Education européenne de Romain Gary

Education européenne de Romain Gary

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 2 juin 2005 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 392ème position).
Visites : 4 580  (depuis Novembre 2007)

Le sort des partisans polonais

Jusqu’ici, je n’avais lu que les romans les plus récents de Romain Gary, sans en avoir été vraiment convaincu, sauf pour « La vie devant soi » écrit sous le pseudonyme d’Emile Ajar et pour « Les trésors de la mer rouge » qui n’est pas un roman.

Ici, il s’agit du tout premier roman de l’auteur qui est paru en 1945.

Nous sommes dans une forêt polonaise en 1941, pas bien loin de Wilno. Le jeune père de Janek, le docteur Twardowski, installe son fils au fond d’un abri creusé profondément dans le sol. C’est une excellente cachette et il lui dit bien de n’en sortir à aucun prix, sauf s’il entend sa voix qui l’appelle. Après des jours, son père n’arrive toujours pas. Janek ne peut pas savoir qu’un régiment SS, de la fameuse division « Das Reich », est arrivé dans le village. Ils se sont emparés de plusieurs femmes et elles serviront à apaiser les besoins de la chair des officiers et des soldats. Parmi elles figurent la mère de Janek. La tactique des SS est de procéder ainsi, sachant très bien que cela va rendre les résistants furieux et qu’ils viendront stupidement se coller dans le piège et se faire tuer. Il ne sait pas non plus que, dans un coup de rage, son père s’est approché de la file d’attente des soldats, sous le couvert de son titre de médecin, une mitraillette sous son manteau. Il en a abattu un bon nombre avant d’avoir été tué lui-même.

Janek finit par quitter son trou et rencontre d’autres partisans dans la forêt. Il se joindra à eux, malgré son jeune âge, et passera d’un groupe à l’autre. Les plus terribles adversaires des partisans sont le froid en hiver et la faim tout au long de l’année. Ce n’est qu’occasionnellement qu’ils tentent un coup de mains contre l’ennemi, après avoir été bien renseigné et être certains que cela vaut la peine. Ils sont surtout renseignés par des femmes qui se donnent à l’ennemi, car dans ces cas là, les hommes se confient, ne sont plus sur leur garde. Une de ces jeunes femmes s’appelle Zoska et n’a que seize ans. Elle s’est déjà donnée très souvent à l’ennemi et est très précieuse. Elle va confier au jeune Janek que tout cela n’est pas si terrible. Au début, dit-elle, cela fait mal, mais par la suite cette douleur n’existe plus et il suffit de penser à autre chose.

Mais Jank va tomber éperdument amoureux de Zoska et elle de lui. Elle découvrira que cela peut aussi faire beaucoup de bien et ne voudra plus se donner à d’autres. Janek va aussi découvrir deux personnages particulièrement intéressant. Le premier est un vieux partisan d’origine ukrainienne. Il est le père du grand général russe, décoré de l’ordre de Staline et par la suite proclamé « Héros du peuple soviétique » pour avoir libéré Stalingrad. Le père déclare haïr son fils et ne veut plus en entendre parler. Il l’a surpris devant un plan militaire dans lequel il décidait de reculer devant les Allemands, abandonnant ainsi son propre village natal. Une scène cocasse nous vaut de voir le grand général Krylenko à genoux aux pieds de son père qui lui tord l’oreille ! L’ordonnance n’en revient pas et ne sait pas que faire…

Le second est un jeune partisan polonais, étudiant en lettres, qui dirige un petit groupe. Ils deviendront grands amis et Janek adore l’écouter raconter le livre qu’il écrit et qui a pour thème la future Europe du lendemain de la guerre. Celle dans laquelle les peuples seront amis et ne se battront plus les uns contre les autres. Même les Allemands n’auront plus envie de se comporter comme ils le font, dit Dobranski. Janek adore l’écouter, mais ne croit pas en son rêve, il est bien trop marqué par la haine.
Dans le groupe il y a un communiste acharné, mais il n’est pas tellement apprécié par les autres dès qu’il émet ses opinions. On sent la méfiance du polonais pour le Russe, ennemi ancestral aussi.

Et puis, il y a aussi un personnage invisible, mais très important : le Partisan Nadejda. Celui-ci est partout à la fois, recherché par toutes les polices allemandes, mais jamais trouvé ! Pour une bonne raison : il n’existe pas et n’est qu’une invention terriblement utile, car les gens y croient et cela donne aux partisans un moral de fer.

Une scène terrible est celle où Janek va tuer son premier soldat allemand. Un jeune gamin à peine de cinq ans plus âgé que lui, désarmé, et qui attend le coup de revolver en baissant la tête, résigné…

J’ai déjà été bien trop long, mais je vous encourage à lire ce livre très passionnant et écrit dans une langue superbe, rude et poétique à la fois. Les rêves de certains pour mieux comprendre les raisons de leur combat. Malheureusement la fraternité entre les peuples et la liberté devront attendre un peu plus longtemps, surtout pour les pays de l’Est. Mais cela n’était pas flagrant pour l’auteur à la date de la publication de son livre.

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Un conte initiatique

8 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 44 ans) - 1 mars 2011

Si la France connaît bien sa Résistance, qui lui a permis de conserver une certaine dignité malgré le régime de Vichy, elle connaît plus rarement la résistance allemande et ignore les autres résistances qui se sont obstinées face à l’envahisseur allemand en Europe centrale. Education européenne est le récit d’une de ces résistances, bien loin des réseaux de Londres et des soutiens alliés, dans un pays où l’hiver est encore plus impitoyable que l’occupant et où la préoccupation première des résistants, avant de se battre, est de se chauffer et de se nourrir.

C’est l’histoire de Janek, adolescent à peine sorti de l’enfance qui a l’impression de jouer aux cow-boys et aux indiens lorsque son père l’emmène se cacher dans la forêt. Sans nouvelle de sa famille, il se réfugie auprès d’un groupe de résistants. Parmi ces personnages hauts en couleur, en l’espace de quelques années, confronté à la souffrance, la mort et l’amour, il va devenir un adulte.
Comme tous les romans de Romain Gary, un récit bouleversant, empreint d’humanisme, de noblesse, d’héroïsme, d’optimisme, de générosité.
« Je voudrais que mon livre soit un de ces refuges, qu’en l’ouvrant, après la guerre, quand tout sera fini, les hommes retrouvent leur bien intact, qu’ils sachent qu’on a pu nous forcer à vivre comme des bêtes, mais qu’on n’a pas pu nous forcer à désespérer. »

Contre la guerre, pour la fraternité - pour l'Europe ?

8 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 39 ans) - 28 août 2010

Ce livre prend la forme d'une démonstration narrative réaliste, pour montrer combien la guerre est atroce et sale, comme vient fort bien de le résumer Jules, une fois de plus.

Ce roman est également relatif à la genèse de l'héroïsme ; et la scène de l'assassinat du jeune soldat allemand par le personnage principal est, en effet, aussi poignante qu'impressionnante.

L'épilogue évoque l'idée contenue dans le titre, et j'aurais bien aimé qu'elle fût traitée, notamment après de tels développements. Le rapprochement des peuples européens : c'est au moins la thèse de ce livre, que j'approuve.

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