American Darling de Russell Banks

American Darling de Russell Banks
( The darling)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Fee carabine, le 5 octobre 2005 (Inscrite le 5 juin 2004, 43 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 34 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (117ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 15 868  (depuis Novembre 2007)

...African Dream

Un rêve africain. Ce pourrait être un autre titre pour ce roman qui brasse deux histoires: celle d'une femme américaine, Hannah Musgrave, et celle d'un pays africain, le Libéria, des années 1960 à l'an 2001. Deux histoires intimement mêlées.

Parlons du Libéria pour commencer, un petit pays coincé entre la Sierra Leone, la Guinée et la Côte d'Ivoire, sur la côte atlantique de l'Afrique. Un pays qui entretient des liens privilégiés avec les Etats-Unis depuis sa "création" au XIXème siècle, ou pour mieux dire sa colonisation par des noirs américains - surnommés les amérikos -, des esclaves affranchis ou fugitifs qui s'étaient d'abord installés dans les états du nord, suscitant une profonde inquiétude dans le chef de la population blanche. Le gouvernement des Etats-Unis, avec la complicité des abolitionistes bien pensants, avait alors opté pour leur "retour aux sources" et financé leur installation dans ce petit bout de terre. C'était la solution idéale: les Amérikos, trop heureux de reprendre le rôle de propriétaires terriens ou de contremaîtres, cultivaient le riz ou exploitaient des plantations d'hévéas tout en apportant à leurs frères de la brousse les bienfaits de la civilisation et les lumières de la vraie foi (épiscopalienne ou baptiste dans le cas présent) et en renvoyant à leurs bailleurs de fonds d'Outre-Atlantique des dividendes sonnants et trébuchants. Bref, le rêve... Après quoi, l'histoire du Libéria se confond avec celles de ses voisins à la fois exploités et maintenus dans une forme de dépendance par les puissances occidentales, pour finalement sombrer dans une sanglante guerre civile dans les années 1980.

Et venons-en à présent à Hannah Musgrave, l'American Darling du titre, née dans une famille privilégiée de la grande bourgeoisie bostonienne et destinée, selon toutes évidences, à hériter des privilèges de ses parents. N'était son engagement politique, dans les mouvements pour les droits civiques des noirs tout d'abord, dans les mouvements de protestation contre la guerre du Vietnam ensuite. Un engagement de plus en plus radical qui l'a amenée à plonger dans la clandestinité, avant de la forcer à quitter les Etats-Unis pour le Ghana et de là pour le Libéria où elle a épousé un Libérien avec lequel elle a eu trois fils. C'est Hannah Musgrave elle-même, à l'aube de la soixantaine, qui, se retournant sur son passé, nous raconte à la fois sa propre histoire et celle du Libéria. L'occasion pour Russell Banks de nous donner un magnifique portrait de femme, de ses égarements, de ses aveuglements à l'époque de son radicalisme politique et plus tard, son apathie devant la corruption du régime et l'insondable misère du peuple libérien, et enfin de la lucidité tardive qui lui fait comprendre comment le peu d'emprise que nous avons sur nos vies et notre environnement, si dérisoire soit-il, peut à certaines heures, faire toute la différence, et comment certains de nos choix peuvent se révéler lourds de conséquence, ne serait-ce que pour nous-mêmes et ceux qui nous sont très proches: "Yet at any time, once my baby were born, I could have put my shoulder to the wheel of one or several of the dozens of volunteer and non-governmental charitable organizations that were stuck to their hubs in the mud of Liberian corruption, cynicism and sloth. (...) It wouldn't have changed the world or human nature, and probably wouldn't have altered a single sentence in the history of Liberia. But it would have changed me. And a different person, I might have avoided some of the harm I inflicted later both on myself and others."

Tout en promenant le lecteur continuellement d'un époque et d'un continent à l'autre, Russell Banks brasse plusieurs des thèmes qui lui sont chers. Les questions raciales, et ce serait faire preuve d'angélisme d'en nier l'existence alors qu'aujourd'hui encore, dans la Nouvelle Orléans sinistrée, il vaut mieux avoir la peau blanche, alors qu'aujourd'hui encore l'Afrique se déchire dans des guerres que l'on peut qualifier de tribales. Les cicatrices laissées par la colonisation. La politique étrangère des Etats-Unis. Les injustices sociales. Les illusions des idéologies, même les mieux intentionnées. La difficulté d'atteindre à la lucidité et à un engagement véritable... Cela nous vaut un livre très dense et très riche, mais qui reste toujours d'une limpidité et d'une clarté exemplaires. Un livre profondément intelligent et débordant d'humanité.

"American Darling" est peut-être le plus beau livre de Russell Banks à ce jour.
Un livre à lire de toute urgence.

Message de la modération : Prix CL 2008 catégorie Roman étranger

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Un roman au fort parfum exotique

7 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 52 ans) - 15 avril 2016

American Darling est un roman assez dense, dont la lecture est assez aisée, sans fioriture et qui joue pourtant sur une construction complexe en passant de flash-backs en effets d’annonces. Malgré tout le lecteur n’est jamais perdu et est tenu en haleine par la trame de l’histoire, l’auteur lui donnant régulièrement l’envie de poursuivre.

Plusieurs sujets sont abordés dont je retiendrais l’activisme blanc révolutionnaire aux USA, tendance politique assimilée à de la trahison, la confrontation des cultures, les grands primates et enfin l’histoire du Libéria, nation issue d’une construction artificielle, mais aussi pays martyr dans le contexte de la fin de la guerre froide et des « démocratisations » africaines.

Mon intérêt s’est surtout porté sur le dernier thème également rendu célèbre par le Prix Renaudot 2000, « Allah n’est pas obligé ». Dans American Darling, l’auteur met en scène des scènes et des personnages historiques avec d’autres personnages de pure fiction.

Pas vraiment de points négatifs, mais je pense que comme au cinéma, certains passages auraient pu être coupés au montage ; je cite par exemple le fait de s’étendre sur les relations entre Hannah et ses parents qui m’a semblé être du remplissage.

La majorité de critiques précédentes sont logiquement élogieuses et loin de moi l’intention d’aller à contre-courant.

Même si on n’est pas dans la grande littérature, ce roman peut compter comme une référence du genre sans pour autant mériter un place dans le top 100 de CL. Assurément un très bon moment de lecture.

Histoire d'une femme libérienne, pas libérée

9 étoiles

Critique de Ardeo (Flémalle, Inscrit le 29 juin 2012, 69 ans) - 28 novembre 2015

Je ne suis certainement pas le premier à le dire mais « American Darling » est vraiment un grand roman. Il est le premier Russell Banks que je lis mais dans cet ouvrage, j’ai trouvé tout ce qui fait un grand romancier : une écriture fluide, riche et passionnante, une intrigue complexe mais simple et facile à suivre, des thèmes universels avec une approche toute personnelle, des procédés de « flash-back » des plus réussis (on passe d’une époque, d’une période de vie à l’autre sans même s’en rendre compte et avec une facilité qui étonne après coup), des personnages qui ont de l’épaisseur et auxquels on croit, des références à l’histoire d’un pays et à ses dirigeants et à l’Histoire tout court superbement intégrés à l’action et aux personnages sortis de l’imagination de Banks …
Et par-dessus tout, il y a la narratrice, une femme qui d’abord se croit forte (et que nous avons cru forte également) et qui se révèle, se raconte avec toutes les faiblesses du genre humain. Un pays, le Liberia que moi non plus, je ne pensais pas avait été aussi perturbé par des évènements invraisemblables, inouïs, atroces, abominables, inhumains. Comme les « rêveurs » ? On peut se le demander.

Oh Hannah !

6 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 57 ans) - 8 juillet 2015

Oh Hannah !
Hannah est froide et franchement au fil des pages j'ai commencé à la détester.
Elle manifeste des timides sentiments envers son employée Anthèa et envers ses rêveurs (à savoir ces orangs-outangs martyrs). Le reste du texte la laisse comme simple spectatrice. Même envers ses enfants elle reste de marbre !
C'était peut-être le but recherché par l'auteur ? Mais ça a beaucoup brouillé ma perception du livre.
A son retour du Liberia, Hannah aura ces phrases glacées :
- " C'était en 1983, et la guerre contre la guerre était terminée depuis longtemps. Ronald Reagan était président, et les jeunes américains s'intéressaient plus à devenir riches avant l'âge de trente ans qu'à refuser leur confiance à ceux qui avaient dépassé cet âge".

Russell Banks a écrit un grand livre, mais je l'ai trouvé trop long et trop encombré.

Quelques réserves

8 étoiles

Critique de Falgo (Lauris, Inscrit(e) le 30 mai 2008, 78 ans) - 18 novembre 2012

Ce livre a tellement - et bien - été critiqué sur ce site que mon opinion, tardive qui plus est, n'est probablement que secondaire. Je ne connaissais pas cet auteur. Pour moi il y a trois sujets dans le roman:
- Le destin d'Hannah Musgrave, femme au parcours chaotique, tentée d'abord par une contestation dont, plus tard dans sa vie, elle ne comprend plus le sens; humaniste douteuse qui se réfugie dans l'attention portée aux chimpanzés; citoyenne du Libéria peu concernée par ce qui s'y passe. Très beau portrait de femme, nuancé, contrasté, plein d'élans et de doutes.
- Le mouvement contestataire américain des années 1960-1980 décrit par le personnage de Hannah et ceux qui gravitent autour d'elle. Un rappel salutaire de ce que fut l'Amérique de ces années-là.
- C'est la partie consacrée au Libéria qui suscite mes réserves. On y sent à chaque page le travail de documentation de l'auteur, y compris un probable séjour dans le pays pour en restituer la "couleur locale". On y retrouve pas mal des clichés qui ont couru et courent encore sur l'Afrique, dont l'accumulation sur le destin de Hannah procure une forte impression d'artificiel.

"Mon pays, mon ennemi !"

10 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 52 ans) - 14 avril 2012

Qui est Hannah ?

Down Carrington ; la jeune militante politique, membre des Weather Underground - traitre à la race blanche - luttant contre le racisme, la guerre du Vietnam et l'impérialisme américain ? Une étudiante révolutionnaire contre laquelle un mandat d'arrêt fédéral a été lancé ?

Hannah Musgrave Sundiata, épouse d'un ministre délégué à la santé du gouvernement libérien de William Tolbert ? Une affectueuse épouse américaine d'un bourgeois africain, qui lui a donné 3 enfants à la peau brune ?

Hannah Musgrave, déchirée entre les 2 cultures, américaines et africaines ? Rejetée par son pays natal et isolée par son pays d'adoption, le Liberia ?

La vie d'une femme et l'Histoire d'un pays africain se confondent.
Le Liberia ; ses palais au luxe insolent qui côtoient des cases en torchis plongées dans l'obscurité.
Un pays où les ressources naturelles ont été bradées aux investisseurs américains et européens. (diamants, plantations d'hévéas, ....)
Un laboratoire à ciel ouvert pour l'industrie pharmaceutique américaine. (tests sur les chimpanzés)
Une officine de change, où la corruption - partie du sommet - se répercute dans toute la société jusqu'en bas. Les pots-de-vin et l'aide étrangère détournée.
Un château de cartes, un lieu hanté en permanence de fantômes vengeurs.
Un pays d'enfants soldats, d'escadrons de la mort, sillonné par des hordes de maraudeurs, drogués et ivres de mauvais alcools.

L'histoire d'Hannah est aussi forte que celle du Liberia, pays assez symptomatique des maux du continent africain.
Russell Banks dévoile des aspects de géopolitique cyniques.
Une démagogie politique criminelle où des acteurs majeurs de gouvernements sont impliqués.
Hannah, personnage principale et narratrice nous prend par la main et ne cesse d'expliquer le pourquoi des faits sans se dédouaner.
"Les fils conducteurs de ma vie avaient été la trahison et l'abandon"
Hannah qui veut réparer" en créant un sanctuaire pour recueillir les chimpanzés exploités (la viande de brousse)
Ces singes qui ont une conscience.... des " rêveurs " !

Que vous dire de plus ! Une oeuvre majeure.
Le "final" (la toute dernière page) est éblouissante, une symbolique puissante !
L'un des meilleurs romans lu ces dernières années.

Grandiose !

Epopée géopolitique sulfureuse et sanglante

8 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 39 ans) - 19 février 2012

Que j'ai eu du mal à entrer dans ce roman géopolitique, mais que cela valait la peine ! Que de sang, que de morts, que de retournements, de va-et-vient, pour faire vivre à la protagoniste un amour tragique pour ses enfants métissés, que les circonstances troublées de sa vie de militante, et partiellement de clandestine, lui ont offerts !
Ses différentes vies se croisent, toutes de manière assez douloureuse, pour un épilogue aussi triste que rempli de sagesse.
Ce livre permet d'en apprendre sur les relations internationales en Afrique, et est donc loin d'être vain, tant sur la forme que sur le fond,... à condition d'avoir le coeur bien accroché.

Superbe

9 étoiles

Critique de DE GOUGE (Nantes, Inscrite le 30 septembre 2011, 61 ans) - 30 septembre 2011

Je me croyais férue en histoire, je suis bouleversée par ce livre et par la découverte de ce pan de réalité qui produisit une nation à laquelle on imposa, pour protéger en toute bonne conscience le nord des US, l'arrivée des noirs américains "encombrants" lesquels se sont empressés de reproduire au détriment des "locaux" la cruauté dont ils furent victimes.
L'éternel détachement du réel de cette femme, est-elle attachante ou insupportable- est fascinant. Son extrémisme purement intellectuel, dans l'engagement politique comme dans l'apathie, est sidérant.
Ce livre ne peut laisser indifférent : histoire d'une femme entremêlée à celle de deux nations. Tout en ayant adoré ce livre, je n'ai pu m'en libérer qu'en recherchant la suite de l'histoire du Liberia. Désormais, c'est une femme, démocratiquement élue, qui dirige cette nation. L'africaine est l'avenir de l'Afrique, et non l'américaine ou l'européenne.
Merci à Russell BANKS pour cette œuvre dérangeante mais oh combien puissante.

Juste pour dire que...

8 étoiles

Critique de Pepe (, Inscrite le 18 février 2008, 36 ans) - 16 mars 2011

...je m'associe à tous ceux qui ont trouvé en ce livre un grand roman. En effet, j'ai passé un très bon moment entre les mains de Russell Banks et de son héroïne Hannah Musgrave. Je n'en ajoute pas davantage étant donné tout ce qui a été dit précédemment. Un grand bravo à l'auteur!

Hannah Chérie

9 étoiles

Critique de Rouchka1344 (, Inscrite le 31 août 2009, 27 ans) - 20 octobre 2010

Histoire d'un pays qui s'écroule. "American Darling" est le genre de roman qui vous fait oublier où vous êtes, qui vous êtes tellement on se sent ne faire plus qu'un avec les pages qui défilent sous nos yeux. Une histoire commune, si on pense à toutes les atrocités perpétuées depuis la nuit des temps, pour une héroïne très singulière.

On peut ne pas aimer l'héroïne, Américaine pourrie gâtée qui préfère ses chimpanzés à ses enfants, mais on ne peut renier la force et la complexité qui se dégage de cette femme issue d'un milieu bourgeois et d'une époque où les baby boomers cherchaient leur identité, leur place dans une Amérique en évolution. Et on se prend à l'admirer.
Personnage dérangeant cette Hannah, rien qu'à lire les lettres qu'elle envoie à ses parents qui sont d'une froideur qu'on ne peut être déconcerté. Puis les lettres à son mari et à ses enfants où l'on sent le rôle, la comédie qu'elle est entrain de jouer. Pourtant je n'arrête pas de me demander: si Hannah avait été un homme, le personnage m'aurait-il autant dérangée ?

Un roman écrit à la première personne sous forme de confidences, "American Darling est fait pour ceux qui aiment lire.

Out of Africa

10 étoiles

Critique de Poignant (Poitiers, Inscrit le 2 août 2010, 51 ans) - 16 octobre 2010

Début des années 2000. Hannah Musgrave vit depuis 10 ans dans sa ferme perdue dans le nord de l'état de New York.
Seule, simplement entourée de ses chiens et de quelques amis-employés, elle mène une existence rustique à élever des poulets bios.
Un jour, une irrésistible pulsion l'amène à revenir sur son passé africain.
Hannah est issue de la bonne bourgeoisie de la côte est. A la fin des années 60, elle s'est enivrée de l'idéalisme gauchiste et a fini par se retrouver dans la clandestinité terroriste. Pour sortir de cette impasse, elle s'est enfuie en Afrique et s'est retrouvée mariée à Woodrow Sundiata, ministre de la santé du Liberia.
Trois enfants plus tard, vivant insatisfaite dans un cocon post-colonial, son seul épanouissement est dans l'étude d'un groupe de chimpanzés, ses rêveurs.
Mais des manœuvres politiques vont bientôt plonger le Liberia et la famille d'Hannah dans le chaos...
J'étais jusqu'alors passé à côté de l'œuvre de Russell Banks. « American Darling » est ma première rencontre avec elle, et quelle rencontre !
Une énergie rare se dégage de cette écriture accessible, simple, limpide. On songe à celle de de William Styron, de John Steinbeck et de Jim Harrison. Hannah semble d'ailleurs être la cousine de sa « Dalva ».
On plonge dans ce roman avec délectation malgré l'horreur et la lente descente aux enfers qu'est la vie d'Hannah, passée des rêves révolutionnaires de sa jeunesse au cauchemar d'une guerre civile africaine.
Puissant et fascinant. A lire

Qui sont les rêveurs ?

9 étoiles

Critique de Vieil (Nantes, Inscrit le 9 mars 2010, 85 ans) - 24 mars 2010

Le monde de Russel Banks est noir et les hommes sont forts, car comment survivre sinon … La violence est le moyen pour faire régner un ordre dont seule une poignée en profite. Dans ce monde, point de salut. Les ex-opprimés oppriment à leur tour quand l’occasion se présente ; je parle notamment des esclaves affranchis qui quittent les Etats-Unis pour exploiter les autochtones libériens. « L’empathie » et la « sympathie » que l’auteur définit comme « sentir pour l’autre et sentir avec lui », même présentes, sont inefficaces. En effet, Woodrow reconnaît que « les gens mangent mal, à présent, beaucoup plus mal que dans le passé » mais il affirme aussitôt « le diable qu’on connaît vaut mieux que le diable qu’on ne connaît pas ». Et sans doute, Hannah Musgrave ou Dawn Carrigton ou Scout mène un combat qui frise le terrorisme, mais qui est avant tout un combat d’idées vagues peut-être chimériques. Le peuple lui semble si loin, si inaccessible et elle reconnaît avoir perdu huit années pendant lesquelles elle aurait pu « alphabétiser » des « filles ». Pourquoi des filles d’ailleurs ? Seulement se frotter au peuple n’est pas le genre d’une révoltée qui ne semble trouver une identité que dans les yeux d’une chèvre ou de chimpanzés.
A 50 ans passés, Hannah prend la cause des poulets et fait de leur dépeçage « à la machette » « son privilège ». La qualité de vie des ces volailles « des vies dignes d’être vécues » justifient à ses yeux ce nouveau combat.
Le génie de Russel Banks est de m’avoir emporté dans un roman où pourtant le Libéria m’était aussi étranger qu’une planète inexplorée et son personnage peu attachant.

très bien écrit

8 étoiles

Critique de Caro des bois (, Inscrite le 27 février 2010, 7 ans) - 27 février 2010

roman très bien écrit au niveau du récit; le regard porté par l'héroïne (ou plutôt l'anti-héroïne) , Brettina, est rétrospectif et il est difficile pour elle de se réapproprier sa propre histoire, sa propre vie de femme.. c'est une quête douloureuse et un peu 'masochiste' de la part de Brettina mais a-t-elle le choix ?
son univers romanesque est à découvrir de toute urgence

Une femme libre et ses rêveurs

8 étoiles

Critique de Mieke Maaike (Bruxelles, Inscrite le 26 juillet 2005, 44 ans) - 21 décembre 2009

Un superbe portrait d'une femme libre, engagée corps et âme, allant jusqu'aux bout de ses convictions, dans une épopée de près d'un demi siècle s'étendant entre les Etats-Unis et le Liberia. Si certaines critiques précédentes évoquent la difficulté de s'identifier à l'héroïne, j'ai au contraire totalement plongé dans ce personnage en dehors des stéréotypes féminins. Une aventurière un peu tête brûlée, armée d'idéaux, s'engouffrant dans la clandestinité des mouvements politiques radicaux américains avec la même énergie que dans la savane et les bidonvilles africains. Une femme qui sort des sentiers battus, qui refuse tout conformisme, tout état d'âme à l'eau de rose, complètement en décalage jusque dans la maternité.

Le roman est foisonnant, épique. Il explore les nombreuses facettes des principaux personnages, pose un regard critique sur les relations entre l'Occident et l'Afrique, depuis les stratégies géopolitiques jusqu'aux petits arrangements du quotidien. On sent derrière ce roman un important travail de recherche et de documentation qui permet d'intégrer la fiction dans la Grande Histoire. Et pourtant, il manque à mon sens une dimension qui aurait rendu ce roman magistral: l'évolution de la conscience politique d'Hannah. Quelles étaient ses réelles motivations politiques qui l'ont poussée, petite bourgeoise, à adhérer aux mouvements radicaux au point de flirter avec le terrorisme ? Comment a-t-elle pu passer de cet engagement extrême à une période de vie de femme au foyer rangée dès son débarquement en Afrique ? Puis par quel cheminement intellectuel en est-elle arrivée au seuil de sa vieillesse à adopter une vie bohème, communautaire, un peu écolo, dans une ferme au fin fond de l'Amérique ? C'est un pan entier de la psychologie du personnage qui n'a malheureusement pas été creusé et qui aurait pourtant mérité de plus amples développements, d'autant que la matière y était.

Mais ce livre n'est pas seulement l'histoire d'une femme hors du commun. C'est aussi une belle évocation de l'Afrique, y compris dans ses dimensions les plus dures. Une culture imprégnée de traditions tribales prenant racine dans le cœur le plus noir de la jungle, la corruption généralisée, l'oligarchie de marionnettes, la violence latente. Cette poudrière invisible, omniprésente, qui, à la moindre étincelle, entraîne une région entière dans le chaos et la fureur emportant tout sur son passage, les vies, les amours, les rêves. Et les rêveurs.

Les hommes, espèce la plus menaçante de l'humanité ?

9 étoiles

Critique de Garance62 (, Inscrite le 22 mars 2009, 55 ans) - 10 mai 2009

Envie de citer des passages puisque tant a déjà été dit.
D'abord :"...depuis que notre espèce a appris à fabriquer des armes et à apprivoiser le feu,les femmes ont fui le carnage et sont revenues plus tard contempler les décombres de leurs maisons pillées; et là, abasourdies par la violence de la destruction et par sa force, elles ont essayé de comprendre pourquoi..." (p.44)
puis aussi : " Au cours des mois et des années qui ont suivi, jusqu'à ce que les gens élisent Charles Taylor pour qu'il arrête de les massacrer, la plupart de ces femmes, surtout les plus jeunes, ont eu de la chance quand elles ont été tuées" (p.49)
et enfin : "Toutes les espèces animales sont en danger d'être exterminées par l'homme - y compris l'espèce humaine -, mais peu d'entre elles sont aussi menacées que celles qui nous ressemblent le plus.[ les chimpanzés] [...] Si, comme le reste des animaux, les humains étaient incapables de parler, nous vivrions tous en paix et nous nous dévorerions les uns les autres uniquement par nécessité et par instinct....nous ne nous entretuerions pas pour le plaisir...[..] Le pouvoir de la parole, c'est la parole du pouvoir"
Ce livre m'a émue.
La vie d'Hannah, l'histoire du Libéria, la lutte que certains mènent encore pour protéger les chimpanzés (voir remerciements à la fin du livre). J'ai comme pour La Réserve et pour Bone aimé la puissance, la justesse d'écriture de R. Banks. Sa façon de se fondre dans la psychologie du personnage, de créer des rebondissements bienvenus, sans incohérence.
J'ai aimé la personnalité inventée pour faire vivre cette femme. Sa profonde solitude (pas une des personnes avec qui elle va être amenée à vivre ne connait tout d'elle, elle est seule à détenir sa vérité et Banks en joue très bien pour nous mettre dans la confidence), sa force, ses idéaux, le recul qu'elle a sur sa vie ! Evidemment, c'est un personnage de roman !
En un mot : magistral.

En suivant le fil d'Hannah !

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 1 juin 2008

Russell Banks se glisse dans la peau d’Hannah/Dawn/Ariane pour dérouler le fil qui relie les différents lieux où les hommes s’opposent et s’affrontent avec la plus grande bestialité. C’est un livre sur la relation entre les êtres car « …, si l’on compare les relations entre hommes et femmes aux relations entre Blancs et Noirs, ou entre handicapés et non handicapés, ou entre primates humains et primates non humains on peut établir d’utiles parallèles. » Dans ce sens le personnage créé par Banks et plus un fil conducteur qu’un personnage de femme à la probabilité trop aléatoire.

Après avoir lu « De beaux lendemains », un livre plein de finesse et de sensibilité, un oasis de fraîcheur et de sagesse au milieu d’un monde ou l’intérêt pécuniaire domine, je suis resté sur ma faim avec cette aventure américano-africaine. Dans « De beaux lendemains » Banks nous parle d’un monde qu’il connaît très bien, celui de l’Amérique du Nord-Est, alors que dans « American Darling » il s’aventure sur des chemins qui semblent lui être beaucoup plus étrangers, le monde parallèle des contestataires, l’Afrique de la fin du XX° siècle avec toutes ses tares , toutes ses extravagances, et tous ses excès,…, ce qui donne à son roman un goût de documentation puisée dans des revues spécialisées. Ca sent un peu le lieu commun, le truisme et le déjà vu, ça manque de vécu ! On ne peut s’empêcher de penser à des gens comme Moses Izegawa, Ken Saro-Wiwa ou Nega Mezlekia qui ont écrit la vie et la misère de l’Afrique avec leur sueur, leur sang et leurs tripes. L’Afrique de Banks ressemble trop à celle qu’on peut découvrir dans le National Geographic ou d’autres revues du même style et son Amérique de la marge a peut-être la couleur mais n’a pas le goût de celle des Kerouac, Shelby et autres Vonnegut, Vollmann and co.

J’ai aussi un doute sur la capacité de Banks à se conjuguer aux féminins, l’exercice n’est pas forcément facile, il y parvient assez bien seulement car il avoue : « j’en suis arrivée à penser que même l’homme le mieux intentionné, celui qui tente réellement de comprendre ce qu’éprouve une femme, demeure néanmoins incapable de savoir comment la femme ressent les relations entre hommes et femmes. »

Et tout cela dans un livre trop gros, trop touffu, rempli de redites et d’explications superflues qui rendent le récit lourd et indigeste ce qu’il confesse d’ailleurs. « Bien que je sache que vous risquez de prendre mes propos pour des foutaises spiritualistes, d’y voir une forme louche de baratin new age, je vous raconte ces choses parce que je commence à avoir confiance en votre patience, votre bienveillance et votre esprit d’ouverture. » Et, il nous en a fallu !

Engagement révolutionnaire et Libéria

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 5 mai 2008

Un roman de Russell Banks c’est forcément touffu et documenté. Il vous prend à la gorge et ne vous lâche plus. Pour « American Darling » …, c’est pareil !
Par ailleurs notre ami Russell Banks n’hésite pas à varier ses sujets d’intérêts et ses approches. C’est entre autre au Libéria qu’il va nous emmener cette fois-ci. Pas le Libéria idéalisé d’il y a longtemps, concept pour intellectuels à bonne conscience. Non ! Le Libéria d’il y a peu (je n’ai pas envie de dire actuel !), celui où les diverses milices des chefs de guerre font assaut de cruauté, enrôlent les enfants pour mieux tuer … Le Libéria qui nous fait considérer l’âme humaine d’un oeil des plus critique.
Hannah Musgrave fut ce qu’on pourrait appeler une jeune « gauchiste » engagée dans sa jeunesse. Suffisamment en tout cas pour qu’elle soit recherchée par le FBI, et quasi obligée de s’exiler pour tenter de vivre hors prison. Elle échouera d’abord au Ghana, puis rapidement au Libéria.
Et c’est une Hannah Musgrave de plus de cinquante ans qui nous raconte son histoire. Revenue de beaucoup de choses et au moins du Libéria (ce qui n’est déja pas si mal !). Elle y aura laissé des plumes. Et pas que des plumes ! Mais tenter de raconter l’histoire serait vain. N’oublions pas qu’on est dans un Russell Banks et que ce n’est pas si simple ! Ce serait même tellement réducteur ! Histoire et psychologies sont très étroitement entrelacées et les séparer … ? Et comme Russell Banks n’est pas du genre à « jouer petit bras », c’est une énorme période, une bonne trentaine d’années de la vie d’Hannah, qu’il balaie. Pour la cohérence, et avec cohérence.
Dans un genre plus … polar, j’ai pensé à « Kahawa » de Donald Westlake. La candeur américaine confrontée à la sauvagerie primitive. Mais « Kahawa » «était davantage divertissement. Westlake vs Banks. J’aime les deux dans leur genre.

Hannah Musgrave

6 étoiles

Critique de Uruz (, Inscrite le 30 avril 2008, 68 ans) - 30 avril 2008

Il me semble que tout a été dit mais je voudrais ajouter ma pierre à l'édifice ; j'ai eu des difficultés à entrer dans l'histoire à cause des allers et retours entre les lieux et les périodes ; me familiariser avec les mouvements politiques des EU que je connais mal et avec le Libéria que je connais encore moins, pas facile non plus ; puis petit à petit en avançant dans l'histoire je me suis passionnée.
J'ai découvert une certaine Afrique, la séparation muette des civilisations qui cohabitent, une certaine Amérique qui tire les ficelles (on s'en doutait un peu...) et une américaine hors du commun ; pour moi ce n'est pas un portrait de femme mais le portrait d'une femme : analysée, décortiquée, déshabillée, jugée, pardonnée, aimée, rejetée, trompée, c'est l'histoire de sa vie. La politique domine cette vie, mais quel charivari de sentiments !
Un homme écrit, Russel Banks, mais c'est moi, lectrice, qui regarde et découvre Hannah car je ne partage avec elle que l'amour des chimpanzés ; est-il besoin d'ailleurs de partager ou de s'identifier à l'héroine ? Lire suffit.
A mon avis, il y a beaucoup de longueurs mais bizarrement j'ai fini par m'y habituer et cela ne m'empêche pas de décerner des étoiles.
Comme Channe01 je vais acheter ce livre pour le relire un jour.

Quelle amplitude !

9 étoiles

Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 49 ans) - 21 avril 2008

Voilà quelques Banks que je lis et on peut dire qu’il n’écrit pas deux fois le même livre ! J’ai retrouvé dans celui-ci sa puissance et son style. Hannah qui voulait influencer le cours des choses va finalement recevoir une grande claque de la part de celui-ci. Histoire d’un quidam qui s’inscrit dans l’Histoire.

Certaines critiques précédentes mentionnent la difficulté de s’identifier à Hannah, difficulté que j’ai également ressentie. Je « n’étais pas » Hannah (heureusement, au vu de la fin tragique), mais je la suivais de très près, mettant mes pas dans les siens. Cette courte distance, je le souligne, m’a été salutaire pour la compréhension (incomplète, il est vrai) de ce personnage.

Et quelle puissance ! Un récit qui offre une telle amplitude, servi par un style maîtrisé, on ne peut que s’y engouffrer… On en sort le souffle court car Banks nous aura fait couvrir une trentaine d’années, multipliant les références historiques, les événements personnels, les rebondissements relationnels.

Une fuite africaine

8 étoiles

Critique de Féline (Binche, Inscrite le 27 juin 2002, 39 ans) - 19 avril 2008

« American Darling » est un roman que je n’aurais sans doute jamais lu s’il n’avait pas fait partie de la sélection finale – romans étrangers de Critiques Libres à laquelle j’ai décidé de participer. L’histoire de l’Afrique ne m’attire pas particulièrement et surtout je craignais que le récit ne soit trop violent pour ma sensibilité. Nul n’ignore que toute guerre comporte son lot de violences et de tortures ignobles et que les guerres tribales africaines ne sont pas en reste. Bref, je partais avec un certain apriori sur ce roman. Le seul incitant positif que j’avais était que je souhaitais lire un roman de Russell Banks, même si je n’aurais pas choisi celui-là. Et pourtant, au final, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Et ce, à plusieurs niveaux. Premièrement, il nous apprend énormément de choses sur l’histoire de l’Afrique et des Etats-Unis. Que ce soit au sujet du rôle que joue la plus grande puissance mondiale dans la plupart des événements politiques du continent africain, des enfants soldats, des manipulations politiques, … Bref, on ressort plus intelligent de cette lecture. En plus, curieusement, j’ai été intéressée par le sujet. Il faut dire, et là vient mon deuxièmement, que Russel Banks écrit diablement bien ! Il a la plume facile et une écriture très agréable à lire. La construction est très habile. Les différentes époques de la vie de Hannah se chevauchent sans que la compréhension du récit en pâtisse. Au contraire, il sème des indices tout au long du récit et laisse monter un certain suspens pour ne dévoiler certains évènements qu’en fin de roman. Troisièmement, contrairement à mes craintes, il n’y a pas trop d’horreurs racontées. Il y a quelques passages difficiles mais très rapides et brefs. Même s’ils ne sont pas agréables, ils n’ont pas été non plus traumatisants pour l’âme sensible que je suis. Puis, je pense qu’ils étaient inévitables.

En ce qui concerne le négatif, j’ai été déçue par le personnage d’Hannah. Quelle femme froide ! Plusieurs fois dans le récit, elle dit qu’en expliquant sa vie, on comprendra pourquoi elle était si froide. Mais non, désolée, mais je n’ai rien trouvé dans son enfance qui justifie un caractère si imperméable à toute émotion. J’aurais sans doute apprécié qu’elle ressente plus de sentiments. Il m’a été impossible d’éprouver quoi que ce soit pour ce personnage. C’est le regret que j’éprouve vis-à-vis de ce livre. Je l’ai finalement lu assez froidement et sans émotions, sauf à l’égard des chimpanzés mais sûrement parce que ce sont les seuls êtres vivants pour lesquels elle ressent des sentiments. Beaucoup de lecteurs ont trouvé que c’était un superbe portrait de femme. Je suis assez mitigée. Elle m’a paru très égocentrique et ne jamais vraiment s’investir, que ce soit pour la cause, pour ses enfants ou pour son mari. Les raisons qui l’ont poussée à s’engager dans telles ou telles voies ont toujours été plus une question de fuite que d’engagement véritable. Sauf pour ses chimpanzés.

En conclusion, j’ai trouvé que c’était un très bon livre et Russell Banks un écrivain digne d’intérêt, dont je lirai d’autres oeuvres, peut-être « De beaux lendemains », dont j’ai lu de bonnes critiques.

Impression mitigée

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 6 mars 2008

J'ai lu un roman magistral, un livre superbement écrit, avec du fond et de la forme. Pourtant mon enthousiasme n'est pas complet, j'ai parfois eu du mal à rentrer dans l'histoire. Je trouve que Pendragon résume en partie le problème : le monde de Hannah, celui d'une femme engagée dans l'activisme politique et terroriste en herbe dans les années 70 aux états unis, m'a rendu la narratrice assez étrangère.

Par contre j'ai trouvé passionnante l'histoire du Libéria, quoique dramatique, avec la corruption à tout les niveaux, la misère, les guerres civiles et les enfants soldats (voir aussi "Allah n'est pas obligé").

magnifique portrait de femme

10 étoiles

Critique de Sentinelle (Bruxelles, Inscrite le 6 juillet 2007, 47 ans) - 18 février 2008

American Darling est un magnifique portrait de femme qui veut se poser en tant qu'actrice dans une vie où finalement tellement d'événements historiques, culturels, politiques et sociaux vous broient et vous entraînent tel un fétu de paille pris dans la tornade.

Beaucoup de thèmes seront abordés dans ce roman : la question de l'identité (qui suis-je ? qu'est-ce qui fait que je suis moi ? mes choix ? mes parents ? ma famille ? mon pays ? mon époque ? ma culture ? quel est mon espace de liberté dans la constitution de mon identité ?), la question raciale, l'engagement politique, les différences culturelles, la maternité, l'impérialisme américain, la manipulation, la difficulté de respecter ses propres engagements.

Un roman percutant qui peut se résumer en une simple phrase : quelle est réellement notre marge de manœuvre ?

Un grand roman et un vrai coup de cœur.

Une femme dans la tourmente de la guerre civile libérienne

10 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans) - 15 février 2008

Beaucoup de commentaires pour ce livre magnifique mettant en scène un personnage de femme tout aussi magnifique. En fait, c'est le plus intéressant personnage de femme qu'il m'ait été donné de découvrir dans un livre depuis longtemps.

Le résumé a été fait donc je vais m'abstenir. Mais je dois dire qu'avec ce livre, Banks m'a littérallement jetée par terre. Quelle belle histoire que celle d'Hannah et écrite de façon telle qu'il est difficile de s'en extirper. Une grande oeuvre à mon avis qui mélange de grands thèmes comme la politique, le racisme, l'amour, l'homosexualité, la révolte, la corruption, l'argent, le pouvoir, la protection de la faune et plus encore...

La relation qu'entretient Hannah avec ses chimpanzés est touchante. Elle les aime presque plus que son mari et ses trois garçons. Le tableau que Banks nous brosse du Liberia et du contexte politique de l'époque est passionnant. Une oeuvre forte qui vous frappe de plein fouet et vous embarque dans une aventure hors du commun. Une vie de femme américaine prise dans la tourmente de la guerre civile au Liberia et qui voit sa famille et son sanctuaire dédié à la protection des chimpanzés partir en lambeaux, dévastés par la barbarie et la cruauté des rebelles à la solde soit de Doe, soit de Taylor ou Johnson. Trois fous sanguinaires qui ont mis le pays à feu et à sang.

Le livre doit faire l'objet d'une adaptation cinématographique dans peu de temps, ce que je souhaite de tout mon coeur en espérant qu'il soit à la hauteur de cette grandiose épopée d'une femme qui se définie elle-même comme une incorrigible "enfant gâtée" de l'Amérique.

Le temps des rêveurs

9 étoiles

Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 73 ans) - 27 mai 2007

C’est celui de ces jeunes américains qui se révoltent, dans les années 60, contre les injustices dont les noirs de leur pays sont victimes. Celui encore celui de ces filles et garçons qui forment le « corps de la paix » imaginé par Kennedy et qui croient possible de transposer ailleurs les principes de la démocratie américaine.
C’est aussi le temps des désillusions quand le monde se révèle ne pas être fidèle à l’image que vous vous en faites, quand vous comprenez que vous n’êtes pas celle ou celui que vous auriez voulu être. Le temps d’une Afrique complexe et d’une Amérique sans complexe. Alors le temps des rêveurs devient celui que l’on passe auprès de ces chimpanzés qu’Hannah Murgrave, l’héroïne de ce roman magistral, appelle ses rêveurs.

Russell Banks est un remarquable raconteur d’histoires et celle-ci est passionnante. Il le fait dans une langue ample et classique. Il réussit parfaitement à écrire à la première personne où je est une femme, une autre qui reste aussi un peu lui-même. Je n’ai jamais ressenti à la lecture qu’il puisse y avoir quelque artifice. Il n’écrit pas sur Hannah, il n’écrit pas comme elle, il est Hannah qui regarde son passé, se souvient des évènements qui l’ont influencée, anéantie, révoltée, bâtie. Mais ce livre n’est pas une sorte d’autobiographie fictive où l’auteur se mettrait en scène pour se donner le beau rôle. Hannah est trop honnête pour accepter ça. Ce portrait de femme, entre emportement et passivité, sècheresse et émotion, égocentrisme et engagement, est parfaitement réussi en ce qu’il est ambigu , sans aucun manichéisme, Banks sachant trop bien, et Hannah avec lui, qu’entre le noir et le blanc il y a une infinité de gris.
C’est aussi un livre sur la vieillesse qui vient, « cette lente surprise », le temps qui passe, le retour sur soi conclu par ces mots superbes dits trop tard : « Sans toi je ne serais personne. Une absence. Tu m’as sauvée de ce destin là, Papa » dit-elle à son père mort pour qui elle fut pourtant plus un objet d’étude qu’une enfant, ce vieux démocrate qui, toute sa vie, fut de toutes les luttes pour la démocratie tout en vivant et restant un grand bourgeois. Alors qu’elle, elle est allée au bout de son engagement avant d’en revenir usée et solitaire.

D’autres lecteurs ont beaucoup et bien parlé du Libéria et il n’est point besoin d’y revenir si ce n’est pour indiquer qu’après la période sanglante du mandat de Charles Taylor, aujourd’hui inculpé par le tribunal international de La Haye, une femme, Ellen Johnson Sinleaf, a été élue présidente de la république en 2006 et l’opinion internationale s’accorde à reconnaître qu’elle fait du bon travail.

Tu vois, Hannah, dans ta ferme des Adirondacks, tu peux continuer à rêver, à espérer.

Un formidable écrivain...

10 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 75 ans) - 24 mars 2007

Je connaissais cet écrivain de réputation, mais quel ravissement de découvrir ce grand auteur, personnellement...!
Une écriture sobre, concise, et tellement intelligente, mais qui diffuse généreusement l'émotion, qui nous livre sans jugement aucun Hannah Musgrave, authentique et vulnérable "darling"... ainsi que le Libéria, un des nombreux pays africains victimes du colonialisme, américain, dans ce cas-ci...
Celle-ci narre sans aucun compromis son parcours peu banal auquel je me suis attachée sans aucune condition, jusqu'à son dénouement tragique...
J'ai terminé cette lecture avec le sentiment profond d'avoir goûté un immense privilège, celui de lire un formidable écrivain.

Très politiquement correct

8 étoiles

Critique de Bidoulet (, Inscrit le 18 octobre 2005, 49 ans) - 2 mars 2007

Cela n'est certainement pas la plus romanesque des oeuvres de Russel Banks que j'ai tant aimé avec Sous le règne de Bone et avec De Beaux Lendemains. Ici, l'auteur se penche sur l'histoire contemporaine de son pays, de sa politique étrangère et se concentre plus particulièrement sur les liens qui l'unissent au Libéria. Quand je dis les liens, je veux dire les ficelles que les Américains ont tenu pour manipuler les marionnettes Prince Johnson ou Charles Taylor. Un autre internaute a parlé d'un reportage sur Arte : intéressant mais barbant. C'est presque vrai. Le récit est très long à trouver son rythme mais les cent dernières pages et la description minutieuse du coup d'Etat sont franchement passionnantes. Ce roman de politique réalité a un arrière goût de La Déchirure, le film de Roland Joffé transporté ici d'Asie en Afrique.
Russel Banks paraît vouloir revêtir les habits du romancier américain qui a le bon goût bien à la mode d'avoir quelquechose à dire sur la politique étrangère de son pays. Le Libéria, aucun écrivain de son envergure n'y avait encore pensé. Bien vu.

Chère Hannah

8 étoiles

Critique de Sylire (, Inscrite le 24 août 2006, 54 ans) - 24 août 2006

Chère Hannah, avec laquelle j'ai passé quelques heures merveilleuses...
C'est un personnage complexe et souvent difficile à comprendre mais ses aventures passionnantes nous font vivre des moments inoubliables.
Je ne connaissais pas l'histoire du Libéria et me suis documentée en cours de lecture. J'ai donc pu recouper les faits réels relatés par le roman avec la réalité historique de ce pays, victime par le passé de l'impérialisme américain , et qui essaye aujourd'hui de sortir de nombreuses années de querre civile et de corruption.
J'ai fini par l trouver Hannah attachante. Elle a le courage de faire face (certes un peu tard) à ses erreurs, de les reconnaître. Elle me parait plus à plaindre qu'à blâmer
Ce livre est pour moi un gros coup de coeur et je conseille vivement.

Fuite d'une enfant gâtée

6 étoiles

Critique de Guigomas (Valenciennes, Inscrit le 1 juillet 2005, 47 ans) - 6 juillet 2006

Il m’a fallu du courage pour aller au bout d’American Darling. En effet, j’ai rarement été autant agacé par un personnage de fiction que j’ai pensé qualifier, avant « d’enfant gâtée » et avant d’avoir fini la lecture, de pipelette ou de tête à claques. Hannah Musgrave, fille unique d’une bonne famille bourgeoise et démocrate de Boston, est en fuite.

Activiste au sein du Weather Underground, mouvement terroriste dans les années 70 elle fuit les Etats-Unis pour se retrouver en Afrique, au Ghana puis au Libéria où elle épouse un ministre, Woodrow Sundiata, et lui fait trois fils. Sept ans plus tard, elle fuit le Liberia de Samuel Doe, retourne aux USA plus ou moins absoute, fuit sa mère exaspérante, revient au Libéria avant de s’enfuir à nouveau, son mari ayant été assassiné sous ses yeux et ceux de ses enfants –qui disparaîtront pour s’enrôler dans l’une des « armées »- à l’aube de la terrible guerre civile qui ravagea ce pays dans les années 90… Approchant la soixantaine, Hannah décide de retourner au Libéria à leur recherche.

Tout au long du livre, Hannah décrit ses états d’âme et ses sentiments avec force détails, sans pourtant parvenir à s’attirer la sympathie du lecteur (du moins la mienne). Elle parle de son activisme passé mais on a du mal à s’imaginer qu’une femme d’une telle passivité ait pu être active… Si elle parle peu de « la Cause » qui l’a conduite à l’action terroriste, on devine sans peine son côté « power to the people », Grand Soir et damnés de la Terre… Or, des damnés de la Terre elle va en côtoyer mais nul ne trouvera grâce à ses yeux. Froide au point de voir plus d’humanité dans le regard des singes que dans celui de ses propres enfants, Hannah a sans doute trop théorisé le peuple pour le voir quand elle l’a sous les yeux. Si l’on éprouve que peu de sympathie pour l’héroïne, on se désole pour elle car elle sera la victime d’un drame qu’elle n’était manifestement pas de taille à supporter et elle se retrouve, à l’âge où l’on commence à faire le bilan, avec bien peu d’actif.

Une question, depuis que j’ai achevé la lecture d’American Darling : un autre auteur aurait-il traité Hannah différemment ? R Banks ne me semble pas très à l’aise avec son personnage : peut-être les justifications incessantes d’Hannah sont-elles pour l’auteur un moyen de stabiliser le terrain qui autrement serait trop meuble et où il risquerait de s’enfoncer ? Cela donne au final un portrait complexe, mais dont on se demande si la complexité n’est pas plus subie que choisie.

Ce roman n’est pas que celui de la faillite d’Hannah et de ses idéaux et, partant, de la faillite d’une idéologie qu’elle a hérité de son père et poussé à son extrémité. C’est aussi celui de la faillite du messianisme américain, parfaitement illustré par l’exemple libérien. Qu’on voie le Libéria comme une preuve de la naïveté des puritains d’Amérique sincèrement persuadés de l’universalité de leur modèle ou comme une preuve de leur duplicité cachant derrière une générosité de façade un féroce appât du gain, il faut constater que l’échec est patent. Monrovia, baptisée du nom du président Monroe sous lequel furent établies au Libéria les premières colonies d’esclaves affranchis, ne sera jamais le Washington de l’Afrique. A l’heure où les mêmes discours messianiques résonnent à nouveau aux Etats-Unis, il est intéressant de se le rappeler.

tout y est et plus encore.

10 étoiles

Critique de Chat pitre (Linkebeek, Inscrite le 23 février 2001, 46 ans) - 21 mai 2006

Je ne peux décrire avec mes mots la force de ce livre, j'ai lu vos critiques et vu que vous avez pour la plupart adoré ce livre.
J’ai tout simplement plongé dans la vie d'Hannah avec tant de ferveur, je viens à peine de la quitter et toute son histoire me parle encore.
J'ai l'impression d'entendre sa voix, et d'être auprès d'elle pour toujours.
Un grand livre, d'une force rare et complexe.
Les personnages sont si vivants, c'est un document fiction sur ces étranges et horribles années libériennes qui m'étaient peu connues.
La fin est magnifique et le parallèle est puissant.

quelle force !

10 étoiles

Critique de Chanterelle (, Inscrite le 14 février 2006, 65 ans) - 22 mars 2006

ce livre est incroyablement fort, profond, il embrasse tant de choses ;il passe de l'intime et du destin personnel de Hanna à la tragique histoire du Libéria, et travers elle de l'Afrique, avec en toile de fond la politique américaine d'une époque . Et la fin est magistrale.
Ce livre est pessimiste, mais le talent est tel qu'on en sort malgré tout conforté: tant que des écrivains sauront porter un tel regard sur les humains et leur monde, sauront l'écrire avec tant d'intelligence et de sobriété, alors il nous sera donné de l'espoir.

Une vie qui ne renonce jamais !

10 étoiles

Critique de Channe01 (, Inscrite le 21 juin 2005, 63 ans) - 14 mars 2006

C’est peut être le meilleur roman de Russel Banks que j’ai lu. Celui qui m’aura le plus touchée au cœur. C’est l’histoire d’une femme dans l’Amérique des années cinquante, de la guerre froide.
Une grande sœur. Une femme qui choisit son chemin de vie et qui le choisissant en oblitère beaucoup d’autres qui lui auraient été plus confortables.
Elle entre en désobéissance, en résistance et elle dérape au bord de la délinquance. Luttant pour les droits civiques des noirs, contre la guerre du Vietnam, de luttes en luttes, elle échappe à sa famille traditionnelle. A partir de là, sa vie ne lui appartient plus tout à fait. Et pourtant, c’est la sienne. Elle ne veut ni renoncer, ni demander pardon… Elle s’enferme librement dans une destinée choisie.
Russel Banks incarne cette voix féminine, féministe, avec cohérence, sincérité.
Cette femme qui persiste en résistance et signe un chemin de vie des plus douloureux, va tracer sa route en Afrique.…
On part du présent, une ferme tranquille, des femmes à l’abri de la vie qui s’efforcent de se débrouiller dans l’Amérique d’aujourd’hui.
La femme libre ne trouve toujours pas sa place. Il lui faut retourner dans les pas de sa mémoire.
A travers un retour au Libéria dans la clandestinité, des bribes de mémoires refont surface et la vie se raconte à rebours. Une vie qui ne renonce jamais à son idéal malgré les compromissions, les amertumes, les regrets, les fautes…. Malgré le prix à payer, malgré l’évidence de l’erreur parfois. La lucidité peut être aveuglante.
Pendant tout ce chemin de vie, cette femme raconte ses deux pays. Celui de sa naissance, celui de ses utopies : l’Amérique et l’Afrique.
L’Amérique des grandes idées, de la démocratie, et ses couloirs sombres qui cachent tous les compromis pour garder la puissance. Et le Libéria, une contrée de l’Afrique toujours en tourmente….
La femme qui ne renonce jamais incarne ses rêves au Libéria.
Mais le Libéria est né d’un mensonge. D’une vérité tronquée. Il se veut une réparation à l’esclavage. Il est une imposture.
Tout comme la vie de cette femme devient un mensonge. Une apparence de bonheur. Des enfants, une passion, un mari, tout est dans l’apparence. Derrière, il y a les yeux de ceux qu’elle appelle ses rêveurs qui ne mentent jamais, les chimpanzés sur lesquels les laboratoires pharmaceutiques font des expériences. Les rêveurs ont plus de lucidité que les humains.
Les rêveurs sont les vrais enfants de cette femme. Ils ont le savoir et l’innocence.
Ces enfants réels, eux, seront des enfants soldats. Les enfants nés des douleurs de l’Afrique.
D’errances en errances, on suit cette femme jusqu’à ce qu’elle accepte d’ouvrir les yeux en grand sur tout ce qui l’a abusée. Jusqu’à ce qu’elle puisse faire la paix avec elle-même. Sans avoir jamais renoncée.
Et là, c’est un matin de septembre, un autre monde est à l’ordre des jours.
Cela se lit avec le cœur. C’est remarquablement écrit et traduit.
Cela en dit plus sur la situation d’aujourd’hui que bien des essais.
C’est écrit avec l’âme au vif.
Emprunté en bibliothèque, ce livre, je vais l’acheter afin de pouvoir le relire à volonté.





Quand la fiction rejoint la réalité

8 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans) - 12 mars 2006

Beau personnage, puissant et complexe, que celui de Hannah Musgrave. Une femme dont le destin met en lumière les errances de la politique économique "colonialiste". J'ai plus qu'apprécié le temps pris par Russel Banks pour poser et décrire son héroïne, son pays, son parcours, le monde qui l'entoure. De quoi se sentir proche, s'identifier, s'imprégner du récit. Et prendre ensuite en pleine figure ce récit de l'histoire tourmentée du Liberia et ses liens avec les Etats-Unis. Ce mélange de réalité et de fiction qui ne sent pas toujours humainement très bon. Il y a de la détermination chez Hannah, de la colère et de la révolte, mais aussi pas mal de désillusions. C'est le portrait d'une société en perdition que nous explorons et la langue, belle et douce, de Russell Banks ne fait que rendre ce constat encore plus amer. Comme si le fossé entre peuples était à tout jamais infranchissable.
J'ai aimé le personnage d'Hannah, tout comme l'âme du Liberia. Simplement, par moments, j'ai ressenti l'impression que Russell Banks était trop tiraillé entre les deux, qu'il hésitait à choisir, parce qu'il fallait le faire. Cela rend par moments Hannah trop présente, presque caricaturale dans ses choix de vie, comme si ces pistes étaient nécessaires pour nous faire prendre conscience, plus encore, du parcours chaotique du Liberia, symbolisé par celui de cette femme qui se cherche et se cherchera longtemps. Non pas que Hannah Musgrave manque d'authenticité mais elle serait presque une rivale de trop grande taille face au désespoir de la politique libérienne.
Entre les deux, le coeur de Banks balance bien trop et chaque partie le fait souffrir au point de ne plus identifier clairement sa peine. Si cela apporte quelques longueurs parfois superflues au roman, celui lui donne toutefois une touche d'humanité qui se respire de page en page. Une écriture dense et agréable, un auteur complètement immergé par son histoire, au point qu'il n'existe plus de recul entre réalité et fiction...

Soirée Liberia sur Arte !

6 étoiles

Critique de Pendragon (Liernu, Inscrit le 26 janvier 2001, 47 ans) - 26 février 2006

Russell Banks ! De lui, j'ai lu « Continents à la dérive » et j'ai adoré, j'ai tout de suite pu m'intégrer dans l'histoire et m'identifier au personnage, à ce qu'il vit, à ce qu'il ressent, à son entourage, à sa rage, à son impuissance devant la fatalité, à sa déréliction tellement propre à l’homme... Magnifique, 20/20 !

J’ai également eu l’occasion de lire « Sous le règne de Bone » et, même si l’écriture était toujours la même, exceptionnelle, même si la psychologie et la justesse sociologique de Banks est irréprochable, je n’ai pu m’empêcher de trouver ce roman moins bon car il était un peu lent et puis, et surtout, je pense que j’ai eu du mal à m’identifier à Bone, il n’a que 15 ans et je ne me souviens plus guère de qui j’étais à 15 ans… mais bon, cela passait (si je puis dire !).

Ce roman-ci, par contre ! C'est une corvée que de le lire ! Pourquoi ? Parce que l'héroïne est une femme (j'ai du mal à m'identifier), qu'elle est communiste (j'ai encore plus de mal), que l'histoire se passe au Liberia (pays que je ne connais pas) dans les années 70-80 (je suis trop jeune, je n'ai pas de références historiques). Bref, je ne rentre pas un quart de millième de seconde dans l'histoire, ni par la porte, ni par la fenêtre !

Et donc, même si l’écriture reste une écriture intéressante, l’histoire ne me plait pas du tout, je n’accroche tout simplement pas ! Cela ressemble à un reportage télévisé, ou pire encore à une émission sur Arte (c'est intéressant, mais qu'est-ce que c'est barbant !!!). D’où ma cote sévère pour ce même Russell Banks à qui je donnais 5 étoiles pour ses Continents !

Les legs du colonialisme

7 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 21 décembre 2005

Que dire de neuf après cette critique principale de Fée Carabine qui a réussi à cerner toute l’envergure de cette œuvre. Il s’agit en effet d’un roman qui frappe par sa densité. En premier lieu, le puissant portrait d’une femme activiste, infiniment humaine dans ses contradictions, sa confusion et ses espoirs. Un personnage fabuleux qui a elle seule englobe l’essence d’une génération en entier. Puis, il y’a aussi ce pays, un peu à son image - le Liberia - dont l’Histoire et la politique seront utilisés pour confronter ses idéaux à la machine corruptrice du pouvoir et au fossé entre les cultures et les races.

Banks est sans contredit un grand écrivain contemporain. Ce livre témoigne de la maturité et de la versatilité de sa plume. Ceci étant dit, après une première partie résumant parfaitement le personnage d’Hannah, un long retour-arrière offre peu de rebondissements. De plus, par les nombreux indices disséminés ici et là, on devine souvent la suite des choses. Par contre, la conclusion de ce récit, une finale tragique et horrible, est bouleversante et d’autant plus saisissante en raison de notre attachement avec la narratrice.

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  La traduction d'American darling 6 Débézed 21 avril 2012 @ 21:25

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