La Terre invisible de Hubert Mingarelli

La Terre invisible de Hubert Mingarelli

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par CC.RIDER, le 23 juillet 2019 (Inscrit le 31 octobre 2005, 62 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (34 780ème position).
Visites : 941 

La petite musique de Mingarelli

À Dinslaken, dans l’Allemagne vaincue de juillet 1945, un photographe de guerre n’arrive pas à se décider à rembarquer et à retourner chez lui. Quelque chose le retient sur place. Le hasard de ses promenades lui fait rencontrer de pauvres gens partis sur les routes à la recherche d’un abri. Quand il reçoit l’ordre de pendre un procureur, son supérieur, le colonel Collins, refuse d’obtempérer en prenant le prétexte que son unité ne dispose d’aucun charpentier. Le photographe est obsédé par un rêve récurrent : il voit des bâches recouvrant des morts se soulever toutes seules. Un jour, profitant de la voiture réquisitionnée du procureur, il part en voyage vers le Nord en compagnie du seconde classe O'Leary qui lui servira de chauffeur. Dans les fermes et dans les villages, il prend en photo les gens qu’il rencontre, souvent des femmes, des enfants et des vieillards mutiques. Il leur demande parfois de l’eau et des œufs pour améliorer l’ordinaire…
« La terre invisible » est un roman intimiste comme sait si bien en écrire Hubert Mingarelli avec son style minimaliste inimitable. L’auteur ne semble s’attacher qu’aux détails insignifiants de la vie de tous les jours. Ses personnages ressemblent un peu à des ombres, tant il leur donne peu de consistance. Ce voyage quasi inutile et peut-être sans retour donne surtout une impression de poésie mélancolique. Pas de théories, peu de descriptions, pas de grandes déclarations ou explications psychologique, juste l’essentiel pour que le lecteur puisse se faire son film tout seul dans sa tête. De livres en livres, Mingarelli continue donc imperturbablement sur ce même sillon. Ça finit par faire un peu procédé « breveté », d’autant qu’on retrouve presque les mêmes personnages, les mêmes situations et les mêmes décors (ou de similaires comme dans « Quatre soldats »). Le lecteur pourrait finir par se lasser, mais il n’en est rien. La petite musique si particulière de l’auteur garde encore pas mal de sa magie…

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Dans l’Allemagne occupée, Juillet 1945

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 64 ans) - 29 janvier 2020

L’Allemagne n’a jamais fait partie des zones évoquées par Hubert Mingarelli dans ses précédentes œuvres. La guerre, les hommes qui font la guerre, si.
Ici ce n’est plus la guerre mais la toute suite de la guerre, à un moment où l’Allemagne, en 1945, est progressivement occupée par les Alliés. Et notamment les Anglais.
Notre narrateur est un photographe, de presse apparemment, embarqué avec une division anglaise qui progresse du côté de la Bavière. Il va avoir ainsi l’occasion d’assister à la libération d’un camp de concentration et de prendre en pleine face les horreurs indicibles qui ont traumatisé les libérateurs.
Il va tenter de chasser ces images qui le hantent en partant au hasard de la route, en voiture, simplement conduit par le soldat O’Leary, un soldat anglais détaché pour cette « mission ». Le roman, ce sont les rencontres effectuées lors de cette errance, car c’en est une, sans cartes ni but précis. C’est traité à la manière habituelle d’Hubert Mingarelli, c’est-à-dire au ras des bonshommes, sans actions spectaculaires convoquées par l’auteur même si la fin sort du cadre habituel. Et comme bien souvent chez Hubert Mingarelli, c’est d’abord (essentiellement ?) une affaire d’hommes ; le narrateur et O’Leary. Le champ est un peu élargi quand même puisqu’il y a ces rencontres, ces rencontres avec des hommes et des femmes vaincus qui ne comprennent pas ce que viennent faire ces deux Anglais avec leur appareil photographique …
De manière non usuelle également pour un roman de Mingarelli, l’unité de temps d’une journée est largement dépassée, l’action, le « road trip » se déroulant sur plusieurs jours.
Bien évidemment c’est l’aspect psychologique qui prime et il est comme d’habitude prépondérant.

»Je me rappellerais ceci : le garçon et sa mère unis quelques secondes par leur silence, elle dans l’encadrement de la porte à peine éclairée par la lampe-tempête, une main devant la bouche, et lui immobile, le visage éclairé par les braises, silencieux tous les deux, leurs regards se croisant, évitant l’homme qui gisait sur le dos parmi les légumes, les herbes aromatiques et le pain, un bras étendu sur le côté et la paume de la main tournée vers le ciel, touchant presque la carpe. L’autre bras, celui que la balle avait touché, tentait de se soulever. L’homme ouvrit les yeux et bougea les lèvres. L’écho du coup de feu semblait graver dans l’air, semblait s’en aller et revenir, sans arrêt, comme un orage qui aurait tourné autour de la terre. »

L’époque et le lieu sont particulièrement bien incarnés ainsi que l’état de sidération dans lequel devaient se trouver ces libérateurs progressant en territoire inconnu, conquis, et pourtant étranger au sens premier du terme.

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