Nous étions nés pour être heureux de Lionel Duroy

Nous étions nés pour être heureux de Lionel Duroy

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Alma, le 9 septembre 2019 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 065ème position).
Visites : 752 

L'heure de la réconciliation a-t-elle sonné ?

Un repas de famille, dans la maison de Paul en Provence. Un déjeuner de retrouvailles, à l'initiative de trois de ses frères. Depuis 30 ans ils avaient mis Paul au ban de la famille, à la suite de son premier roman : CHAGRIN, où il révélait les sinistres conditions de vie de leur enfance, insistant sur la responsabilité de leur père et de leur mère. Paul l'écrivain, qui a bâti par la suite toute son œuvre sur ce thème.
Neuf frères et soeurs sont présents, ( il en manque un : l'irréductible, le plus virulent à l'égard de Paul, celui qui avait initié la cabale ). Il y a aussi leurs enfants, les 3 compagnes successives de Paul , les 4 enfants qu'il a eues avec elles, ses petits-enfants. Cela fait du monde !! Certains se reconnaissent à peine. D'autres ne se sont jamais rencontrés, nés bien après la rupture. On s'embrasse, on trinque, mais il arrive aussi des moments où l'on revient sur le passé, où ce qui avait été longtemps tu remonte à la surface.....
L'heure de la réconciliation a -t-elle sonné ?

Si ce roman est le premier contact du lecteur avec l'oeuvre de Lionel Duroy, il y verra une agréable fiction qui, entre gravité et légèreté, pourrait servir de scénario à une « comédie à la française ». Son atmosphère rappelle d'ailleurs celle de certains films de Claude Sautet, avec sa galerie de personnages d'âge divers réunis, une belle journée d'été dans une maison pleine de charme .

Mais si le lecteur connaît déjà le parcours littéraire de cet auteur, s'il a lu notamment les autofictions que sont LE CHAGRIN, COLERES, PRIEZ POUR NOUS, il sait que Lionel Duroy, comme son héros Paul, a fait de ses blessures d'enfance, qu'il ressasse d'un livre à l'autre, les racines d'une écriture qui est son unique thérapie . Le lecteur est alors en mesure de penser que ce roman des retrouvailles qui réunit tous ceux qu'a aimés Paul, ce roman qui fait état de tous les conflits passés, tant au sein de la fratrie qu'au sein des trois couples qu'il a formés, sonne en même temps une sorte de paix et rend possible la fin des déchirures.

Ils étaient « faits pour être heureux », puissent-ils le devenir enfin …...

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Autobiographie d’une noblesse décadente.

9 étoiles

Critique de Darius (Bruxelles, Inscrite le 16 mars 2001, - ans) - 29 juin 2020

Paul est né dans une famille noble qui comptait 10 enfants. Sa mère, la baronne ne vit que pour le paraître. Son mari est un escroc notoire.
La famille est successivement expulsée de son appartement à Neuilly, persona non grata dans son château et les enfants sont mis au banc de l’école sainte Croix car le père n’a pas payé les frais scolaires.

Les enfants sont déscolarisés et livrés à eux-mêmes. Chacun le vivra différemment. Mais Paul, l’un des frères, a décidé de devenir écrivain et de raconter tout ce qu’il a enduré. Ses premiers livres sont très mal perçus par le reste de la famille qui décide de l’ignorer complètement et de ne plus lui adresser la parole, ni à sa (ses) femme (s) car il en a eu 3, ni à ses 4 enfants.

Paul en souffre énormément et décide après 30 ans, de les réunir chez lui, pour qu’ils puissent s’expliquer. Ce livre nous conte donc cette journée épique où chacun règle ses comptes.

Paul panique de retrouver sa seconde épouse, Esther, qu’il a aimée mais qui, selon ses dires, était ce qu’on peut appeler une perverse narcissique ou une manipulatrice perverse. Apparemment il ne lui a pas pardonné de l’avoir trahi. En fait, Esther, lui rappelle trop sa propre mère, la baronne, qui avait le même comportement.

Quant à sa première femme, Agnès, il l’aime encore, mais elle l’a quitté pour un architecte qui a les pieds sur terre, au contraire de Paul qui vit uniquement dans le passé et ressasse indéfiniment les querelles familiales qui sont devenues son pain quotidien et son unique raison de vivre.

« Ne le prends pas mal Paul, mais je te plains. Nous avons passé la soixantaine et tu ne sembles pas encore sorti de l’adolescence. Sous prétexte de régler tes petits problèmes existentiels, tu nous fais du mal à tous, oui, en ridiculisant nos parents dans tes livres, et même, je dirais en ridiculisant la vie dans ce qu’elle a de plus précieux, de plus sacré. »

Sa sœur Anne-Cécile: « Quand je me suis mariée, et que peu à peu nous nous sommes fait des amis, j’ai pensé que personne ne saurait jamais. Et puis j’ai reçu ton manuscrit. Il m’a fait l’effet d’une damnation. Tout le monde allait de nouveau rire de moi, de nos parents, j’allais devoir trainer jusqu’à la mort, ces années grotesques, humiliantes, les expulsions, la folie de maman, papa et ses coups foireux, les huissiers, nos vêtements ridicules, les écoles qui nous mettaient à la porte parce que tous les matins, nous arrivions en retard. Tout ce que je venais de construire de vivant, de joyeux, allait s’effondrer avec ton livre »

Sa femme : « Paul, tu entends, là, s’énerve Agnès. Qui est-ce qui te force à écrire toutes les saloperies que tu balances sur ta mère ? Qui est-ce qui te force à raconter notre intimité ? Merde à la fin, on a toujours le choix dans la vie ! Tu reproches à ta mère de n’avoir pensé qu’à elle, à ses désirs de grandeur, de nous avoir tous sacrifié sur l’autel de sa folie, mais qu’est-ce que tu fais d’autre ? Toi aussi, tu obéis à ta névrose. Et le pire, c’est que tu n’en as même pas conscience"

Ludovic, le jeune frère : «Nos parents, c’est vraiment de la merde. Il n’y a rien d’autre à en dire. Christine reste silencieuse et il ne s’en trouve aucun pour défendre leur mémoire. … Moi, non plus, tu sais, je n’ai pas eu de chagrin à la mort de maman. Vous vous souvenez de la messe d’enterrement ? Il n’y avait personne dans l’église et je ne sais même pas si nous étions là tous les dix. Maman qui avait rêvé de briller, qui attachait tant d’importance aux apparences, aura fini sa vie dans le plus grand dénuement, avec son unique chemise sur le dos et sans une seule connaissance pour l’accompagner par la prière. Et même cette chemise, c’est moi qui était allée la lui acheter car la religieuse m’avait signalé qu’elle n’avait plus de quoi s’habiller ».

Ces dernières paroles sont terribles de ressentiment envers leur mère qui les a quand même mis au monde. Et dix enfants, ce n’est pas peu !. Elle était prise dans l’idéologie de droite de ces grandes familles nobles où il fallait procréer le plus possible.. Les enfants n’ont quand même pas été maltraités, ni subi d’inceste. Il peut y avoir des choses bien pires dans les familles. Mais dans ce livre autobiographique, aucun des enfants ne se penche sur les souffrances de cette mère injustement condamnée à cause de son idéologie, dont elle était elle-même une victime.

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