La grande simplicité de l’écriture de Mingarelli est un peu déroutante. Elle crée une atmosphère de mystère et tous ses non-dits donnent envie d’en savoir plus. On avance donc dans le livre sans même s’en rendre compte. Dans la dernière neige, un jeune homme, on ignore son âge, l’endroit où il vit, gagne un peu d’argent pour aider ses parents en promenant les vieux de l’hospice ou en noyant des portées de chatons juste nés. Une moitié de l’argent est réservée à son rêve : acheter le milan, cet oiseau en cage qu’il voit chaque jour sur le trottoir d’un brocanteur. Cet oiseau sera aussi, dans l’imaginaire du récit de sa capture d’abord puis dans la réalité de sa cage dans la maison, un lien très fort entre l’adolescent et son père qui se meurt. L’absence de la mère toutes les nuits (va-t-elle se prostituer pour rapporter un peu d’argent ?), la maladie du père, la longue marche initiatique du fils vers la colline avec une chienne à perdre, on n’en sait guère plus sur cette famille que l’écriture resserre dans une pudeur extrême. On ne saura jamais ce lien étrange entre la mère et son fils, bien que cette phrase extraite du roman soit placée en quatrième de couverture comme une invite : « Et lorsqu’elle a commencé à dire ces choses à propos d’elle et moi, et dont je n’ai pas envie de me souvenir, j’ai déroulé devant mes yeux ce long et majestueux vol plané de mon milan. » J’aime d’ordinaire les livres dont la forme est plutôt elliptique, laissant la part belle aux silences qui en disent long, mais là, il en manque un peu trop quand même, pas dans l’histoire, qui a un début un milieu une fin, mais dans l’ensemble, qui laisse trop de champs possibles. Sans doute ne sont-ils l’essentiel du texte, on sent bien la force du lien père-fils et le chemin qui le mène vers la mort inéluctable, mais pour ma première lecture de Mingarelli, j’en reste un peu déconcertée, attirée par le mystère mais pas éblouie.
Laure256 (, Inscrite le 23 mai 2004, 38 ans) - 24 juillet 2005 |