Grace de Paul Lynch

Grace de Paul Lynch
(Grace)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Myrco, le 3 mars 2019 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 70 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (46 991ème position).
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"On ne peut pas vivre comme ça"

Troisième roman de Paul Lynch après "La neige noire", aussi superbement écrit, "Grace" nous plonge dans une période qui a marqué d'une tache particulièrement sombre l'Histoire de l'Irlande: la Grande Famine de 1845-1849 engendrée par une épidémie de mildiou qui réduisit à néant les récoltes de pommes de terre dont la population paysanne tirait alors sa subsistance. Un drame dont l'ampleur et les conséquences furent terribles: 500 000 à 1 million de morts par la faim et les maladies et 1 million à 1 million et demi d'émigrés sur une population d'environ 8 millions et demi d'habitants !

Octobre 1845; "Octobre du déluge (...) La force biblique des intempéries et la mort partout".A l'issue d'une scène d'entrée saisissante dont Lynch a le secret, Sarah, déjà mère de quatre enfants, enceinte d'un cinquième, jette son aînée - Grace, quatorze ans - sur la route, travestie en garçon, à charge pour elle, de gagner quelques sous à rapporter pour nourrir sa famille. Dès lors commence pour l'adolescente une incroyable équipée qui va la mener de son Donegal natal au nord-est du pays jusqu'à Limerick plus au sud. Au début, elle est rejointe en cachette par Colly, son jeune frère âgé de douze ans, mais bientôt elle devra poursuivre seule...
Le récit est celui de ce vagabondage, des différentes expériences vécues tour à tour en solitaire ou accompagnée, au milieu de tous les dangers que peut rencontrer cette jeune fille livrée le plus souvent, à la faim, au froid, à la pluie, mais surtout à la peur, les sens toujours en éveil, dans une atmosphère spectrale de fin du monde, hostile, de plus en plus déshumanisée remarquablement rendue par l'auteur.

Récit d'une traversée à dimensions multiples, dans le temps et l'espace mais aussi, comme le rappelle la citation de Dante en exergue, du royaume des vivants à celui des morts, "Grace", bien plus qu'un simple roman d'apprentissage (et quel apprentissage!), s'impose comme un véritable parcours initiatique: celui d'une enfant devenant femme, et plus encore celui d'un être magnifiquement résilient qui, au terme d'une descente dans les ténèbres jusqu'à l'expérience de l'horreur innommable entamera le chemin inverse vers la " vie (qui) est lumière ".

Bien que réaliste, sans pour autant se complaire dans le sordide, le roman baigne parfois dans une atmosphère en marge de la réalité qui accompagne opportunément ce " détraquement de l'ordre des choses " par sa dimension onirique voire hallucinée au travers des états un peu seconds de l'héroïne en proie à l'épuisement ou à la faim. Contribuent à cette ambiance les références aux croyances ancestrales aux esprits qui participent de cette perception d'un monde décalé et menaçant. Le roman s'ouvre d'ailleurs à l'époque de Samhain (ancêtre d'Halloween), fête païenne de la tradition celte, sorte de no man's land temporel, début des temps sombres où les esprits des morts étaient censés rejoindre les vivants.

Une idée originale sur laquelle Lynch a fondé en partie la singularité de son récit est cette voix de Colly qui va accompagner sa sœur en un dialogue quasi permanent ( alors que le garçon n'est plus là physiquement), en une sorte de dédoublement de sa propre conscience à elle, qui à la fois nous introduit au plus près de son mental et fonctionne comme un soutien dans lequel elle puise souvent son courage et ses audaces. La gouaille, l'humour, les traits positifs que véhicule la personnalité de Colly impriment au récit une certaine vivacité, une note d'optimisme qui tend à le rééquilibrer quelque peu, de telle sorte qu'il ne sombre pas dans un misérabilisme et une noirceur absolus.

A travers certains passages (notamment dans les épisodes consacrés aux exactions commises avec le jeune Bart et son ami), l'auteur introduit en filigrane une critique socio-politique fustigeant l'indifférence d'une classe favorisée et justifiant la haine et la rébellion face à une situation qui oppose " ceux qui ont tout et ceux qui n'ont rien ".

Avec un talent fou, Lynch nous aura offert ici une belle contribution de la littérature à un travail de mémoire sur une page noire de l'Histoire de l'Irlande. Cette lecture m'aura d'ailleurs incitée à me documenter plus avant sur les causes et conséquences de cette tragédie dont l'image de la Couronne d'Angleterre ne sort pas grandie.

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Macabre à souhait.

1 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 84 ans) - 30 octobre 2019

Ce livre m’a fortement déçu. Il m’a même mis de mauvaise humeur. Ça se passe en Irlande lors de la grande famine du XIXème siècle et ça raconte l’histoire d’une fillette qui se déguise en garçon pour trouver du travail. Malheureusement, pendant tout le récit, cette fillette n’est qu’un zombie qui marche vers nulle part. Elle rencontre des personnages fantomatiques et des criminels en tout genre qui l’entraînent dans des situations où l’épouvante le partage au sordide. Ses pérégrinations sont racontées avec un réalisme, mêlé d’une poésie lugubre, destiné à susciter la pitié mais, on y sent une telle complaisance à remuer l’horreur que l’on n'éprouve que du dégoût. Si cette histoire se veut dramatique, elle m’a parue artificiellement morbide et ça m’a barbé du début à la fin.

Ce qui m’a mis carrément de mauvaise humeur, c’est que tout le récit est au présent. Tous les faits et gestes des protagonistes sont décrits par le menu, au fur et à mesure, et sans jamais nous épargner le moindre détail. La page 4 de couverture nous parle d’un style « lyrique, incandescent, hallucinatoire, grandiose et hypnotique... » Excusez du peu ! En réalité le style se complaît dans une espèce de nébuleuse, avec un tas de métaphores, de clichés et de comparaisons convenues, ce qui, au fond, cache le manque d’un réel sens du récit.

L’histoire a beau accumuler malheurs sur malheurs sur la tête de la pauvre fille, l’émotion n’y est jamais, la mayonnaise ne prend pas. L’histoire est tirée en longueur et ça n’en finit pas. Ce roman s’annonçait intéressant mais il aurait fallu qu’il soit bien ficelé, dans le style tendu qui convient au drame, avec de vrais personnages bien consistants. Finalement, j’ai trouvé que ce n’était qu’un pétard mouillé macabre et ennuyeux.

J’enrage ! Qu’est ce qui m’a pris de vouloir absolument terminer cette triste histoire, de près de 500 pages, qui ne m’a jamais intéressé et qui m’a mis de mauvaise humeur, alors que devant moi il y a une pile de beaux livres qui n’arrêtent pas de me dire : « lisez-moi, lisez-moi, lisez-moi ».

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