39,4 de Philippe B. Grimbert

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 9 mars 2021 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 73 ans)
La note : 8 étoiles
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Juste paraître ce qu'on croit être

Dans ce roman, Philippe B. Grimbert déambule avec son héros et ses lecteurs par les rues et dans les lieux parisiens où se rencontrent les bobos, il quitte peu la capitale qu’il parcourt à partir de la Butte aux Cailles où réside François son nouvel héros. François est un cadra « bien conservé » qui travaille dans une des grandes entreprises qui règnent sur le monde des nouvelles technologies de l’information. Le cap de la quarantaine émousse son désir pour sa femme qu’il finit par quitter. Il vogue alors de fille en fille jusqu’à ce qu’une petite jeunette lui jette à la figure qu’il est bien trop vieux pour qu’elle envisage une aventure sérieuse avec lui. L’âge devient alors un véritable problème pour lui, « il puait de l’âge comme d’autres puent du bec ». Il essaie toutes les combines existantes pour essayer de paraître plus jeune et surtout de s’affranchir de la dictature des ans très prégnante dans les entreprises issues des nouvelles technologies.

Après avoir perdu un procès pour faire changer son état civil, il tente avec son avocat et un cadre supérieur de son entreprise de créer un projet permettant de conserver l’apparence physique d’un jeune et de remplacer son âge civil par son âge biologique maintenu assez bas par des tripatouillages scientifiques plus ou moins scabreux. Il devient vite l’icône du programme mais la gloire ne l’effleure que peu de temps, il est un beau jour confronté à ce qui peut arriver à n’importe qui, n’importe quand, un accident. Alors sa vision du monde et de ceux qui l’occupent change radicalement, une autre vie commence pour lui…

Dans ce texte écrit dans un style fluide que la richesse du vocabulaire ne réussit pas à encombrer, l’auteur manie avec aisance l’ironie en usant abondamment de la terminologie branchée employée dans le monde des entreprises de pointe et dans l’univers des bobos. Il souligne ainsi l’artifice de la démarche de son héros qui s’intéresse beaucoup plus à son paraître qu’à son être comme il s’intéresse plus au paraître des filles qu’il drague plutôt qu’à leurs qualités. Une façon métaphorique de dénoncer la vacuité intellectuelle de notre société qui ne se réfère qu’à l’image et aux chiffres sans chercher à savoir ce que masquent les images ni d’où proviennent les chiffres que les médias assènent à longueur de journée.

Le programme « HumanProg » initié avec ses deux amis pour créer un être nouveau aux qualités esthétiques égalables à leur docilité et à leur efficience a ramené à ma mémoire la fameuse « Eve future » mise en scène par Villiers de l’Isle-Adam dans son célèbre roman ou encore à l’épouse morte inventée par Georges Rodenbach dans « Bruges la morte ». On pourrait croire que Philippe B. Grimbert a cherché à rejoindre les « Illusionnistes » par de-là les ans mais je suis plutôt convaincu qu’il essaie avec toute son ironie de mettre en garde les lecteurs contre les dérives de la société du chiffre et de l’image.

Chaque étape de la vie comporte ses joies et ses peines, ses angoisses et ses douleurs que d’autres aléas viennent encore perturber. Que chacun accepte son âge en profitant de tout ce qu’il peut apporter ! Le mien me permet de tirer une telle conclusion en prolongement de cette lecture.

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