Sérotonine de Michel Houellebecq

Sérotonine de Michel Houellebecq

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par LOUIS DERITZ, le 11 janvier 2019 (Inscrit le 11 janvier 2019, 60 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 649ème position).
Visites : 359 

Sombre comme la mort

« Ne nous suicidons pas tout de suite il reste encore des gens à décevoir ». Florent-Claude déambule dans le néant qu’est devenue sa vie et bientôt il n’y aura plus rien à quoi raccrocher son existence. Déçu par tout et surtout par lui-même, l’issue fatale, la libération de ses souffrances est inéluctable. Un proverbe arabe pourrait résumer Sérotonine : "Celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n'aura que l'âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme... " Le personnage est passé à côté, le néant a fini par le happer, il déambule au travers d’une société terriblement sombre où les êtres sont broyés par la solitude et par les mâchoires d’une mondialisation qui se referment sur leur vies. Houellebeck termine son livre en questionnant le Christ sur l’endurcissement du cœur des hommes ; veut-il nous dire que la perte de spiritualité de ce monde serait la cause de ce désastre ?

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Le Buster Keaton français

8 étoiles

Critique de Blue Cat (BORDEAUX, Inscrite le 4 septembre 2018, 54 ans) - 20 janvier 2019

Bon, soyons clairs, 'Sérotonine' n'apportera rien de plus que les autres livres de Houellebecq, qui, il faut bien le dire, se répète. L'absence d'avenir, les femmes et surtout leur sexe, le vieillissement, la fin de l'occident, et encore la solitude, la solitude, la solitude. La condition humaine est tragique, c'est une affaire entendue. Mais tout était déjà dans son 'Extension du domaine de la lutte'.

Pourtant, je continue d'être touchée par cet auteur, qui est à mes yeux l'incarnation du Meursault de 'L'étranger de Camus'. Un homme consterné par le monde tel qu'il va et qui attend la mort en se fatigant le moins possible, et en fumant un maximum de clopes. Rien que ça déjà, cela me fait sourire. Car oui, Houellebecq est drôle, mais alors à la façon d'un Buster Keaton sous anti-dépresseurs.

Houellebecq a une sensibilité qui lui permet de scanner la société actuelle et de pointer ses fêlures, avec plus d'acuité et de justesse que les autres écrivains français, selon moi. Cette 'vista' reste sa marque de fabrique, et c'est déjà beaucoup.

Après, ses obsessions sexuelles sont un peu lassantes, chez lui : femme = sexe. Et pourtant, bizarrement, à aucun moment je n'ai l'impression de lire le livre d'un misogyne. Au contraire, seules les femmes peuvent apporter une petite part de bonheur à ses personnages. Rien à attendre de la société, de la famille, de l'amitié, de la réussite professionnelle. Bon, soit.

Les Houellebecquiens retrouveront la mélancolie qu'ils attendent, les autres s'ennuieront encore une fois. Rien de nouveau à espérer sous le soleil, c'est lui même qui le dit...


Houellebecq la fin ?

8 étoiles

Critique de Maranatha (, Inscrit le 17 janvier 2019, 46 ans) - 18 janvier 2019

Je pense que dans le paysage littéraire et médiatique deux personnes sont attendues comme le messie pour les uns ou ou coin du bois pour les autres, c'est Zemmour et Houellebecq.
C'est le second qui nous intéresse ici et son dernier livre Sérotonine.
Avec sa mine de poète maudit et sa façon de dandy de tenir sa cigarette, Houellebecq a tout pour attirer l'attention et en plus il a un succès, selon moi mérité.
Quand il parle dans les médias c'est toujours pour dire quelque chose d'assez intelligent et sensé.
Et alors Sérotonine ?
C'est du Houellebecq pur jus. Pas de surprise dans le style, l'histoire, l'esprit.
Il dépeint toujours brillamment la société occidentale décadente qui l'entoure.
Il ne propose toujours pas de solution, sauf expéditive, mais qui en propose de nos jours.
Il sera le prochain génie, celui qui sortira l'occident de ses marasmes.
Concernant le livre je veux dire que ceux qui aiment aimeront et ceux qui détestent détesteront.
La question que je me pose c'est que depuis ses débuts et tout au long de sa carrière il a dépeint notre société , toujours un peu dans la même manière, combien de temps va-t-il pouvoir proposer à ses fidèles lecteurs une littérature qu'ils connaissent déjà après avoir lu ses livres.
Comment peut-il rebondir et revenir nous étonner.
C'est la question que je me posais tout le long du livre, Ok Michel c'est bon, tu me régales, mais la prochaine fois j'attends autre chose.
Ceux qui ne connaissent pas l'auteur peuvent commencer par cet ouvrage, il est conforme à la marque Houellebecq.

serotonine

6 étoiles

Critique de Rams (Arcachon, Inscrit le 12 janvier 2019, 79 ans) - 12 janvier 2019

N'est pas Céline qui veut ! ou qui voudrait
Le road trip en Mercedes ne nous emmène pas loin !
Il tient plus du conseil d'un inspecteur Michelin , La Fourchette ou autre Baedeker/ Joanne gastronomico/touristique .
Il y a bien sûr Camille ou Kate , et quelques phrases de regrets ....mais on est loin de la Molly de Bardamu .
Je pensais trouver , dans ce livre , aux dires des critiques , des gilets jaunes , on ne trouve que le jaune de la cirrhose , le bateau ivre reste obstinément attaché à sa bite d'amarrage . Il faut arriver à la 347 ème page pour une petite effusion divine ; en route , pour le style , quelques formules plaisantes , teintées d'humour froid dans un désert navrant .
Bref , j'aurai mieux fait de relire le Désert des Tartares ou surtout le Voyage au Bout de la Nuit .

Mais encore ? ...

7 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 67 ans) - 11 janvier 2019



Florent-Claude a la quarantaine bien sonnée. Il est fonctionnaire agricole. Il déprime grave. Son médecin lui a prescrit un antidépresseur puissant ; le hic c’est que le produit enlève toute libido et fait grossir énormément. Notre homme dresse le bilan de sa vie et particulièrement de sa partie sentimentale : ce n’est pas brillantissime.
Pendant des pages et des pages, M. Houellebecq et Florent nous racontent donc Yuzu, la Japonaise, Claire, Kate, Camille (mais on s’en fout un peu de ces nanas pour tout dire, quel intérêt ?). Pendant des pages et des pages, Florent nous parle de sa bite, mais quel intérêt, vraiment ? … Si seulement il était homo ou bi-sexuel, y aurait au moins un peu de piment…. Pftt !
Vient ensuite la rencontre avec un ancien condisciple. Un agriculteur qui ne s’en sort pas financièrement et moralement ; tout cela se terminera mal.

Bref ! Pour ma part, ce n’est certainement pas le meilleur de Michel Houellebecq. En considérant le flot d’éloges publiés dans tous les médias, je me demande si je n’ai pas raté quelque chose ; mais quoi ? La tragédie de la mondialisation ? L’Occident qui s’effondre tout doucement ? La perte de repères ? Ouaip, mais tout ça on le sait déjà depuis un bon bout de temps. What else, Booger ?

Houellebecq reste toutefois un de mes auteurs préférés.


Extraits :

- Les hommes en général ne savent pas vivre, ils n’ont aucune familiarité avec la vie, ils ne se sentent jamais tout à fait à leur aise, aussi poursuivent-ils différents projets, plus ou moins ambitieux, plus ou moins grandioses, c’est selon, en général bien entendu ils échouent et parviennent à la conclusion qu’ils auraient mieux fait, tout simplement , de vivre, mais en général il est trop tard.

- J’étais traversé par de douloureux moment d’autoapitoiement.

- Je compris que c’était à cela maintenant, qu’allait se résumer ma vie : m’excuser du dérangement.

- Dieu s’occupe de nous en réalité, il pense à nous à chaque instant, et il nous donne des directives parfois très précises. (…) Et je comprends, aujourd’hui, le point de vue du Christ, son agacement répété devant l’endurcissement des cœurs : ils ont tous les signes, et ils n’en tiennent pas compte. Est-ce qu’il faut vraiment, en supplément, que je donne ma vie pour ces minables ? Est-ce qu’il faut vraiment être, à ce point, explicite ? Il semblerait que oui.

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