Football Factory de John King

Football Factory de John King
( The football factory)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Nothingman, le 9 octobre 2004 (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 39 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 504ème position).
Visites : 5 124  (depuis Novembre 2007)

Hooligan story

Football Factory est un roman qui décrit de manière radicale le quotidien d'un jeune hooligan du club londonien de Chelsea, Tom Johnson. Durant la semaine, il se morfond dans son boulot ingrat et mal payé. Entre autres causes, l'interminable attente du samedi après-midi, jour sacré pour Tom et sa bande de têtes brûlées. Le samedi c'est jour de foot à Stamford Bridge. Et pour Tom et ses potes, c'est une religion de haine et de violence composée des mêmes éternels ingrédients : bière à gogo, montée d'adrénaline et baston.
Au moyen d'une écriture nerveuse et crue, John King se montre très précis dans la description des scènes de bagarres, dans lesquelles les factions de hooligans luttent pour marquer leur territoire. On sent pour ainsi dire les coups. " Millwall (un autre club de Londres) est partout à la fois. Ils ont dû nous attendre en masse, plus bas dans la rue. Ils sont déchaînés, ils nous tombent dessus comme des malades, assoiffés de sang, avides de nous tuer à coups de pied, et les briques et les bouteilles ne cessent de nous pleuvoir sur la tronche, mais d'où, on n'en sait foutre rien, à moins que les retraités, à leurs balcons, ne soient en train de démanteler leur appart. On ne voit pas ce qui se passe au-dessus, parce qu'on se concentre sur la castagne, là, à cinquante centimètres, et nos oreilles sont brûlantes, c'est le vacarme, c'est le bordel, l'écho sourd, amorti, des coups de poing et de pied, et une barre de fer, quelque chose comme ça, qui vient me cueillir en pleine tempe." Il ne manque que la musique punk en fond sonore pour se croire dans un film.
Sauf que c'est loin d'être de la fiction. Le hooliganisme, ce fléau que beaucoup pensait éradiqué est toujours bel et bien présent. Absents des stades contrôlés par un arsenal video des plus impressionnants, les hooligans ont porté leur violence à l'extérieur des stades, dans les faubourgs alentours.
Autre qualité de ce roman : l'auteur décrit mieux que personne le quotidien misérable et désespéré de la classe prolétaire britannique. Il se montre également très critique quant à un certain embourgeoisement dans le monde du foot. Les places et les abonnements sont devenus de plus en plus chers. Justifiée vraisemblablement dans un premier pour contrer efficacement le fléau du hooliganisme, cette hausse se révèle dramatique pour les vrais supporters, incapables de débourser de telles sommes chaque semaine pour aller voir jouer leurs couleurs. De plus, des milliardaires de tous poils investissent aujourd'hui de gros budgets, s'offrant clubs et joueurs comme de vulgaires jouets. Le football serait-il devenu un luxe?
Véritable objet de culte outre-manche, Football Factory vient d'être réédité aux éditions de l'Olivier.

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Les éditions

  • Football factory [Texte imprimé] John King trad. de l'anglais par Alain Defossé
    de King, John Defossé, Alain (Traducteur)
    Editions de l'Olivier / Petite bibliothèque
    ISBN : 9782879294643 ; EUR 20,00 ; 27/05/2004 ; 368 p. ; Broché
  • Football factory [Texte imprimé], roman John King traduit de l'anglais par Alain Defossé
    de King, John Defossé, Alain (Traducteur)
    Points / Points (Paris)
    ISBN : 9782757800010 ; EUR 7,50 ; 11/05/2006 ; 398 p. ; Poche
  • Football factory [Texte imprimé] John King trad. de l'anglais par Alain Defossé
    de King, John Defossé, Alain (Traducteur)
    J'ai lu / J'ai lu.
    ISBN : 9782290052976 ; EUR 6,70 ; 09/09/1999 ; 347 p. ; Poche
  • Football factory [Texte imprimé] John King trad. de l'anglais par Alain Defossé
    de King, John Defossé, Alain (Traducteur)
    Alpha bleue / Collection Alpha bleue étrangère.
    ISBN : 9782864690917 ; EUR 20,58 ; 19/06/1998 ; 353 p. p. ; Broché
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Une véritable étude sociologique

8 étoiles

Critique de Zgili (Metz, Inscrit le 26 novembre 2009, 34 ans) - 30 novembre 2009

En commençant ce bouquin on se dit que c'est simplement un livre sur le hooliganisme, qu'on va se reposer un peu et déconner sur les bastons et autres bitures des protagonistes. Et bien il ne faut pas prendre John King à la légère...
Oui, ça parle de bagarres, de sexe, de cuites entres potes, mais c'est aussi l'histoire d'une recherche de l'ivresse, pas simplement dans l'alcool, mais surtout dans la violence. Le personnage principal, Tom, dit lui-même que c'est cent fois mieux que les nanas, que le frisson est le même à chaque fois, de par l'honneur mais avant tout de par la peur qu'on canalise avant et pendant le combat.
A leur niveau ces hooligans sont une sorte de rebelles, qui disent merde à l'establishment anglais et à la police et ses caméras de surveillance omniprésentes à Londres. Souvent les critiques passent par des raccourcis, mais ce n'est jamais anodin. On sent que, au delà son opposition à la violence gratuite, l'auteur s'indigne face à la pauvreté, pécuniaire ou cérébrale, de son pays et de ses dirigeants, du remplacement des valeurs humaines par les valeurs patriotiques ou communautaires qui ont conduit la plupart des "vieux", comme il les nomment, au cimetière, ou pire, à Auschwitz, et ceux qui restent sont juste devenus des fantômes célébrés une fois par an puis oubliés...
Ce double jeu se retrouve dans les réflexions de Tom qui, bien qu'il considère les londoniens supérieurs au monde entier, les blancs plus humains que les autres, estime quand même que ces autres, indiens pas si inoffensifs que ça et supporters de Millwall teigneux, ne sont pas plus dégénérés que le reste. C'est pour cela que Tom estime ses amis et personne d'autre, car c'est la seule chose dans laquelle il croit, car même les dirigeants du club de son cœur l'ont lâché depuis longtemps, lui et les supporters, pour préférer le football business.
C'est donc un très bon livre, à lire comme on lirait 1984, à tête reposée et d'humeur à la réflexion, car au delà du livre sur le foot donc à la mode, se trouve une véritable réflexion sociologique sur les dérives de l'homme vers la violence, car qu'elle soit physique, orale, légale ou illégale, collective ou individuelle, on a toujours une excuse pour la justifier.

HOo HAa Cantona!!!

8 étoiles

Critique de Numanuma (Tours, Inscrit le 21 mars 2005, 46 ans) - 26 juillet 2005

Nothingman a bien résumé le propos de l'auteur; reste le malaise ressenti devant le thème choisi.
Le hooliganisme n'a pas vécu, il est toujours vivace, les pouvoirs publics ont juste réussi a déplacer le problème: moins de bagarre de stade, plus de baston de rue. Et toujours des types, a priori normaux, avec tous les guillemets qui s'imposent, qui se mettent joyeusement sur la tronche le samedi au nom du club de foot...
Je dis bien "joyeusement". Car, si du point de vue policé du politique, du sociologue ou du fan de foot lambda, le hooliganisme est une déflagration de rage inutile et contraire à l'esprit du sport, pour le hooligan, la baston, c'est normal. Cela fait partie du jeu, c'est indispensable au foot.
Indispensable au hooligan, surtout. Bien, sûr, on peut évoquer la rivalité entre clubs, l'activité nationaliste souterraine qui sévit parmi les supporters, on peut penser que le phénomène n'est rien d'autre qu'un moyen de se sentir vivant dans une société trop propre pour accepter ses défauts. La baston, c'est la dernière expression du rejet de la société qu'on ne puisse vraiment détruire. Tous les hommes se battent, cela fait partie de son mode de vie.
Le hooliganisme, si l'on pousse très loin, c'est l'expression de l'animalité inhérente à l'humain, c'est un exorcisme social, une façon de sortir du moule avant de s'y refondre.
Bizarrement, le hooligan ne se retourne pas contre ce qui lui renvoie le plus nettement sa médiocrité sociale: son club de foot, riche, voire très riche.
C'est là le paradoxe qui sous-tend le roman, cette forme d'hypocrisie ou d'aveuglement qui fait que l'humain sera toujours incapable de voir la véritable raison de son malheur. C'est toujours de la faute de l'autre.
Lors du prochain match, veillez à ne pas être l'autre...

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