déviances de l'art, qui réussit à tenir en haleine jusqu'au bout, agencé comme un roman policier.
Un enquête qui met en scène une société mercantile, d'où toute éthique est bannie, où la valeur d'une oeuvre d'art vaut bien plus que celle d'un homme.
Dans un futur qui n'est qu'après-demain, les oeuvres d'art ne sont plus peintes sur toile, mais sur des êtres humains, de préférence jeunes, si pas mineurs, traités et apprêtés comme de simples supports artistiques. Mais les iconoclastes guettent...
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| Les éditions |
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Volume |
Editeur/Collection |
Pages |
ISBN/ASIN |
Parution |
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Clara et la Pénombre |
Actes Sud (11 septembre 2003)
lettres hispaniques |
549 |
2742744525 |
2003-09-11 |
go
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| Livres liés |
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| Les critiques éclairs (9)
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| De l'éthique dans l'art, de ses limites |
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Ecrite en 2001, censée se passer en 2006, l'action met en scène un mouvement en vogue, l'art hyperdramatique, composé de personnes humaines peintes à nu, muscles et intimité savamment mis en valeur. Ce roman fort dérangeant ouvre un débat sur la dignité humaine, sur son renoncement volontaire au nom de l'art, à une mise consciente en esclavage, les personnes étant réduites à leur image, se délestant de leur humanité, de leur personnalité pour devenir des corps à la mode.
La trame part du postulat que tout aurait été fait dans l'art et qu'il ne lui resterait plus, pour évolution encore, que la transgression utile.
C'est comme ça, sauf contresens de ma part, que j'ai interprété ce livre.
Pour toutes ces raisons, j'ai eu du mal à l'aborder, à avancer, alors que la rencontre avec moi avait toutes les raisons d'être effectuée, vue que l'histoire de l'art est pour moi un violon d'Ingres. J'avoue avoir été heurté, avant de progresser dans la lecture comme dans une enquête dans l'indicible. Ce roman est indubitablement très fort, trop pour moi, ce qui explique ma note. J'avoue ma faiblesse, je n'ai pas été un lecteur à la hauteur : je pense qu'il vaut le Meilleur des mondes, mais il faut bien reconnaître que rien n'est épargné. Les bas instincts à l'origine d'un tel système sont bien analysés, donc avec une inévitable rudesse.
L'intrigue est bien conçue, avec méthodologie, froideur, dignes d'un chercheur en sociologie, dans le cadre d'une oeuvre de fiction, et d'une anticipation basée des désirs vils bien présents, que la télé-réalité n'hésite pas utiliser.
Tout cela est donc aussi dur, violent, que brillant.
Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 32 ans) - 15 octobre 2009 |
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| Clara et l'art : terrifiant et presque réel |
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J'ai adoré ce roman qui flirte avec une presque réalité. En tout cas, cela m'a semblé pratiquement possible. J'ai beaucoup aimé l'originalité du sujet. J'aime le style de Somoza dont c'est la première fois que je lis un roman.
J'en lirai d'autres, c'est sûr.
L'enquête m'a tenue en haleine jusqu'au bout.
C'est terrifiant car cela semble possible dans un futur proche.
J'adore et j'en redemande.
Mim (Onex Genève, Inscrite le 30 septembre 2006, 41 ans) - 11 avril 2008 |
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| Thriller artistique et futuriste. |
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En 2006,l'art hyperdramatique remplace la peinture sur toile. Ce sont des personnes qui deviennent des peintures surprenantes et inédites. Anna Hollech (une toile vivante) est sauvagement tuée. La police mène l'enquête et va tenter de protéger la prochaine exposition du célèbre peintre Van Tysch. Qui sera la prochaine victime et pourquoi détruire des toiles humaines?
Au-delà d'une intrigue policière ce roman nous amène à des réflexions sur l'art, ses dérives, ses limites ( jusqu'où pourrait-on aller?).
En espérant que l'on n'en arrivera pas là!
Nana31 (toulouse, Inscrite le 29 janvier 2006, 41 ans) - 4 mars 2008 |
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| L'art en question |
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– "Mais ce sont des personnes, April! Les copies sont des personnes, tout comme le tableau original!
– Mais elles ne valent rien par rapport à l'art.
– L'art ne signifie rien devant les personnes April!
– Je ne veux pas en discuter Hirum!
– Tout l'art du monde, tout le maudit art du monde, du parthénon à Mona Lisa, du David aux symphonies de Beethoven, est de l'ordure en comparaison avec la personne la plus insignifiante! Tu ne peux pas comprendre ça?
- Je ne veux pas discuter Hirum!"
Bienvenue en 2006! Un futur proche dans lequel l'art "hyper dramatique" a détrôné tous les genres. Les toiles et les objets sont des modèles humains, des supports que l'on apprête, que l'on torture parfois, pour les mettre en condition et leur permettre d'exprimer les perversions et fantasmes des maîtres du genre, dont le ténébreux Bruno Van Tysch. Le rêve de Clara : devenir une toile et être signée, tatouée par le Maître Van Tysch lui-même. Donner son corps en entier à l'art. Fusionner avec lui.
J'ai vraiment aimé les ambiances distillées par l'auteur. C'est souvent glauque, sombre, on nage dans la pénombre. Ce roman offre aussi de nombreuses pistes de réflexion et pose beaucoup de questions. L'art a-t-il des limites? Qu'est-ce que la beauté? La vie a-t-elle un prix? On pourrait croire que ce roman dépeint une société futuriste en complète perte de repères, en voie de déshumanisation. Et pourtant, en y réfléchissant bien, ce futur semble de plus en plus proche. Un grand roman....
Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 30 ans) - 2 novembre 2005 |
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| Tout est dans la Pénombre |
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Somoza est un auteur étonnant. Ses sujets de roman sont étonnants. Et dans le cas présent, choquant, surprenant et terrible.
Terrible car l'horreur semble si proche et si réaliste que l'on ne peut s'empêcher de mettre ses propres convictions en doute. Ce qui pourrait de prime abord sembler inconcevable parvient de manière pernicieuse à prendre le dessus et à s'autosuggérer probable.
Des personnes transformées en meubles, en domestiques déshumanisés mais de luxe, jusqu'à l'ultime réussite: être dépossédé de soi pour devenir une oeuvre d'art complète, intense et purement matérielle. On peint à l'émotion, on travaille le corps à la violence, on apprête, on esquisse. Jusqu'à la folie.
Ce livre est passionnant par le sujet qu'il traite et par la manière dont il le traite, intelligement, sans théatralisation. Il titille la conscience en liant, en filigrane, ses extrapolations romanesques avec les dérives actuelles et les gouffres dans lesquels la société serait encline à tomber.
Excellent.
Bluewitch (Bruxelles, Inscrite le 20 février 2001, 31 ans) - 21 juin 2005 |
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| Clara et la Pénombre |
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Dans un futur proche, en 2006, le marché de l’art a décidé de mettre en exergue « l’art hyperdramatique » qui consiste à utiliser le corps humain comme toile ; les artistes, convaincus dans leur mégalomanie de faire de la vie de l’art et vice-versa, manipulent les modèles jusqu’à les transformer en pantins aux chairs anonymes et vidées d’émotions. Malgré cela, Clara, jeune modèle espagnole, est fascinée par ce qu’elle voit avant tout comme une mise en lumière, et rêve d’être peinte par Bruno Van Tysh, le précurseur de ce courant. Mais la frontière qui sépare le génie de l’horreur n’est pas loin, le jour où l’une des œuvres humaines est détruite et massacrée dans un nouveau rite « artistique »…
José Carlos Somoza, cubain exilé à Madrid, a quitté son métier initial de psychiatre-psychanalyste, pour s’adonner exclusivement à l’écriture pour notre plus grand bonheur. Et après « la caverne des idées » parue en 2002 (polar néo-platonicien échappant à tous les genres), il nous livre avec « Clara et la pénombre » un autre thriller métaphysique inquiétant, mâtiné de réflexions sur la beauté, l’éphémère et le prix de la vie.
Dans cette histoire que n’aurait pas renié un Lynch, Somoza s’intéresse aux mises en abymes qui fascinent et effraient, mélange ambigu de lumière et de clair-obscur – et s’interroge sur les dérives de l’art, et de notre société qui veut tout montrer, fascinée qu’elle est par la jeunesse et la beauté, et où l’exhibitionnisme est paré de toutes les vertus… On pense inévitablement à des artistes comme Orban, ou encore Sophie Calle, qui ont choisi de se mettre elles-mêmes en scène, et ce, depuis des années, mais on pense aussi à la Télé-réalité… Et c’est bien toute la qualité d’un écrivain contemporain futuriste que d’arriver par la fiction à retranscrire des idées qui nous touchent pourtant de près au présent.
L’écriture limpide, et parfois compulsive de Somoza, qui laisse libre court à de multiples interprétations, colle parfaitement au sujet ; à l’instar d’un Jauffret, on a parfois l’impression que les mots se diluent pour mieux laisser parler l’absurdité des vies et la dilution des existences. L’envers du décor fascine, et pourtant la frontière entre la démarche artistique et l’imposture est mince. Par l’intermédiaire de Clara, on comprend aussi qu’on peut être d’autant plus attiré par la clarté et la transparence qu’il y a quelque chose en soi qui n’y croit pas, mais qu’on refuse de voir. Avec Somoza, écrivain trop lucide, il n’est de toute façon d’expression que fragmentaire, partielle… et toute lumière cache son ombre… Qu’est-ce qui est réalité, qu’est-ce qui est illusion, tout cela n’est-il pas un jeu de dupes et de miroirs, dont l’art sait mieux que quiconque extraire les reflets ?! Mais comme le dit le personnage du livre lui-même, « toute vérité est dans la pénombre ». Alors forcément, ce livre inclassable laisse planer plus de questions que de réponses, et on n’ira d’ailleurs pas s’en plaindre.
Paracelse (Paris, Inscrite le 29 avril 2005, 40 ans) - 29 avril 2005 |
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| Les déviances de l’art |
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Les critiques précédentes m’ont donné envie de lire ce livre, dont je ne connaissais pas l’auteur. Tout est absolument horrible dans ce livre, la condition des «œuvres d’art», le fait de devoir rester 8 heures crucifié, ou servir de portemanteaux parfois en plein air est vraiment la fin de l’art, sans parler des toiles humaines, certaines ont entre douze et quatorze ans. L’apprêtage des toiles, la signature du Maître, tout paraît plausible et nous sommes dans ce livre en 2006. La réunion en fin de livre des actionnaires de la fondation est hallucinante, l’argent, l’argent, l’art est argent.
« Il acquit également juste pour l’occasion, cinq Langues adolescentes toutes nouvelles et très bien entraînées de Mark Rodgers…………………………… La Langue allongée par terre devant lui, complètement nue et peinte en rose et blanc, aveugle et sourde à cause des caches, tâta le terrain de sa tête blonde, avant de trébucher sur l’autre chaussure et continua à lécher » Ces passages font plus froid dans le dos que les meurtres et l’enquête qui en découle. La seule belle chose de ce livre est la musique qui est mentionnée un très court instant «La musique funèbre pour la reine Mary » de Henry Purcell ». A lire mais avec des pincettes.
Un dernier mot, toutes les critiques pour cet auteur étaient féminines, donc Messieurs un petit effort, lisez Somoza cela vaut la peine.
Eireann 32 (Lorient, Inscrit le 7 novembre 2004, 62 ans) - 7 avril 2005 |
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| Fascinant et terrifiant en même temps |
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Pour terminer l’année 2004 en beauté…
Alors là les p’tits gars. Faut avoir le coeur et la cervelle bien accrochée. Il s’agit a priori d’une histoire de tueur en série, en surface. C’est le livre le plus dérangeant que j’ai jamais lu. L’ambiance est glauque, bizarre, et terrifiante au niveau psychologique. Imaginez… Dans votre maison, les meubles, les accessoires sont humains. Vous vous asseyez sur des sièges humains, vous posez vos verres sur des tables humaines. Le porte-serviettes de votre salle de bain est lui aussi humain. Des humains qui servent de lampes, de siège… pendant des heures, indépendamment de la douleurs que subissent leurs muscles, leur colonne vertébrale.
Mais ce n’est pas tout. Il en est fini de la peinture traditionnelle sur toile, Les peintres utilisent des “toiles humaines". Des jeunes filles, des enfants, des hommes, des vieillards. La plupart du temps nus et peints. Il doivent rester des heures dans la posture que le peintre leur a ordonné de garder. On peut les louer, ou les acheter. Ils restent chez vous 8h dans la même position, sans broncher… Évidement ils sont très bien payés pour ça mais quand même…
Ce bouquin est tout aussi fascinant qu’il est presque insupportable à lire. Un petit bijou.
Flyingcow (Paris, Inscrite le 11 février 2005, 35 ans) - 22 mars 2005 |
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| L'Homme est-il un monstre ? |
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Etrange récit mettant en scène des jeunes filles, belles, objets de la convoitise des amateurs d’art pour qui elles ne représentent pas un être humain à proprement parler mais une toile, un tableau, une œuvre qu’on expose, dont on s’enorgueillit. Elles sont réduites au rang d’objets. Lorsque Annek, qui n’a que quatorze ans, est tuée, il ne s’agit pas, aux yeux de ces collectionneurs cupides, d’un meurtre, mais d’un délit sur objet, on a attenté à la pérennité d’une œuvre d’art très côtée. Cette subtilité de langage, si bien relevée par Somoza (on parle d’attentat sur une œuvre et pas de meurtre sur une personne) me fait penser à certaines phrases des dirigeants en guerre, qui parlent de dommages collatéraux comme si on parlait de jeux de fléchettes alors qu’il s’agit tout de même de vies humaines.
Tout est là, dans le langage, qui traduit la conception qu’on se fait désormais de la personne, de l’être humain. réduit au rang d’objet, on peut tout exiger de lui, tout se paie, tout se vend, s’achète et se détruit. C’est effrayant.
Cet assassinat n’empêche pas la jolie Clara de fantasmer sur le statut de femme-objet d’art, elle rêve de devenir l’égérie du grand Van Tysch. Peu importe si le fait de devenir une toile humaine est avilissant, elle ne pense qu’à ça. Un esclavage moderne où fric et bon goût flirtent dangereusement.
Somoza nous offre ici un roman noir, dans lequel se situe une intrigue policière, mais ce n’est, à mes yeux, pas vraiment là l’essentiel. Celui-ci se situe ailleurs, dans ce nouveau jeu établi des relations humaines, dans la dépravation de l’âme et l’avilissement de l’Homme. Les êtres humains se transforment en objets, consciemment, volontairement ou contraints par la vie. Quel avenir pessimiste que celui qui nous est ici donné à lire !
Mais est-ce vraiment le futur ? Ces femmes-objets que sont les jeunes mannequins qui défilent pour les grands couturiers au prix de tous les sacrifices (la guerre au moindre gramme de chair en trop n’est qu’une des facettes de cette tyrannie de la mode à tout prix) ne sont-elles pas déjà les précurseurs de ces femmes-toiles humaines de Somoza ?
Somoza ne nous fait pas directement la morale (enfin il ne me semble pas), mais les questions induites par son roman sont insupportables. Notre société débloque donc à ce point ?
Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 36 ans) - 10 juin 2004 |
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