Jour de courage de Brigitte Giraud

Jour de courage de Brigitte Giraud

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Alma, le 24 septembre 2019 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (22 043ème position).
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Casser son image

Livio, brillant élève de classe terminale présente, au cours d'histoire, un exposé sur Magnus Hirschfeld, « l' Einstein du sexe » médecin juif-allemand qui lutta en faveur de la reconnaissance des droits des homosexuels.
En endossant la cause de ceux-ci, persécutés et déportés par les nazis, Livio fait le grand saut, révèle à la classe sa nature profonde et rompt ainsi avec l'image trompeuse qu'il donnait, en particulier à Camille son amie.

La force du roman tient notamment au fait que dès la première page, l'auteur précise que cette prise de parole nécessaire, libre et déterminée, de Livio a entraîné une conséquence tragique: sa disparition ; les recherches pour le retrouver ayant été vaines et ayant pris fin.
Cette précision liminaire donne toute sa force au récit de cette heure de classe où l'adolescent apparaît dans toute sa vérité.

Dans ce roman de 152 pages, court mais dense, je me suis sentie embarquée dans la salle de classe.
J'ai écouté Livio, je me suis sentie interpellée par ses questions . Il lui en a fallu du courage pour sortir les élèves de leur torpeur et de leur malaise face à ce qu'ils finissent par comprendre ! Et il lui en a fallu de la préparation, du travail sur le fond et la forme de l'exposé pour les captiver « jouer de suspense et de sous-entendus, donner du fil à retordre, laisser toucher l'étendue de l'ignorance de chacun, brasser des concepts, des noms propres et des dates, émouvoir, provoquer »
Je me suis retrouvée aussi dans le comportement du professeur retiré dans le fond de la salle, surpris, intéressé et quelque peu inquiet de la tournure que prend cet exposé.

Le lecteur entre dans l'intimité de Livio, qui se souvient de ses premiers émois, de l'impossibilité de se confier à ses parents qui ne s'entendent pas. Chez lui, on n'échange pas, on ressasse.
Il ne lui a pas non plus été facile de faire état de sa différence auprès de Camille, amoureuse de lui.
Elle qui se sentira trompée en écoutant ce coming out déguisé, partira désespérément à sa recherche « reprenant le flambeau qui l'animait et auquel il s'était brûlé trop tôt »
J'ai noté tout au long du roman la métaphore récurrente du feu, pour évoquer aussi bien les bûchers sur lesquels ont été brûlés les ouvrages interdits par les Nazis que le brasier intérieur qui couve et dévore Livio.

Un roman actuel, sobre, plein de pudeur, qui révèle la solitude de ceux qui appartiennent « à la seule minorité qui ne trouve pas de réconfort auprès des siens , la seule communauté qui se construit la plupart du temps hors de la famille »

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La mise en scène

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 61 ans) - 20 décembre 2019

Livio Caproni est un lycéen discret, introverti et bon élève. Mal dans sa peau, mal dans sa famille où il est fils unique, c’est son amie, Camille, qui lui apporte le soutien et l’affection qui lui manquent.
Il présente en classe d’histoire un exposé sur la vie d’un médecin allemand, Magnus Hirschfeld, inconnu des élèves comme de leur professeure, Me Martel.
Pendant plus d’une heure il parle de cet "Einstein du sexe" qui avait étudié la sexualité humaine et toutes ses "déviances" et avait fondé à Berlin en 1919 le premier Institut de sexologie au monde.
Au fur et à mesure de l’exposé, des digressions, c’est Livio qui se révèle.
Et c’est Camille qui comprend la première, sans vouloir y croire, Camille, la plus trahie de tous.
"Peut-être que son exposé n’était destiné qu’à Camille, il avait été contraint à cette mise en scène pour pouvoir dire quelque chose de lui. C’était tout ce qu’il avait trouvé."

Au fur et à mesure que se dévoile Livio, on souffre avec lui, de cette différence impossible à assumer dans son milieu familial ; son père, maçon émigré italien, voudrait l’embaucher pour monter les sacs de ciment, le rendre plus viril, lui, le dernier descendant de la lignée ; son père, à l’insulte facile qui traite de "pédale" les hommes qu’il méprise. Quant à sa mère, elle rentre tard, ne voit rien, juste un fils brillant élève.
Et ce jour de courage où Livio a osé, montre, s’il en était besoin, comment l’homosexualité est la seule différence capable d’isoler complètement, sans même espérer recevoir du soutien de sa propre famille.
Un roman très bien construit, un héros convaincant et très touchant.

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