Le Ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena

Le Ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Marvic, le 17 avril 2020 (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 61 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 090ème position).
Visites : 353 

Parler ou se taire

Vicente Rosenberg est arrivé à Buenos Aires en 1928 ; quelques années plus tard, père de trois jeunes enfants, marié avec bonheur à Rosita, vendeur de meubles, deux amis sûrs, Ariel et Sammy, on peut dire qu’il a tout pour être heureux. Presque tout.
Car Vicente a quitté la Pologne seul ; y laissant son frère et sa sœur, ainsi que sa maman.
Pendant des années, il lui a peu écrit, lui promettant qu’il irait la chercher, remettant à plus tard, profitant de cette liberté accordée par l’éloignement.
En 1939, l’invasion de la Pologne par les allemands ne le perturbe pas vraiment. Mais commencent les interrogations sur son identité. Peut-il se définir comme polonais, lui qui a combattu dans l’armée de son pays qui l’a renié, qui a rêvé de devenir allemand ? Argentin tant il se sent bien là où il a fondé son foyer ? Ou doit-il se définir comme juif, alors même qu’il n’est pas pratiquant, qu’il se sent athée : "C’est comme si cette origine juive était une grosse valise qu’il allait falloir se trimballer pendant toute notre existence."
Les nouvelles d’Europe deviennent de plus en plus rares, les dernières lettres de sa mère lui décrivent l’enfer du ghetto de Varsovie.
Vicente s’enferme alors dans ses questionnements intérieurs, dans une culpabilité envahissante le rongeant, l’anéantissant petit à petit, sans que son épouse, ses enfants ou ses amis, assistant à ce retrait de la vie, témoins de cette immense douleur, n’y puissent rien.
"Pourquoi jusqu’aujourd’hui j’ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin, vendeur de meubles mais jamais juif ? "

Un livre que je n’aurais probablement pas lu s’il ne m’avait été conseillé ; et j’aurais eu tort.
L’auteur, au travers les interrogations existentielles du héros, renvoie le lecteur à ses propres questionnements.
Qui est-on quand on a quitté son pays, sa famille, que son pays natal ne nous reconnaît plus ?
Doit-on dire sa douleur au risque de faire souffrir les gens qu’on aime, ou bien se taire, s’enfermant dans un mutisme morbide ? "Mais comment lui raconter tout ça ?"
Très touchant roman autobiographique profond sans être lourd, une écriture convaincante aux phrases marquantes.
"Sa vie se poursuivait sans aller nulle part."

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Les éditions

  • Le ghetto intérieur [Texte imprimé], roman Santiago H. Amigorena
    de Amigorena, Santiago H.
    POL
    ISBN : 9782818047811 ; EUR 18,00 ; 22/08/2019 ; 192 p. ; Broché
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Englouti par son propre ghetto intérieur

9 étoiles

Critique de Faby de Caparica (, Inscrite le 30 décembre 2017, 58 ans) - 30 juillet 2020

"Ghetto intérieur" de Santiago H. Amigorena (192p)
Ed. P.O.L

Bonjour les fous de lectures....

Cette histoire a été inspirée par l'histoire du grand-père de l'auteur.

Buenos Aires , années 1940.
Des amis juifs exilés se retrouvent au café pour parler de cette Europe qu'ils ont fuie quelques années plus tôt.
Parmi eux, Vicente Rosenberg, époux de Rosita et père de trois enfants.
Il s'inquiète pour sa mère, restée en Pologne, à Varsovie. Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l’une d’elles, il peut lire : " Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit." Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II.
Parti, comme bien des fils, avec le sentiment de se libérer de l’emprise maternelle, peut-être aurait-il dû comprendre ce qui se passait.
Mais le pouvait-il ?
Le voulait-il ?
N’aurait-il pas tenu qu’à lui d’insister davantage pour que sa mère quitte la Pologne et le rejoigne en Argentine ?
Ne s'est-il pas montré égoïste?
Après ... quand il ne recevra plus de nouvelles de sa mère, le remord s'empare de lui, le phagocyte et le plonge lentement dans son propre ghetto qui l'engloutira à jamais.

A travers le destin de son grand-père parti en Argentine pour échapper au nazisme et à sa famille, l'auteur raconte la vie mélancolique de l'exil et tous les silences, les douleurs qui l'accompagnent.

Très belle lecture envoûtante qui méritait largement d'être en piste pour le Goncourt des lycéens

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