L'usage du monde de Nicolas Bouvier

L'usage du monde de Nicolas Bouvier

Catégorie(s) : Littérature => Voyages et aventures

Critiqué par Saule, le 7 avril 2005 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (497ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 5 915  (depuis Novembre 2007)

"C'est le voyage qui vous fait et défait"

Dans ce livre Nicolas Bouvier évoque les deux années de son voyage avec son ami peintre Thierry Vernet dans les années 1950. Il sont partis de Genève pour arriver deux ans plus tard à Kaboul, traversant la Serbie, la Yougoslavie, la Turquie, l'Afghanistan.

"On ne fait pas un voyage, c'est le voyage qui vous fait et défait" : j'aime beaucoup cette manière de considérer les choses. Avec Bouvier le mot voyage prend toute son ampleur. Comme il possède également, au plus haut point, l'art d'écrire, son récit est devenu un livre culte de la littérature de voyage.

Ce livre est plus qu'un simple récit de voyage, c'est une mosaïque d'impressions et de touches de couleurs, du pittoresque, des rencontres, des aventures, le tout empreint de philosophie et d'humanité avec pas mal d'humour. Dans la quatrième de couverture ils disent "une lente dérive", et c'est vrai qu'en voyage il faut savoir prendre son temps : "Nous nous refusons tout les luxes sauf le plus précieux : la lenteur". Ils s'arrêtent souvent, parfois plusieurs mois, pour gagner un peu d'argent et pouvoir continuer le voyage. Il y a des aléas administratifs aussi (une fois en Turquie on les garde quelque temps en prison, plus comme invités que comme pensionnaires en fait). Il faut tenir compte de la météo et de la mécanique aussi, c'est-à-dire la petite Fiat qu'ils poussent dans les cols et qu'ils doivent régulièrement rafistoler, souvent avec l'aide de la population locale.

C'est ma première incursion dans ce domaine particulier qu'est la littérature de voyage et je suis séduit. Il faut dire que je suis tombé directement sur le meilleur tant ce livre de Nicolas Bouvier est devenu un livre culte parmi les amateurs du genre.

Je lui laisse le mot de la fin : "Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr".

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Trop court …

10 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 26 novembre 2018

L’ouvrage proprement dit est court, trop court. Et finir en carafe à la frontière afghano-indienne quand on était parti pour le Sri Lanka (Ceylan à l’époque) m’a personnellement frustré. Mais quel bonheur de lecture ! Quel plaisir de trouver exprimé noir sur blanc les sensations qu’on peut éprouver quand on a ainsi l’occasion de voyager, quand on est dans l’état d’esprit de voyager …
Nicolas Bouvier a 24 ans quand il part avec son ami Thierry Vernet, peintre, dans une Fiat Topolino et peu de moyens pour gagner Ceylan via la Yougoslavie, la Turquie puis l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan. Nous sommes en 1953, la partition Inde – Pakistan ne date que de 6 ans ! Et pourtant un tel voyage était possible. Ca laisse songeur à considérer le péril qu’il y aurait maintenant à franger l’Irak, traverser l’Afghanistan ou le Pakistan …
« L’usage du monde » n’est pas tant la relation de ce lent voyage, par soubresauts au gré des haltes plus ou moins programmées, plus ou moins souhaitées, que l’état d’esprit de nos deux voyageurs au fil de la progression. Et le tout dans une très belle langue, imprégnée de poésie, de philosophie et d’humanisme : un modèle du genre.

« A La Poste où j’étais allé m’informer, on me dit « jusqu’à Erzerum c’est bon, la route est sèche. Au-delà, nous ne savons pas. Nous pourrions bien télégraphier dans l’Est mais vous perdriez du temps à attendre la réponse, et cela coûterait… allez plutôt demander au lycée ; ils ont en internat des gamins de toute l’Anatolie qui sauront bien le temps qu’il fait chez eux. »
Au lycée où j’exposai mon affaire, le professeur français interrompit sa leçon et posa la question à sa classe, lentement et en français. Personne ne broncha. Il la répéta en turc, avec un peu d’embarras, et aussitôt plusieurs lettres froissées sortirent des tabliers et les petites mains aux ongles noirs se levèrent l’une après l’autre… il n’avait pas encore neigé à Kars… ni à Van, ni à Kagisman… un peu seulement à Karaköse mais ça n’avait pas tenu. L’opinion générale, c’était que pendant une quinzaine encore nous passerions sans peine. »

Ah ! Sentir le vent et l’impondérable du voyage …

Désherber la "Culture en pot" occidentale !

10 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 53 ans) - 1 avril 2013

Ecrivain-voyageur suisse, Nicolas Bouvier (1929-1998) a réalisé de nombreux voyages sur les routes du monde.
En juin 1953, il part en Fiat Topolino avec Thierry Vernet de Belgrade à Kaboul à travers la Yougoslavie, la Turquie, l'Iran et le Pakistan.Après un an et six mois de voyage, les deux amis se séparent, Thierry Vernet rejoignant son amoureuse à Ceylan, et Nicolas Bouvier continuant seul sa route à travers l'Inde afin de gagner la Chine.
Cette première partie du voyage est racontée dans L'Usage du monde, un livre devenu culte.

"Même si l'abri de ta nuit est peu sûr
et ton but encore lointain
sache qu'il n'existe pas
de chemin sans terme
Ne sois pas triste "

"Lorsque le voyageur venu du sud aperçoit Kaboul, sa ceinture de peupliers, ses montagnes mauves ou fume une fine couche de neige, et les cerfs-volants qui vibrent dans le ciel d'automne au-dessus du bazar, il se flatte d'être arrivé au bout du monde.Il vient au contraire d'en atteindre le centre; c'est même un empereur qui l'affirme."

"Forer à travers cette indifférence qui abolit, qui défigure, qui tue, et retrouver l'entrain d'alors, les mouvements de l'esprit, la souplesse, les nuances, les moirures de la vie; le hasard riche, les musiques qui vous tombent dans l'oreille, la précieuse connivence avec les choses et ce si grand plaisir qu'un y prend."

Est-il encore utile de rédiger une critique après avoir lu ces quelques passages ?
Ces 2 amis se mettent "l'âme à l'envers", apprennent la lenteur, l'humilité, le tact et le flegme; armes indispensables pour durer.
Un peintre et un journaliste - 2 aimables gribouilles- qui folâtrent en Asie et tombent d'accord avec Gorki pour chercher leurs universités sur les routes.

Il y a tout dans cet ouvrage; voyage, réflexion, découverte des autres et de soi-même.
Tout simplement indispensable !

Partir à l'aventure

7 étoiles

Critique de Lejak (Metz, Inscrit le 24 septembre 2007, 44 ans) - 19 juin 2011

Ce livre mérite à coup sûr une relecture.
Car je fais sa critique des mois après sa lecture (un oubli). Et je constate que j'ai certainement raté quelque chose, à en croire les autres critiques. Non pas que je n'ai pas apprécié, mais que mon sentiment reste inégal et partagé.

J'ai en effet eu du mal à entrer dans le récit. Tout commence à Zagreb, et nos deux protagonistes que l'on ne connait pas, attaquent d'emblée le voyage par la Yougoslavie. D'une part, nous ne sommes pas (encore) attachés à ces deux voyageurs et on ne connait pas leur but. D'autre part, la Yougoslavie relève moins du mystère aujourd'hui que par le passé, et offre donc moins à rêver.

Pour moi, le récit a véritablement décollé avec leur entrée en Perse. Leur long séjour à Tabriz (Iran) au contact de la population locale, puis leur passage par Téhéran m'ont transporté dans cet Orient magnifié. J'ai repensé notamment à Alexandre, aux archéologues et chercheurs du XIXème, à Laurence d'Arabie ... J'ai forcément fait le lien avec "La longue marche" de Bernard Ollivier, principalement le tome 2 "Vers Samarcande", dans lequel on retrouve entre autres la légendaire hospitalité des Persans.

La fin du livre m'a finalement laissé comme une note d'amertume. J'ai lu quelque part que Nicolas Bouvier avait fini par tomber malade et faire une dépression au bout de son périple qui s'acheva par le Japon (via l'Inde et Ceylan). Même si le voyage s'arrête dans le livre à la frontière afghane après que son ami Thierry l'aie quitté, on ressent déjà comme une lourdeur, une noirceur qui plombe un peu la fin du parcours (du moins celui qu'il a partagé avec le lecteur).

Je retiendrai néanmoins cet extrait, situé au moment du départ de Téhéran : "Ultime verre de thé, et quand la voiture démarre, ah ... ah ... quels soupirs, avec quels regards il la voient s'éloigner ainsi. [...] Non, c'est le voyage qui fait songer ainsi. Le Voyage, les surprises, les tribulations, cette mystique du chemin si vivace au coeur des Orientaux et dont nous aurons si souvent profité."

A relire donc.

Nicolas Bouvier continue à voyage dans ma tête

10 étoiles

Critique de Maria-rosa (Liège, Inscrite le 18 mai 2004, 64 ans) - 7 septembre 2010

Ce livre est un grand coup de coeur tant il m'a profondément touchée. Pour moi aussi, c'est une première incursion dans le domaine du récit de voyage.
J'ai véritablement été séduite par la démarche de ces deux garçons qui vont, avec intelligence, humanité et humilité à la rencontre des gens et d'autres cultures.
Les dessins faussement naïfs de Thierry Vernet contribuent largement au charme du livre.
Dans l'idéal, il ne faudrait voyager que de cette façon tout le reste n'est qu'une forme de colonisation.
Un très très grand livre.
Merci à Saule et à Sahkti qui je crois l'avait fait connaître à Saule.

magique et culte

10 étoiles

Critique de Yeaker (Dijon, Inscrit le 10 mars 2010, 46 ans) - 10 juillet 2010

J'ai lu le livre il y a plus de 15 ans et j'y suis toujours très attaché. Régulièrement je revisite en pensée des passages, la voiture désossée portée sur l'épaule, les poésies persanes peintes sur la portière pour favoriser l'accueil des villageois...

Magique

9 étoiles

Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 13 décembre 2008

Grouillant de vie et de passion, inspiré, pittoresque, saisissant, enivrant. Au fil des pages on se heurte à la matière, à la neige à Tabriz, au sable dans le désert de Lout. C’est rarement l’harmonie qui nous touche, mais plutôt l’intensité, la vibration, l’extrême. Toute une galerie de portraits saisissants. Ils témoignent d’un sentiment fraternel pour les déshérités et les vagabonds. Inutile de raconter des scènes, car tout est dans la manière de voir.

Pour Bouvier le voyage n’est ni un exploit, ni un plaisir ; c’est sa raison d’être. « Cette gaieté remuante, cette espèce de levain céleste » - Bouvier possède un don particulier pour évoquer le bonheur. D’après son témoignage dans « Routes et déroutes », il s’est inspiré de Giono. Un parfait antidote contre le spleen. Une mention spéciale pour les dessins faussement naïfs de Thierry Vernet, une belle découverte.

Culte..

9 étoiles

Critique de Ulrich (avignon, Inscrit le 29 septembre 2004, 44 ans) - 10 février 2006

L’usage du Monde.

Ce livre est un autre rapport en temps. L’histoire d’un périple, de celui qu’on appelle le plus grand écrivain voyageur. Ce livre illustré par son compagnon de route raconte un long périple de 2 ans, parti depuis Paris jusqu’en Inde dans une fiat Tampolino. Il traverse les Balkans, le Moyen Orient, l’Afghanistan avant de rejoindre l’Inde. L’argent doit se gagner au fil des rencontres. Son but n’est que le temps. Il y a des parfums d’Afrique : Ce temps qui n’est pas une contrainte, le laisser défiler. En voiture, il s’improvise mécano. Là aussi, il y a des parfums d’Afrique. Bricoleurs de génie, Nicolas Bouvier le devient aussi. Ce livre raconte ce voyage. Un voyage avec but, sans but, si ce n’est celui de se laisser porter au gré de la rencontre, des rencontres. Voilà pour l’histoire. Ce livre est un livre culte pour tous les voyageurs. Il l’est. Son sens du récit, ses descriptions, les ambiances qu’il nous fait partager sont époustouflantes. Ce livre, il a mis beaucoup de temps à l’écrire. Il fait partie de ces écrivains perfectionnistes. Le résultat est là. Chaque phrase sonne comme parfaitement juste. Une douceur infinie se dégage. Les phrases, les mots sont beaux. Une ambiance toute magique, tout en douceur au fil des cultures qu’il croise, qu’il rencontre. Les rencontres, la solidarité de la route sont son chemin. Et puis, parce que mes mots ne sont rien pour décrire les talents de Nicolas Bouvier, rien que le titre, à lui seul révèle son approche du Monde. Aujourd’hui, l’expression est « le monde est mon terrain de jeu ». Pour lui, le Monde n’est pas un jeu. Le Monde est une infinité de rencontres, une infinité de cultures. Son usage pour faire grandir, pour se construire, pour confirmer encore un peu plus que des différences naît notre propre richesse. Ce livre est magnifique ; tout simplement beau.

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  Pour moi, le plus grand récit de voyage 9 Yeaker 14 juillet 2010 @ 23:10

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