Volia Volnaïa de Viktor Vladimirovič Remizov

Volia Volnaïa de Viktor Vladimirovič Remizov
(Volâ volʹnaâ)

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Tistou, le 28 mai 2020 (Inscrit le 10 mai 2004, 64 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 236 

Le souffle de la Sibérie

Paradoxalement Volia Volnaïa (« Liberté libre ») m’a fortement évoqué l’impression de sauvagerie et le souffle des grands espaces de Indian Creek de Pete Fromm. Sibérie vs Rocheuses. Même nature indomptée, potentiellement dangereuse, inhospitalière l’hiver … mais la comparaison s’arrête là.
S’y ajoute dans le cas de Volia Volnaïa l’atmosphère spécifique à la Russie, et à la Sibérie. Je veux parler de l’aspect délétère du pouvoir en place, de la corruption quasiment organisée par la police, réglementée (dans le cas du trafic sur les ressources locales : peaux de zibelines et œufs de saumon, « l’or rouge »), de l’absence d’espérance et de perspective pour ce peuple sibérien qui survit de rien. Etonnant à la limite que ce roman ait pu être écrit par un romancier vivant en Russie et publié. C’est que le pouvoir en place en prend pour son grade, et connaissant le faible seuil de tolérance du sieur Poutine ?
En tout cas c’est bien à un passionnant roman que nous avons droit.
»Un Jim Harrison russe » est-il mentionné sur la jaquette. Il y a de ça, mais en plus politique. Normal dans la mesure où ce n’est pas forcément la nature la plus dangereuse par là-bas, en Russie. Il y a donc forcément une dimension politique.

» - Tout le monde s’est dégonflé. Kobiak, lui, est le seul à s’être braqué contre ces enfoirés et leur pouvoir. Il défend son honneur. Et donc … le mien. Nous en avons le droit ! Mais eux, ils ont autre chose en tête. Nos autorités n’ont pas besoin de mecs solides. Il y en a un qui est champion de sambo et de judo, ça leur suffit. Un seul pour toute la Russie. Il n’en faut pas plus. On préfère des types qui baissent la tête plus bas que leurs couilles. Comment est-ce possible ? »

Dans ce village perdu au fond de la taïga sibérienne, les seuls dérivatifs – et moyens d’améliorer la subsistance – sont la chasse à la zibeline l’hiver ainsi que la récolte des œufs de saumon, destinés à être acheminés vers Moscou. Rien d’officiellement légal bien sûr, au moins pour les œufs de saumon, mais moyennant 20%, il y a moyen de « s’arranger » avec la police locale. Sauf qu’un évènement qui aurait pu rester anecdotique – un chasseur plus impétueux que les autres qui se rebiffe contre l’injustice lors d’un contrôle et malmène le débonnaire chef de la police locale – va bouleverser le modus vivendi classique, via l’envoi par Moscou de Forces Spéciales venues mâter la « rébellion ». Ca va dégénérer grave et laisser quelques âmes sur le carreau. Et puis on devine que ça se tassera et reprendra un train-train qui permet à tout le monde de vivoter.
C’est cette histoire que raconte Victor Remizov mais au-delà de l’histoire il y a la mise en avant de cette nature formidable l’hiver et de ces hommes dont le comportement nous est complètement étranger.
Grand bol d’air glacé, remarquable premier roman.

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