Un autre : Chroniques d'une métamorphose de Imre Kertész

Un autre : Chroniques d'une métamorphose de Imre Kertész
( Valaki más : a változás kronikája)

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par B1p, le 11 décembre 2004 (Inscrit le 4 janvier 2004, 44 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 344ème position).
Visites : 2 110  (depuis Novembre 2007)

Journal de la fin d'une vie

Imre Kertész est écrivain, « hongrois », juif, rescapé d’Auschwitz et de la dictature communiste.
Mais l’approfondissement de ces diverses identités ne fait pas l’essentiel du contenu de « Un Autre ». Cette « Chronique d’une Métamorphose » est essentiellement le journal d’un homme entré dans sa huitième décennie, un homme qui a vu passer les dictatures sur lui et qui, contre toute attente, leur a survécu. « Un Autre », c’est le récit des périples d’un écrivain de réunions en colloques sur la littérature, sur le judaïsme, mais c’est surtout une collection de réflexions sur la vie et son absence de logique et de nécessité. « Un Autre », c’est une écriture qui va à l’essentiel et qui élague digressions, comparaisons et bouts de gras, c’est un style aux phrases et aux mots soigneusement choisis pour que les idées passent avec précision, une espèce de vérité précise et inquiétante dont on se surprend à recopier certains passages tant ils semblent rendre compte de la vie avec une cruauté et une concision qu’on pourrait croire prophétique :

« Avez-vous remarqué que dans ce siècle tout est devenu plus vrai, plus véritablement soi-même ? Le soldat est devenu un tueur professionnel; la politique, du banditisme; le capital, une usine à détruire les hommes équipée de fours crématoires; la loi, la règle d’un jeu de dupes; l’antisémitisme, Auschwitz; le sentiment national, le génocide. Notre époque est celle de la vérité, c’est indubitable. Et bien que par habitude, on continue à mentir, tout le monde y voit clair; si l’on s’écrie : amour, alors tous savent que l’heure du crime a sonné, et si c’est : loi, c’est celle du vol, du pillage. »

« J’essaie de lire des livres sages, mais ils m’énervent toujours davantage. La sagesse fait apparaître la vie pour ainsi dire comme une coutume, bien qu’on ne puisse s’accoutumer à la vie et que ce soit justement là que réside tout son charme, le seul qu’elle ait, à vrai dire. »

« La nouvelle technique d’écriture romanesque est fondée uniquement sur la constatation que ce n’est pas l’écrivain qui saisit le monde (comme objet de connaissance), mais le monde qui saisit l’écrivain (comme objet de son arbitraire illimité); or, cette constatation entraîne des changements destructeurs dans la « littérature », ce domaine de l’art qui a de plus en plus de mal à végéter. Cette art puise sa dernière inspiration dans la dégringolade fulgurante de l’humanité; mais cette dégringolade irrésistible balaiera bientôt toute inspiration - excepté celle de la destruction. Et d’ailleurs : qui parle de littérature ? Noter les derniers soubresauts, c’est tout. »

« Car la vie est ou manifestation ou collaboration. »

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Un livre sombre

10 étoiles

Critique de Smokey (Zone 51, Lille, Inscrite le 12 août 2008, 31 ans) - 21 septembre 2008

Ce livre est très beau, poignant et extrémement pessimiste. Le regard de Kertész sur la société et plus généralement sur le siècle qui vient de se dérouler et la génération qui suit est noir et triste.

L'auteur tranche vraiment avec ses autres livres où il réussit à mettre en valeur ce que l'on retire d'utile, de beau dans l'expérience du siècle qui s'est achevé. Ici, c'est "l'après-Auschwitz", rien ne sera plus jamais pareil et le monde est devenu fou. Plus rien n'a de sens et pourtant nous sommes en vie, pour quelle raison sommes-nous ici? Kertész s'interroge sur la place de la foi dans notre existence et du rôle que jouent encore les camps de concentration dans nos vies. Il explique par exemple, que les antisémites d'aujourd'hui ne sont différents de ceux d'hier que parce qu'ils doivent assumer et accepter Auschwitz comme un pan de leur culture...

Je trouve néanmoins qu'il est dommage qu'il ne s'intéresse pas davantage au rôle des camps dans la formation du caractère des descendants de déportés ( sujets probablement trop personnel). Car la plupart vivent avec le poids de cette histoire comme la majorité des allemands d'aujourd'hui doivent assumer le passé peu glorieux de leurs aînés nazis.

Kertész s'interroge vivement sur lui-même, ou du moins sur ce qu'il appelle cet "autre", celui qui n'est pas vraiment revenu de Buchenwald, et également sur cet autre "autre", celui qui est l'écrivain, ou du moins le coauteur de ses oeuvres, celui qui écrit et qu'il ne connaît pas vraiment...

Ce livre est assez difficile dans le sens où il frappe là où sa fait mal et qu'il met des mots là où la plupart des déportés ont gardé le silence.

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