Le sceau du secret de Antonio Muñoz Molina

Le sceau du secret de Antonio Muñoz Molina
( El dueño del secreto)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Jules, le 9 juin 2005 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans)
La note : 7 étoiles
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Un complot contre Franco

Le narrateur est un jeune étudiant espagnol. Nous sommes en mai 1974, date importante puisqu’elle suit la révolte des œillets au Portugal d’à peine un bon mois. Comme il le dit, cette révolte des œillets est tout aussi importante pour sa génération que celle du 11 septembre 1972 qui a vu la prise de pouvoir sanglante de Pinochet au Chili. Cette dernière n’avait fait, en Espagne, que saper le moral des forces démocratiques alors, voir le Portugal se libérer de la dictature a fait naître un nouvel espoir chez les Espagnols.

Notre narrateur, comme beaucoup d’autres, se désespère du régime en place. Franco semble immortel et son pouvoir est toujours aussi oppressant. Les rues sont pleines de Guardia Civil, les grands moyens sont immédiatement utilisés à la moindre tentative de manifestation dans Madrid.

Il va nous raconter l’histoire d’un complot contre le pouvoir qui échouera au mois de main 74 et cela par sa faute nous dit-il dès la première page.

Entre-temps, le narrateur nous décrit sa vie à Madrid alors qu’il n’y est arrivé que depuis quelques mois venant de petite ville de province. Il habite une chambre dans une petite pension et crève la faim. Un plus que modeste repas par jour le comble littéralement, mais il est soutenu par une idée fixe : il deviendra un grand journaliste, même si la presse de son pays devait rester aussi muselée qu’elle l’est. Aussi, son plus grand trésor consiste en la machine à écrire qu’il possède.

Un jour débarque, tout à fait à l’improviste, son vieux copain de village, Ramonazo, apprenti mécanicien éternellement en bagarre avec ses employeurs. Il est convaincu qu’il trouvera un boulot à Madrid, mais les choses ne se font pas si vite… Et quand on lui en procure enfin un, il est jeté dehors tellement il monte la tête des autres ouvriers avec ses idées communistes.

Outre son journalisme et sa machine à écrire, le narrateur a d’autres obsessions. La première est qu’il se sait totalement incapable de garder un secret. La seconde est qu’il est d’une timidité maladive et sans courage aucun. La troisième découle des deux secondes : il sait que dès qu’il est impressionné il doit absolument uriner… A deux reprises il mouillera d’ailleurs son pantalon.

Par une vague relation, il va trouver un boulot assez particulier, peu prenant, mais qui va l’entraîner plus loin qu’il ne le pense. Son employeur le paie à la prestation et royalement. A ces occasions, il le nourrira, lui fera découvrir le luxe, les bars, les boîtes de nuit et les femmes. Mais, quant à ces dernières, ce ne sera pas lui qui consommera mais bien son employeur. Ce dernier lui révèlera un jour qu’il est le secrétaire tout ce qu’il y a de plus secret du mouvement anarchiste espagnol. Il ira même jusqu’à lui révéler beaucoup de choses sur un complot en préparation mêlant des éléments de la droite démocratique, la Guardia Civil et même de l’armée. Et notre narrateur ne trouvera rien de mieux à faire que d’en parler à son ami Ramonazo…

Voici comment il décrit l’évolution de la situation en Espagne : « Chez nous, tout arriva plus lentement, à la manière d’un goutte-à-goutte exaspérant, fait d’incertitudes et de reculs, avec une lenteur de tortue préhistorique, celle que mit le général Franco à mourir, avec des vagues de terreur, de persécutions et de crimes qui n’en finissaient pas, sans que les visages ni les voix de ceux qui commandaient ne changent, sans que nous ayons eu la satisfaction de repartir à zéro, de tout effacer et d’entamer une ère nouvelle – de bonheur ou d’illusion, peu importe. »

Ce livre est tout aussi bien écrit que les autres livres de l’auteur. Il se lit très agréablement, mais le souffle narratif ne peut se comparer à celui d’œuvres comme « Beatus Ille » ou « Le royaume des voix »

Je le conseille cependant, car il est agréable à lire mais, surtout, il nous donne une très bonne description de la situation espagnole à cette époque ainsi que celle de la vie d’un jeune étudiant lâché de sa province dans une aussi grande ville que Madrid.

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