Splendeurs et Misères des courtisanes de Honoré de Balzac

Splendeurs et Misères des courtisanes de Honoré de Balzac

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Ferragus, le 11 mai 2001 (Strasbourg, Inscrit le 8 mai 2001, 54 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 240ème position).
Visites : 8 764  (depuis Novembre 2007)

Le retour de Vautrin

Lucien de Rubempré qui était prêt à se suicider à la fin des "Illusions Perdues", est "sauvé" par l'abbé Herrera, homme d'église espagnol au physique aussi ingrat qu'inquiétant.
Le roman débute alors que se déroule le bal annuel de l'opéra de Paris, fête masquée prestigieuse. Rubempré qui avait quitté Paris déchu et ruiné, revient plus arrogant que jamais au bras d'Esther dite "La Torpille", jeune courtisane ensorceleuse. Il est suivi comme son ombre par l'abbé Herrera dont on découvre vite qu'il n'est autre que Vautrin, l'âme damnée de la Comédie Humaine. Un pacte quasi sanguin lie les 2 hommes dont l'objet sera de franchir une à une toutes les marches qui feront de Rubempré, l'un des éminents représentants de cette société parisienne clinquante et vaniteuse. A cet effet, Vautrin élabore un plan diabolique dont le but ultime sera que Lucien épouse Clotilde de Grandlieu, fille d'une de ces dix familles qui seules comptent. Avant il aura fallu extorquer à Nucingen les millions nécessaires pour qu'enfin une terre fonde dignement le nom des Rubempré. Il s'en faudra de peu que Lucien ne réussisse. Mais les menées tortueuses de Corentin et Peyrade, policiers vicieusement intègres, la réputation sulfureuse de Rubempré, ses faiblesses morales auront raison du bel échafaudage. Lucien et Esther suicidés, Vautrin trouvera encore la force de s'en sortir avec les honneurs après qu'un duel homérique l'ait opposé au juge Camusot. Les duchesses de Maufrigneuse et de Serizy, anciennes maîtresses de Lucien, sauveront l'ex-bagnard pour en faire finalement un chef de la sûreté…
Sommet de l'art balzacien parce qu'il en est la quintessence, ce roman fouillé, complexe, destiné aux initiés de la Comédie humaine, suscite pourtant, de bout en bout, l'avidité du lecteur par la richesse de son intrigue. Après un début étincelant (les quinze premières pages où se jouent le retour de Lucien à l'occasion du bal de l'opéra sont tout simplement époustouflantes), le récit semble s'assoupir puis reprend peu à peu du souffle pour ne plus jamais s'apaiser. Suspendu au destin de Rubempré, nous haletons aux différentes péripéties qui rythment son ascension et c'est avec dépit que nous voyons lui échapper les fils d'une destinée promise brillante.
Mais plus que tout, et comme à l'habitude chez Balzac, ce sont les destins croisés de personnages moult fois rencontrés, leurs ressorts, leurs faiblesses, leurs élans vitaux qui font ce roman, sa force. Les combats incessants, dantesques que mène Vautrin, contre ses ennemis, contre Lucien, contre une société dont il a décidé d'user jusqu'à terme toutes les lois non écrites; la folie aphrodisiaque de la duchesse de Serizy, la folie amoureuse de Nucingen, l'imperturbable banquier, le dévouement surnaturel d'Europe, les froids calculs de Madame Camusot, les haines viscérales de Corentin et de Peyrade; tout cela combiné donne corps, matière, âme et provoque l'envoûtement. Il faut se laisser porter, s'abandonner à ce torrent qui bouleverse, malmène parce que phrase après phrase nous pénétrons toujours un peu plus dans les tréfonds de la nature humaine. Nous participons ainsi à une comédie qui n'a jamais cessé depuis 150 ans et dont Balzac est l'illustre révélateur.

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Quelle modernité !

10 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 44 ans) - 11 mars 2016

Un roman digne des meilleurs page-turners américains, une série de complots montée par le génie de Vautrin, tel un comte de Monte Cristo ou un Arsène Lupin maléfique. Instrument et victime de ces machinations, la belle Esther qui avait cru pouvoir échapper à sa condition de courtisane avant d’y être replongée par l’arrivisme lâche de Lucien de Rubempré. Mais ce roman n’est pas que celui des courtisanes, c’est celui aussi de toutes ces femmes mariées, certaines entichées de Lucien, qui manœuvrent elles aussi dans l’ombre pour sauver leur amant ou favoriser l’avancement de leur mari (elles nous rappellent utilement que, avant que l’esprit petit bourgeois ne triomphe avec la 3ème République, les femmes avaient toute leur place dans la société française et la marche du monde). C’est aussi le roman du crime, le crime violent des forçats et des bas-fonds et les crimes feutrés des manipulations financières et des calomnies.
C’est l’apothéose de la Comédie humaine, le monument vers lequel convergent les héros du Père Goriot, des Illusions perdues, de Gobseck, de La maison Nucingen...
Où est le Balzac qui écrira sur notre société moderne ?

Sublime

10 étoiles

Critique de Bérénice (Paris, Inscrite le 18 mai 2004, 31 ans) - 26 mai 2004

Je copie-colle ce que j'ai écrit dans ma critique d'Illusions Perdues...

" moi aussi je préfère Splendeur et misères. C'est moins entrainant, c'est moins impressionnant qu'Illusions Perdues, ou en tout cas moins constamment, c'est plus bancal, des hauts et des bas. Mais il y a Vautrin, le plus poignant, le plus fort des personnages de Balzac (oui oui, le Vautrin du Père Goriot) ; il y a sa bestialité, et il y a son amour pour Lucien ; il y a la belle Esther; et Lucien se fait plus discret, ce qui n'est pas désagréable (son caractère me mettait dans des rages parfois...). C'est très beau, c'est très sombre, j'ai eu des heures de colle à cause de ce bouquin, à force de le lire en classe, calé entre mes genoux, au nez et à la barbe de mes professeurs, incapable que j'étais de décrocher.

spoiler
Et pour justifier mon titre, je vous parlerai d'Oscar Wilde qui a dit un jour qu'il ne connaissait rien de plus navrant, de scène plus déchirante que le suicide de Lucien à la fin de Splendeur... il en a pleuré des heures entières !"

PS : c'est une phrase de Splendeurs et Misères qui a inspiré le titre 'les fleurs du Mal" à Baudelaire... je ne parviens pas à m'en souvenir, mais il s'agit d'une fleur cruauté, "la beauté dans le mal"...

Faust

10 étoiles

Critique de Alcofribas nasier (, Inscrit le 27 février 2004, 46 ans) - 3 avril 2004

Le personnage de Carlos Herrera, alias Jacques Colin, alias Trompe-la-Mort, alias Vautrin est sublime.
Les chapitres où abattu après la mort de son ami (et même un peu plus) il ne lutte plus sont très forts.
Un sacré roman qui ne doit pas effrayer par son épaisseur

superbe

5 étoiles

Critique de Pétoman (Tournai, Inscrit le 12 mars 2001, 41 ans) - 17 mai 2001

et sublime, Lucien de Rubempré en deviendrait presque attachant, le parvenu amoureux qui tombe dans la déchéance...mmm...j'ai adoré.

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