Nikolski de Nicolas Dickner

Nikolski de Nicolas Dickner

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Vigno, le 27 septembre 2005 (Inscrit le 30 mai 2001, 67 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 344ème position).
Visites : 12 653  (depuis Novembre 2007)

Nomades sentimentaux

Le narrateur vient de perdre sa mère. Enfant unique, il doit liquider la succession. Il doit plonger dans le magma d’objets amassés par celle-ci au cours de sa vie. Il retrouve un compas maritime que son père, dont il n’a plus de nouvelles depuis qu’il est parti vagabonder dans l’Ouest canadien, lui avait fait parvenir d’une île de l’Alaska. Le compas qui indique le Nord avec une erreur de 30 degrés fut baptisé Nikolski parce qu’il pointait vers cette île au large de l’Alaska.

D’autres personnages, qui fréquentent la librairie de vieux livres que le narrateur tient sur la rue St-Laurent à Montréal, vont faire partie de sa vie. Il y a Joyce, une jeune fille orpheline qui vit avec son grand-père, descendant des anciens pirates, à Tête-à-la-Baleine, sur la basse Côte-Nord. Elle décide de quitter sa région nordique à la recherche d’une vague et hypothétique mère qui se serait recyclée dans le piratage informatique. Elle s’arrête à Montréal, trouve un travail dans une poissonnerie, se lance à son tour dans un certain piratage informatique.

Il y a aussi Noah, autre orphelin, qui a vécu avec sa mère amérindienne dans une roulotte, les deux se déplaçant entre les Montagnes Rocheuses et l’Ontario au gré des saisons. À dix-huit ans, Noah abandonne sa mère et sa vie de nomade pour étudier l’archéologie à l’Université de Montréal. Il fréquente aussi la librairie du narrateur et co-habite avec le propriétaire de la poissonnerie où travaille Joyce.

Un autre lien réunit ces personnages : sans qu’ils le sachent, ils seraient tous reliés à un certain Jonas Doucet, (le narrateur et Noah seraient ses fils et Joyce, sa nièce) ce vieux nomade parti un jour de Tête-à-la-Baleine et exilé à Nikoslki.

On est bien sûr frappé par tous ces personnages lancés dans une vie sans assises, abandonnés dès leur jeune âge, qui cherchent à combler un vide, à retrouver le chaînon manquant, parents proches ou lointains. Ils sont devenus des nomades sentimentaux, relationnels. On est aussi happé par la société dans laquelle ils vivent, une société de déchets (Noah pratique l’archéologie dans les dépotoirs, Joyce ramasse les vieux ordinateurs dans les poubelles et le narrateur travaille dans une bouquinerie spécialisée dans les vieux livres). Tous ces personnages vivent sur les décombres d’un monde perdu qu’ils essaient de maintenir sinon de reconstituer.

Nicolas Dickner vient d’écrire un premier roman de grande qualité. Il est très facile d’entrer dans l’univers de chacun des personnages. C’est un roman frais, moderne, très intelligent. En outre, la composition, les liens entre les différentes histoires sont très habilement tissés. Comme tous ces personnages finissent par se perdre de vue, comme aucune véritable rencontre ne se produit entre les personnages, le lecteur est un peu déçu dans ses attentes et quitte avec l’impression, sans doute à tort, que ce roman n’a pas de fin.

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Belle histoire, d'aventure moderne et sans prétention. Anna Gavalda, sors de ce corps (le corps de l'auteur).

8 étoiles

Critique de Anonyme3 (, Inscrit le 6 septembre 2011, - ans) - 1 juillet 2012

Quatrième de couverture(1er édition broché):

Canada, printemps 1989. Trois personnages à l'aube de leurs vingt ans ont quitté leur lieu d'origine pour entamer une longue migration. Né quelque part au Manitoba, Noah Riel a appris à lire avec les cartes routières. Après dix-huit ans d'errance dans les Prairies, il tente de s'installer à Montréal. Joyce Doucet, elle, a vu le jour à Tête-à-la-Baleine, et caresse des rêves de flibustier moderne. Quant au narrateur, il quitte le bungalow maternel pour voyager dans les livres, qu'il vend dans une bouquinerie de Montréal. B ne se sépare jamais d'un compas-boussole déréglé qui s'obstine à pointer la direction de l'îlot Nikolski, dans le Pacifique nord. Au terme d'une migration réelle ou symbolique qui s'achève en décembre 1999, " quelques heures avant la fin du monde ", les membres de cette étrange trinité auront tant bien que mal compris ce qui les rassemble. Au passage, ils auront rencontré serpents de mer et archéologues, scaphandriers analphabètes et victimes du mal de terre. Best-seller au Canada, couronné en 2006 par le prix des Libraires du Québec, Nikolski est l'un des romans les plus originaux et les plus talentueux de la jeune littérature canadienne. Une impossible recherche des origines racontée avec bonheur et humour.

Mon avis:

+: Écriture fluide et moderne. Chapitre, original (1989,1990...). Roman facile à lire et qui se lit vite. Thème et style de l'histoire, bien vus. Couverture, bien pensée, belle et sobre (on voit 3 poissons de couleur différente (bleu, rouge et or) avec en haut le titre en noir "Nikolski".). Livre qui octroie l'envie de voyager et qui redonne le sourire. Bravo.

-: Histoire trop farfelue, par moment et fin un peu bateau. Dommage.

Conclusion:

Nicolas Dickner, avec "Nikolski", nous écrit un roman, d'aventure urbain où baigne un amour fictif et sans arrière pensée. L'auteur (Nicolas Dickner), nous apprend plein de petites choses, sur les habitudes de vie des québécois, faits de nomadisme et de pirateries interurbain.

Le roman "Nikolski" de Nicolas Dickner est à ranger dans sa belle bibliothèque, près d'auteur tel que Anna Gavalda ou encore Tania de Montaigne.

Ne boudez pas votre plaisir, souriez, il fait beau.... Ou presque.

L'importance des repères dans l'errance

9 étoiles

Critique de Saumar (Montréal, Inscrite le 15 août 2009, 85 ans) - 23 septembre 2011

Le roman Nikolsky raconte l’histoire de trois personnages, dans la vingtaine, qui ne se connaissent pas lorsqu’ils habitent dans leur milieu familial : le narrateur sans nom, Noah et Joyce. C’est à travers le passé des ancêtres, marqué par l’oubli et le hasard, qu’ils découvriront les repères leur permettant de se reconnaître.
La mère du narrateur vient de mourir. Il lui faut vider le bungalow de Châteauguay et jeter les souvenirs qu’elle a accumulés depuis des années. C’est une Québécoise qui, dans sa jeunesse, à l’époque des hippies, a traversé le continent d’est en ouest. Parmi les déchets, il trouve une boussole qui indique le lieu habité par son père, petit village de Nicolski, dans l’île des Aléoutiennes, qui pointe toujours à 34o à l’ouest du nord et qui deviendra son point de repère. C’est l’unique preuve de l’existence de son père. Travaillant dans une boutique de livres usagés, il fera la connaissance de Joyce venue emprunter un livre. Cette dernière, née à Tête-à-la-Baleine, déterminée et désireuse de quitter la maison paternelle, n’aime pas la famille de son père, mais adore son grand-père, descendant de pirates. Les cartes marines de son père lui ont fait voir les grands espaces et la fuite, la liberté. Arrivée à Montréal, elle trouve un travail dans une poissonnerie où l’odeur lui rappelle la cuisine de son père. Elle fait du piratage le soir, dans les conteneurs de déchets de grandes firmes, pour un ordinateur. Quant à Noah, Acadien et Métis, à l’instar de Joyce, apprend à lire sur les cartes routières, puis s’intéresse aux récits de piraterie se déroulant dans les mers des Caraïbes. Il découvre un livre sans titre qu’a laissé son père, Jonas Doucet, lors de son unique passage dans la roulotte. Plutôt intellectuel, Noah cesse sa vie de nomade pour étudier en archéologie, à Montréal. Il est colocataire du propriétaire de la poissonnerie où travaille Joyce. Les trois personnages découvriront qu’ils sont descendants de Jonas Doucet, tout en étant d’origine différente : indienne pour Joyce, acadienne pour Noah et canadienne pour le narrateur.
Ce roman gravite autour de la migration des trois jeunes, en quête d’identité. Sans être linéaire, il suscite un vif intérêt du début à la fin. On a l’impression de voyager avec les protagonistes. J’aurais aimé que le profil psychologique de ces derniers soit abordé, afin de les connaître mieux. Le compas symbolique, représentant là où l’ancêtre Doucet s’était exilé, a démoli en l’échappant. Était-ce là un signe de son inutilité, maintenant que les personnages sont réunis? Original et moderne, le roman de Dickner donne un effet de nouveauté dans la littérature québécoise. C’est un roman rafraîchissant que j’ai aimé lire.

Des symboles et encore des symboles

9 étoiles

Critique de Zanayanne (, Inscrite le 10 avril 2011, 26 ans) - 10 avril 2011

Nikolski est un roman où le destin semble absent. Au contraire, on dirait que chaque personnage cherche sa propre voie. Noah, Joyce et le libraire sont tous des «rejets» de leur famille qui recherchent leur identité en fouillant dans le passé, tout comme l'archéologie le fait pour comprendre les civilisation disparues. D'ailleurs, les trois personnages n'évoluent-ils pas dans des univers remplis d'ordures? Joyce pour trouver ses ordinateurs, Noah pour ses études et le narrateur dans sa librairie qui vend des livres usagés fréquentent ainsi des endroits où s'empilent des choses qui ont perdu leur utilité. Doit-on y voir un parallèle avec les membres de la famille Doucet?

Également, le compas Nikolski semble avoir une valeur symbolique toute particulière, en ce qui a trait à l'origine des trois protagonistes. Il pointe la porte de sortie, tout autant que le village de Nikolski. Chacun est attelé à une recherche identitaire qui semble converger vers là où pointe le compas, vers là où se trouvent le père et l'oncle, vers le seul point de repère que les jeunes ont de leur passé.

Je pense qu'il y a aussi une signification derrière la fragmentation du roman, des endroits que visitent les personnages et ceux dont ils parlent. Montréal et Nikolski sont des îles, tout comme l'île Margarita. L'eau efface ce qui a été, et ils évoluent dans des milieux entourés de cet élément. Est-ce à dire que ce qui les entoure est nimbé de mystère et d'inconnu? Je n'ai pas encore décidé... Il en reste qu'ils viennent tous d'une famille qui n'a pas de racines, qui a été déportée et qu'ils semblent en effet rechercher cette identité qui leur échappe.

Enfin, c'était une lecture plaisante, mais rapide, où il m'a quand même fallu interpréter une bon nombre de choses afin d'en comprendre la progression. Je recommande fortement ce livre!

Incertitude

6 étoiles

Critique de Calepin (Québec, Inscrit le 11 décembre 2006, 37 ans) - 14 août 2007

Je ne sais vraiment pas quoi penser de ce roman particulier. Minimaliste sans toutefois lésiner sur certains détails, parfois superflus, parfois d'une justesse implacable, mais trop souvent avec cette impression qu'on cherche à amalgamer des éléments improbables ou loufoques pour se donner un genre. Critique sociale ou recherche de style qui a mal tourné ? Je n'arrive pas encore à me faire une idée. Le récit demeure intéressant, mais j'aurais aimé avoir plus de chair autour de l'os au lieu d'aligner de multiples réflexions qui ne donnent pas de couleur aux personnages. La fin m'a, quant à elle, à demi rassasié.

Au final, je reste encore aujourd'hui incapable de savoir si j'ai aimé ou non ce livre. Mauvais signe ? Aucune idée.

Enchevêtré mais fascinant

8 étoiles

Critique de Alphabétix (, Inscrit(e) le 16 mars 2006, - ans) - 3 avril 2006

À l’aube de la vingtaine, Noah, Joyce et un narrateur non identifié quittent leur lieu de naissance pour entamer une longue migration. Fraîchement débarqués à Montréal, ils tentent de prendre leur vie en main, malgré les erreurs de parcours, les amours défectueuses et leurs arbres généalogiques tordus. Ils se croient seuls; pourtant, leurs trajectoires ne cessent de se croiser, laissant entrevoir une incontrôlable symétrie au sein de leurs existences.

Des récits plutôt enchevêtrés mais imagés avec minutie. On ne semble aller nulle part, mais le voyage est agréable. Rudement bien écrit. On a l'impression de se livrer à des fouilles archéologiques.

Saga familiale

9 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 76 ans) - 22 novembre 2005

Il s'agit d'une saga familiale comme on n'en a jamais lu. Tout tourne autour d'un certain Jonas Doucet, descendant de pirates qui serait né à Tête-à-la baleine, petit village du Québec, où la route a oublié de se rendre. Comme il s'agit d'une famille qui souffre de déplacements aigus, on retrouve Jonas à Nikolski, un village de 36 personnes et 5000 moutons dans les Aléoutiennes. Ses enfants, les protagonistes du roman, courent après lui sans le trouver, mais ils se croisent à leur insu sans se reconnaître. La vie est un grand dépotoir où les objets qui s'y retrouvent ont perdu leur fonction. C'est un peu ce que l'on vit. À l'instar de la maison du grand-père emportée par la mer, c'est ainsi que l'on appelle l'aval du fleuve St-Laurent parce que le plus gros mammifère au monde vient s'y reproduire, on disparaît sans laisser de traces. La vie est finalement d'une tristesse inouïe.

C'est surtout la structure et l'écriture qui frappent dans ce court roman de 320 pages. Il y a des romans de 100 pages qui sont d'une longueur interminable. Composé de chapitres sans liens apparents entre eux, ce roman réussit à raconter l'histoire d'une dispersion familiale à travers une écriture qui a le sens de la formule. Toute la culture de l'auteur y passe avec un naturel qui nous fait oublier que l'on apprend un tas de choses à notre insu. Petit livre merveilleux qui parcourt tout le Canada et même plus.

Perdre le nord

10 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 49 ans) - 28 octobre 2005

Roman québécois chouchou de la critique en 2005, « Nikolski » fait partie des ces petits bijoux trouvés dans la pile de pierres ponces qui nous est offerte à chaque année. Une histoire bien simple de nomades perdus dans un monde trop vaste, pourtant rendue fabuleuse par un talent fou pour synthétiser le moment dans de courts paragraphes.

Ludique voyage symbolique, ce livre respire l’intelligence et nous transporte des prairies canadiennes au cœur de Montréal jusqu’aux plages du Venezuela à travers le parcours de trois personnages dont les vies s’entrecroisent. Avec des instants tirés du banal, Dickner crée un univers plein d’images, un condensé d’humanité rafraîchissante, scintillant dans l’océan de cynisme noir qu’est notre civilisation moderne. Un pur délice.

www.nikolski.net

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