Né d'aucune femme de Franck Bouysse

Né d'aucune femme de Franck Bouysse

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Killing79, le 7 mars 2019 (Chamalieres, Inscrit le 28 octobre 2010, 40 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 631ème position).
Visites : 1 060 

Roman noir à la française

Présentation de l'éditeur
"Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d'une femme à l'asile. - Et alors, qu'y a-t-il d'extraordinaire à cela ? demandai-je. - Sous sa robe, c'est là que je les ai cachés. - De quoi parlez-vous ? - Les cahiers... Ceux de Rose." Ainsi sortent de l'ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.


Mon avis:
Le roman est présenté comme le journal intime de Rose, une jeune fille, issue d’une famille pauvre. On suit son destin plutôt hors du commun. Les évènements sont racontés à la première personne avec toutes les émotions de la narratrice. Mais pour compléter les faits, Franck Bouysse apporte des versions extérieures en narrant les actions des autres personnages. On a donc sous les yeux tous les tenants et les aboutissants et on peut se laisser emporter par l’aventure.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que le sort s’est acharnée sur Rose. Vendue comme de la marchandise par son père à des « Thénardier », elle a traversé un tas de situations tragiques. Vous l’aurez compris, cette histoire est noire, très noire et fait la part belle à la violence physique et mentale.

Derrière ces quelques scènes choquantes, l’auteur peut aborder divers sujets. Rose est une femme entre deux périodes. On assiste donc au passage de l’enfance à l’âge adulte qui entraîne des perturbations dans sa tête et dans son corps. Le récit met aussi en lumière les pratiques de la campagne de l’époque. Le lecteur est invité à découvrir les traditions en vigueur liées aux différences sociales et aux rapports de force entre les classes. Et cela donne lieu à des moments plutôt déroutants.

Non content de nous plonger avec âpreté dans son histoire, l’auteur ajoute au dramatique un certain nombre de rebondissements qui vont remettre tout en cause. Je n’ai donc pas lâché pas ce livre, au scénario bien ficelé et à l’atmosphère oppressante. « Né d’aucune femme » est une aventure romanesque très efficace, troublante parce que dramatiquement humaine !
Je pensais jusqu’à aujourd’hui que les romans noirs ruraux étaient une spécialité exclusive des américains. Franck Bouysse vient de me prouver le contraire. Il faut donc que je m’attarde sur son cas !

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Surprenant

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 59 ans) - 3 décembre 2019

Rose, 14 ans, fille aînée d'un couple d'agriculteurs au bord de la misère, est "placée" comme domestique par son père à un homme se présentant comme " le maître des forges". Pour cette jeune adolescente va commencer un enfer insoutenable...

Publier en janvier, c'est choisir la bonne date pour la saison des "prix" qui attirent les éditeurs comme l'herbe du voisin attire la vache. Mais, il faut le dire, la confidentielle maison d'édition "Manufacture de livres" semble se préoccuper davantage de l'excellence que de la moisson des récompenses. De toute façon (soyons francs) ce roman est trop en dehors des clichés, trop avant-gardiste et trop dur (des passages très difficiles).
Et puis, tout le monde le sait, les prix importants se réservent par consensus dans les alcôves des grands restaurants parisiens !
Il s'agit du livre dont tout le monde parle, et je remercie ces lectrices et lecteurs qui ont par leurs blogs, leurs billets, leurs publications contribué à constituer la meilleure publicité pour ce roman surprenant.
Franck Bouysse a fait choix d'une écriture brute. Pas d'effet de grande éloquence mais un style essentiel. Au début de chaque paragraphe le titre indique le narrateur, c'est précis et habile. Le parler s'adapte à la personnalité de l'intervenant et il n'y a pas de confusion possible, même si cette technique n'est pas très académique, elle a le mérite de faciliter la compréhension d'une histoire qui se laisse deviner petit à petit.
L'auteur sème et laisse au lecteur le soin de découvrir ce qui pousse.
Malgré certaines scènes qui m'ont bouleversé et fait vraiment peur, je me suis pris au piège. Je suis toujours admiratif quand une trame se construit habilement et en voici la preuve, la qualité plaît.

roman social très noir

9 étoiles

Critique de CHALOT (, Inscrit le 5 novembre 2009, 71 ans) - 25 novembre 2019

« Né d'aucune femme »
roman de Franck Bouysse
éditions de la manufacture de livres
334 pages
janvier 2019

Roman social noir....

Ce sont des paysans pauvres qui ont eu successivement quatre filles et pas un seul garçon pouvant prendre la relève....
« Malgré tout ce qu'on abattait, mon père nous faisait comprendre que ça suffisait pas, que ça suffirait jamais. Du mieux et du plus qu'on faisait, ça changeait rien. »
L'histoire se situe dans une époque peu lointaine où des jeunes filles étaient placées comme bonnes chez des propriétaires....
Celle-ci est particulièrement dramatique à en avoir la « nausée ».

J'avais envie d'abandonner cette lecture dès le début.... Ce me fut impossible.
L'histoire racontée est noire, très noire, voire « abominable » mais elle s'accroche au lecteur qui ne peut qu'aller jusqu'au bout de sa lecture. C'est passionnant, bien écrit et relate une histoire qui aurait pu avoir lieu.
L'aînée des filles, âgée de 14 ans a été placée par son père chez un maître des forges qui en fera sa chose, y compris son esclave sexuelle ayant fonction de lui donner un enfant.
Un jour, le père, pris par des remords insupportables, décide d'aller rechercher sa fille, prêt à rendre la somme dérisoire reçue....
Sommée par sa femme, il part pour ne plus revenir.....
Il devait retrouver sa petite famille avec Rose, ou ne plus être acceptée par sa femme.

La férocité du maître des forges baignera dans le sang et le feu ce beau projet impossible.
Rose, prisonnière, violée, martyrisée, prisonnière a été achetée dans un seul but : enfanter afin de donner un fils au maître du lieu qui, puissant obtient des soutiens.

A la mort provoquée de son bourreau, Rose est envoyée à l'asile afin que sa grossesse se termine et que son bébé lui soit repris dès la naissance pour remplir sa fonction d'héritier mâle.

Elle cherche à communiquer et à raconter son calvaire … ce sera la mission assignée aux deux carnets qu'elle a écrits et qui tomberont dans les mains du prêtre chargé d'apporter les derniers sacrements.

Jean-François Chalot

J'en frémis encore !

7 étoiles

Critique de Odile93 (Epinay sur Seine, Inscrite le 20 décembre 2004, 65 ans) - 6 septembre 2019

Ce roman est en quelque sorte un thriller rural que je situe au XIXème siècle ou même avant.

J'ai lu des critiques sur ce livre, pour la plupart très élogieuses. Pourtant, je suis un peu mitigée. J'ai lu et relu la fin de l'histoire et ne suis pas sûre d'avoir tout bien compris. Certaines bizarreries dans l'histoire m'ont laissée perplexe.

Mais tout d'abord, j'ai trouvé effrayante la première partie du livre, la plus importante. Je me suis même demandée si j'allais pouvoir continuer à lire des actes de cette violence et si c'était vraiment nécessaire que Franck Bouysse raconte de telles horreurs. J'en avais la nausée mais curieusement, je voulais toujours aller plus loin connaître la suite. Il est vrai que Franck Bouysse excelle dans la description des personnages, des lieux et nous fait vivre l'atmosphère insoutenable du domaine du "maître".

La structure du roman est sans surprise, la violence va crescendo jusqu'à provoquer la rébellion de la victime. Rien de bien étonnant ! Par contre, la toute fin de l'histoire soulève beaucoup de questions ... entre autres le personnage d'Edmond, les motivations du docteur à la toute fin du livre et d'autres éléments que je ne peux dévoiler ici pour laisser le plaisir d'autres lecteurs intact. Oui, une fin "tirée par les cheveux".

Certains passages sont poétiques, de belles descriptions, la campagne, la nature. Par contre, les dialogues, souvent sous forme de style direct libre, sans tirets et retour à la ligne, m'ont dérangée. Des dialogues classiques permettent une lecture plus facile.

En évitant les deux premiers chapitres

8 étoiles

Critique de Mimi62 (Plaisance-du-Touch (31), Inscrit le 20 décembre 2013, 66 ans) - 26 août 2019

Les deux premiers chapitres sont hermétiques et pourraient décourager le lecteur. Il faut les survoler, voire les sauter, quitte à y revenir après avoir tourner la dernière page et atteindre le troisième chapitre qui permet d'entrer dans l'histoire
Les différents personnages prennent la parole à tour de rôle à chaque nouveau chapitre.

Une histoire bien menée avec des rebondissements nombreux jusque dans les toutes dernières pages. L'intérêt du lecteur est soutenu.

L'écriture est surprenante. La plupart du temps elle est agréable, non dénuée d'humour, teintée par moment de poésie. A certains moments, plus rares, on a l'impression que l'auteur cherche l'effet de style à tout prix et l'on a alors droit à des phrases ne faisant avancer ni l'histoire ni la réflexion, semant une certaine confusion, créant même un agacement cassant le rythme du récit. (Les deux premiers chapitres sont de cette nature et pourraient décourager le lecteur d'aller plus loin, ce qui serait regrettable.)

L'option de faire parler les différents personnages donne une atmosphère de confidence, de confession, de témoignage et nous rend totalement spectateur, voire confident.
Pour ma part, si j'ai compati à la situation de Rose, l'émotion ne m'a pas emporté. Je pense que ce n'est pas la qualité d'écriture qui est en cause mais plutôt la façon dont je suis entré dans cette lecture. Je me demande si la responsabilité n'en vient pas à ces deux premiers chapitres hermétiques rebutant le lecteur ne l'entraînant pas. Lorsque la dernière page est tournée, ces deux chapitres sont moins abscons mais le "style" utilisé reste une énigme pour moi quant à son intérêt.

Le roman a du rythme, une organisation soutenant l'intérêt, une écriture intéressante dans sa très grande partie et posant de réelles questions derrière une trame de thriller.
L'ultime fin laisse cependant dans l'incertitude, situation que, pour ma part, je n'aime absolument pas.

En conclusion, un livre qui mérite grandement d'être lu.


Poignant

8 étoiles

Critique de Krys (Haute-Savoie, Inscrite le 15 mars 2010, 36 ans) - 19 août 2019

Quel roman bouleversant ! J'ai ouvert ce livre grâce aux nombreuses critiques élogieuses lues sur la toile. Je ne pouvais pas passer à côté... et je ne suis pas déçue ! A peine ouvert, je n'ai pas pu m'en dégager et je le refermai 24h après.
Le rythme est soutenu, l'écriture magnifique avec une magnifique entrée dans les sentiments humains les plus intimes. C'est noir, c'est poignant !

Prix des Libraires 2019
Prix Psychologies du roman inspirant 2019
Grand prix des lectrices ELLE 2019

Citations :

"Les mots, une invention des hommes pour mesurer le monde."

"Une mère, c'est fabriqué pour s'inquiéter, y a rien à faire contre."

Ouf .. coup de poing

9 étoiles

Critique de Faby de Caparica (, Inscrite le 30 décembre 2017, 58 ans) - 25 mars 2019

Bonjour les lecteurs...
Wouah .. quel récit mes amis .. le genre d'histoire qui vous prends aux tripes.
Une fois le livre commencé, impossible de le lâcher.
Ne vous fiez pas trop aux premiers chapitres, ils se décanteront par après et plongez-vous vite dans l'histoire de Rose .
Gabriel, jeune curé de campagne, est appelé à l'asile où il y a eu le décès d'une patiente.
Il va récupérer, sous les jupes de la défunte, des cahiers qui relatent sa terrible histoire.
Rose.. 14 ans.. vendue par son père à une famille diabolique qui n'a pour seul but que de la faire engrosser par le maître des lieux pour perpétuer la lignée.
La vie de Rose ne va plus se résumer qu'en une suite d'humiliations et de violence jusqu'à se retrouver à l'asile.
Rose va se débrouiller pour écrire son histoire, hurler sa douleur.
Comme elle dit , elle "écrie" son désespoir, sa souffrance.
Le récit de Franck Bouysse ne peut laisser indifférent.
Nous hurlons, pleurons, souffrons avec Rose.
L'auteur analyse parfaitement les tréfonds de l'âme humaine: ces petites étincelles qui vous permettent de tenir le coup ainsi que les pensées déviantes des âmes diaboliques.
Impossible de rester indifférent face à cette histoire. Le livre refermé, Rose hantera encore longtemps nos pensées.
Je ne dirais pas " âmes sensibles s'abstenir " … ce serait dommage de passer à côté d'un tel roman.
Armez-vous de courage et découvrez l'histoire de Rose, héroïne malgré elle au destin broyé par la veulerie des hommes.

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