Le triomphe de Thomas Zins de Matthieu Jung

Le triomphe de Thomas Zins de Matthieu Jung

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par MAPAL, le 11 juin 2019 (Inscrit le 19 janvier 2011, 72 ans)
La note : 9 étoiles
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Roman troublant, profond.

Au bout de cent pages (et on en compte au total un millier), on s’étonne de les avoir tournées si vite sans s’être découragé, tant les situations sont répétitives et (aujourd’hui) ordinaires. Et l’impression durera jusqu’à la fin... et même au-delà... Peut-être trois raisons à cela :
• la difficulté à classer le roman. On peut certes convoquer Balzac, Flaubert, Zola, le réalisme et le naturalisme, se référer à l’Éducation sentimentale ou aux Illusions perdues (tout cela dans de justes proportions quand même…) mais non, il y a autre chose qu’on ne découvre pas vraiment et qui suscite une curiosité soutenue, et qui perdure.
• le style : particulier, très narratif mais avec des ruptures, hypnotique, bref, inventif.
• Le récit lui-même : une répétition de situations tellement désolantes que le lecteur le moins bien disposé à l’égard de la nature humaine en vient à douter que cet impossible ne puisse engendrer autre chose, à espérer au moins quelque restauration à défaut de rédemption.
On assiste impuissant (car on aurait presque l’envie d’intervenir si l’opportunité nous en était donnée) à l’appel au secours sous forme de naufrage suicidaire de la part de deux êtres que la chance pour l’un (Thomas) et les circonstances pour l’autre (Céline) promettaient à un tout autre parcours.
Sans élever le ton, sans même le dire vraiment, sans donc fâcher personne, ou du moins en laissant l’impression, l’auteur nous donne à penser les causes du désastre : le relativisme institué comme art de vivre à partir de 1981 (tiens, tiens… mais 1968 n’était pas bien antérieur), l’abolition des repères, contraintes et limites, la faillite d’un système éducatif, etc. Dans ce gâchis, les responsabilités sont multiples et les sujets de réflexion sont nombreux, et notamment :
• le rôle des parents : le père de Thomas, lui-même dépressif, est excusable. La mère (Claudine, institutrice puis « professeure des écoles »...) qui ne lâchera pas un instant son journal (« Le Monde »), ni sa revue (« Télérama »), ni son rêve de véranda, pour s’apercevoir que son fils est en détresse, serait passible de correctionnelle. Infiniment plus modestes et moins avertis, les parents de Céline, malgré leur maladresse et leurs outrances sont infiniment plus respectables.
• La totale impuissance des enseignants. Leur absence de la scène, sauf comme personnages actifs.
• Les parts respectives de l’inné et de l’acquis (combien Florence est différente de son frère, Thomas!)
• Les influences délétères, ces « détraqueurs » dont il faut savoir se garder.
• Combien une atmosphère générale, une doxa, alimentée et entretenue, qui institue ses « modèles » peut perturber des destinées personnelles.
• La fragilité des identités pendant l’adolescence et la jeune vie de l’adulte, qui devrait susciter vigilance, discernement et soutien.
• Les dangers d’un anti-conformisme devenu le pire des conformismes.
On l’aura deviné, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains (et pas seulement en raison des pratiques sexuelles qui y sont fort détaillées...). « L’honnête homme » ou « l’honnête femme », conditions à remplir, qui s’y risqueront en sortiront ébranlés, comme je le fus.
Un très beau livre !

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