Cher Diego, Quiela t'embrasse de Elena Poniatowska

Cher Diego, Quiela t'embrasse de Elena Poniatowska
( Querido Diego, te abraza Quiela)

Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine

Critiqué par Sibylline, le 23 mars 2005 (Normandie, Inscrite le 31 mai 2004, 68 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 045ème position).
Visites : 2 932  (depuis Novembre 2007)

Emotionnel

Moins de quatre-vingts pages seulement, mais que l’on repose assez bouleversé. C’est un livre émotionnel. Ca se dit ça : « livre émotionnel »? Emotionnel, mais aussi qui donne à réfléchir sur la vie.
Ce livre est une correspondance fictive entre deux personnages réels. Et encore non. Ce ne sont que les lettres de l’un des personnages, l’autre ne répondant jamais ou si peu que ses écrits ne sont qu’évoqués.
Les deux personnages réels sont Angelina Berloff, russe, et Diego Rivera, Mexicain, peintres tous deux. Ils se sont rencontrés à Bruges puis sont venus vivre à Paris en 1909. Dix ans plus tard, Diego est reparti pour le Mexique, seul. Il n’y avait d’argent que pour un voyage. Il devait s’installer et faire venir Angelina. Mais le temps passe et les longues lettres passionnées d’Angelina ne reçoivent en réponse que de brefs messages avec un peu d’argent. Le doute s’installe. La jeune femme, lui écrit inlassablement et évoque tour à tour l’infidélité du peintre déjà avant son départ, leur fils mort en bas âge, son renoncement à elle (sans regret, mais on en a tant pour elle) à ses plus grands rêves de peintre, leurs amis peintres célèbres, qui s’éloignent, la consolent ou au contraire lui conseillent de ne plus penser à lui.
C’est un ouvrage qui raconte une passion violente (l’amour) et en provoque d’autres, fortes mais complexes, chez le lecteur. Que penser ? Comment juger l’égoïsme forcené de Diégo alors qu’il continue à envoyer de l’argent, le talent gâché d’Angelina alors que c’est elle-même qui a négligé tout cela pour mieux servir Rivera, la misère qui a tué l’enfant à une époque où cela était si courant ici même. Jusqu’au bout, Angelina se propose à servir l’homme auquel elle voue un si terrible amour: Je te préparerai tes couleurs. Je ne te dérangerai pas. Pas de révolte chez elle pour les dix ans effacés sans un mot d’explication ni même de déclaration franche. Juste pour le second enfant qu’il lui a refusé, mais il ne souhaitait déjà pas le premier. Pourtant, la souffrance d’Angelina est énorme. Elle est anéantie.
La période de la vie de cette femme dont il est ici question est extrêmement dure aussi bien financièrement et physiquement que sentimentalement. Il est miraculeux qu’au moment de ce bilan si négatif, la folie, la misère et le froid, n’aient pas eu raison d’elle. C’est cela que raconte ce livre et c’est pour cela qu’il ne m’est pas très facile de trouver Rivera vraiment sympathique.
Enfin, n’oublions pas, mais on l’oublie tout au long du livre, que ces lettres n’ont pas vraiment été écrites par Angelina Berloff. Elles sont l’œuvre d’ Elena Poniatowska, écrivain mexicain, qui a choisi de raconter ainsi cette poignante histoire. Au Mexique, Diégo Rivera fera une brillante carrière, soutiendra la révolution zapatiste qui a toujours eu son approbation, puis finalement deviendra stalinien. Mais ce que je vous dis là, c’est la suite de l’histoire vraie, plus celle racontée dans le livre qui cesse au moment où Angelina choisit de se taire.

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Les éditions

  • Cher Diego, Quiela t'embrasse [Texte imprimé], roman Elena Poniatowska trad. de l'espagnol (Mexique) par Rauda Jamis lecture de Claude Fell
    de Poniatowska, Elena Fell, Claude (Editeur scientifique) Jamis, Rauda (Traducteur)
    Actes Sud / Babel (Arles).
    ISBN : 9782742700110 ; EUR 5,50 ; 16/03/1993 ; 80 p. ; Poche
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BEAU, TOUT SIMPLEMENT BEAU…

7 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 51 ans) - 29 janvier 2009

Bien avant de devenir un des «géants» de la peinture Mexicaine du XXe siècle, Diego RIVERA (1886-1957), également connu pour ses deux mariages avec l’autre grand peintre Mexicain Frida KAHLO (1907-1954) vivait à Paris. Il était arrivé en 1907, il y restera jusqu’en 1921 avant de repartir dans sa patrie. Durant ses années en France il fréquenta les milieux artistiques de l’époque et se liera avec nombre d’artistes de l’époque : Amedeo MODIGLIANI, Elie FAURE, Pablo PICASSO, Ossip ZADKINE…

Au cours de cette vie passablement agitée, en 1911, il se maria avec Angelina BELOFF (1884-1969) peintre Russe, dont il eut un fils qui mourut en bas âge. Par ailleurs il entretint une liaison pendant six ans avec la peintre Marie «Marevna» VOROBIEFF-STEBELSKA (1892-1984), avec qui il eut d’ailleurs une fille qu’il ne reconnut jamais.
En 1921, il retourna donc au Mexique et c’est justement de cette période dont nous parle l’auteur, en imaginant les lettres qu’Angelina BELOFF aurait écrit à son mari parti de l’autre côté de l’Atlantique.

En effet, Angelina BELOFF devait rejoindre Diego RIVERA aussitôt que celui-ci lui enverrait l’argent pour faire à son tour le voyage le voyage vers le Mexique. Bien entendu, cet argent n’arriva jamais. Angelina BELOFF qui se languit de son mari, lui écrit très souvent pour lui demander des nouvelles, lui parler de sa peinture, lui décrire sa vie, lui dire qu’elle l’aime… alors que celui-ci ne lui répondra jamais, ne lui donnera plus jamais signe de vie, et ne la reconnaîtra même pas quand il se reverront au Mexique en 1935… Ce sont ces lettres qu’Elena PONIATOWSKA nous propose dans ce petit livre…

Ce petit livre est une pure merveille de beauté et se lit en quelques heures, j’ai beaucoup aimé le style de l’écrivain, son écriture est belle, raffinée, douce… les mots coulent d’eux-mêmes, s’enchainent les uns après les autres dans une simplicité étonnante… Ces lettres imaginaires sont très belles et la sensibilité de l’auteur affleure merveilleusement surtout quand elles parlent de la mort du fils des deux artistes, quelques années auparavant…

Rien à redire donc sur ce livre, si ce n’est qu’Elena PONIATOWSKA est certainement un grand écrivain à découvrir de toute urgence!..

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