La décroissance de Serge Latouche

La décroissance de Serge Latouche

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Cyclo, le 3 juillet 2019 (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 73 ans)
La note : 10 étoiles
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comment changer de mode de vie ?

Serge Latouche est un des auteurs-phares sur la notion de décroissance, notion qui n'est pas si récente que ça, puisqu'on en parlait déjà dans les années 70 (rapport Meadows, "Les limites de la croissance", commandé en 1968 par le Club de Rome et publié en 1972)
Dans ce Que sais-je ? fort bien documenté l'auteur commence d'abord par analyser l'origine et le sens du mot décroissance, puis expose pourquoi il est nécessaire de sortir de la société de consommation (qui repose sur la croissance infinie de l'exploitation des ressources naturelles dans une planète qui, hélas, est bien finie), puis quels sont les objectifs à atteindre, avant de dissiper les malentendus (Non, ce n'est pas un retour à la bougie), puis indique quelques pistes pour réussir la transition (notamment changer nos modes de pensée, relocaliser l'économie), avant de conclure que la décroissance peut réenchanter le monde actuel, qui paraît à bien des égards, désespérant.
Bien sûr, le livre est une critique sévère du capitalisme et des modes de vie qu'il promeut, de son économie de guerre, de la mondialisation, de la dictature de la finance, du scientisme technologique excessif et de son manque de conscience, du culte de la science (qui pourrait soi-disant soulager les maux qu'elle a causés) et de l'économie, du mésusage de la liberté, de la publicité et des addictions qu'elle entraîne, du productivisme destructeur, ...
Serge Latouche s'appuie sur une bibliographie très variée, cite abondamment Jacques Ellul, Thoreau, André Gorz, Ivan Illich et nous encourage à nous documenter pour éviter les conclusions dérisoires des nombreux experts (ou plutôt prétendus experts) qui polluent les débats radio et télé.
Un petit livre, à garder précieusement, un ouvrage salutaire par les temps qui courent, où l'on sait qu'on va manquer d'eau (mais pas pour construire d'innombrables piscines individuelles, ni pour arroser avec les canons à eau les manifestants de toutes sortes), d'énergie (mais on ne cesse de lancer de nouvelles machines soi-disant "propres" : scooters, vélos, trottinettes, planches à roulettes, électriques, sans oublier les nombreux écrans addictifs : combien va-t-il falloir construire de centrales électriques pour alimenter tout ça ?). Combien de forêts va-t-on dévaster, combien d'océans allons-nous continuer à polluer, combien de guerres pour obtenir les minerais rares dont notre croissance infinie a besoin ?
Oui, un livre salutaire... Et très bien écrit ! Il mérite 6 étoiles !

Quelques extraits :

"Alors que toutes les sociétés humaines ont voué un culte justifié à la croissance biologique, seul l’Occident moderne a fait de la croissance abstraite sa religion. L’organisme économique, c’est-à-dire l’organisation de la survie de la société, non pas en symbiose avec la nature, mais dans le cadre d’une exploitation sans vergogne, doit croître indéfiniment, comme doit croître son fétiche, le capital.

La société de croissance est l’aboutissement de l’économie de production capitaliste ; or celle-ci, […] est fondée sur une triple illimitation : illimitation de la production, et donc des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, illimitation de la consommation, et donc de la création de nouveaux besoins toujours plus artificiels et superflus, et surtout illimitation dans la production des déchets, et donc de la pollution de l’air, de l’eau et de la terre.

la liberté, pourquoi faire ? Penser et agir librement, sans doute, mais aussi détruire la nature et ravager la planète sans vergogne, et exploiter les autres de façon éhontée.

la société moderne est devenue la société la plus hétéronome de l’histoire humaine, soumise à la dictature des marchés financiers et à la « main invisible » de l’économie, ainsi qu’aux lois de la « technoscience ».

Si tout le monde vivait comme nous, Français, il faudrait trois planètes. Il en faudrait six pour suivre nos amis américains.

La société de croissance […] n’est pas souhaitable pour au moins trois raisons : elle engendre une montée des inégalités et des injustices, elle crée un bien-être largement illusoire, elle ne suscite pas pour les « nantis » eux-mêmes une ambiance conviviale mais bien plutôt constitue pour tous une « anti-société » ou une dissociété malade de sa richesse.

Pourtant, cette libération n’est pas aussi facile qu’on pourrait le penser, parce que nombre de salariés sont devenus non seulement des drogués de la consommation, mais même des drogués du travail.

La rupture première impliquée par le projet décroissantiste consiste à décoloniser notre imaginaire et donc à sortir de la religion de la croissance et à renoncer au culte de l’économie.

La mondialisation étant ce jeu de massacre planétaire, mettant en concurrence tous les territoires en faveur du moins-disant fiscal, social et environnemental, détruit la base économique et sociale de l’autonomie locale : la paysannerie, l’artisanat, la petite industrie, le négoce indépendant. Elle engendre une uniformisation planétaire qui réduit les cultures au folklore et vide le politique de toute substance au profit de la seule loi du marché.

La […] canicule de l’été 2003 qui a réveillé la conscience de certains en a poussé beaucoup d’autres à s’équiper en climatiseurs dont on sait les effets désastreux sur l’environnement.

l’individu de la société de marché, rouage fonctionnel de l’économie de croissance capitaliste, n’a ni racines ni attaches. Aussi est-il la proie sans défense de la publicité et se trouve-t-il livré à l’addiction consumériste.

De fait, l’art possède la propriété quasi magique de nous transporter dans un ailleurs insaisissable. Plus simplement, il s’agit de ressusciter la faculté d’émerveillement devant la beauté du monde qui nous a été donnée, que le productivisme saccage par sa prédation et que le consumérisme s’efforce de détruire par la banalisation marchande.

l’objecteur de croissance est aussi nécessairement un artiste. Quelqu’un pour qui la jouissance esthétique est une part importante de la joie de vivre. La décroissance doit être un art de vivre, un art de vivre bien, en accord avec le monde, un art de vivre avec art."

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