Peine perdue de Kent, Bruno Lecuyer (Dessin)

Peine perdue de Kent, Bruno Lecuyer (Dessin)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 31 décembre 2018 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans)
La note : 8 étoiles
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Amour désamour

Ceux qui écoutaient le rock alternatif à la fin des années soixante-dix, se souviennent certainement de Kent, le chanteur du groupe français à la mode à l’époque, Starshooter, il consacre désormais une partie de son temps à l’écriture. Il publie en ce début d’année un roman qui met en scène un personnage lui ressemblant un peu, Vincent, une ex future idole des jeunes qui « l’âge du Pastis » venu et les illusions perdues, mène une petite vie peinarde auprès d’une femme active dans le monde des arts de la rue qui l’amènent à fréquenter des milieux branchés où sa carrière et sa réputation prennent vite reconnaissance et notoriété. Mais cette belle vie tranquille lui laissant le temps de se consacrer à la musique et la sonorisation d’événements, s’écroule le jour où sa compagne Karen (K-Reine dans le monde des arts de la rue) se tue sur le périphérique.

Bizarrement, il n’éprouve pas de chagrin, il se rend compte qu’il n’aimait plus sa femme et de l’importance qu’elle avait prise dans sa vie depuis qu’elle avait déposé ses bagages chez lui. Elle avait révolutionné la maison se chargeant de la déco, de sa garde-robe, du jardin et même de son boulot lui fournissant la majeure partie de son travail en lui confiant la sonorisation des événements qu’elle était chargée de mettre en scène. Tournant avec la nouvelle vedette de la chanson française et des musiciens ayant la moitié de son âge, il fuit sa vie d’avant, sa maison, les amis de sa femme et surtout la dépression qui s’installe sournoisement. Il cherche à comprendre sa vie d‘avant, son désamour son manque de chagrin, jusqu’à ce que la voisine lui révèle enfin combien sa femme l’aimait et comment elle lui avait préparé une énorme surprise. Tout alors bascule une nouvelle fois, il culpabilise d’avoir douté de Karen, de ne l’avoir pas assez aimée. « Sans elle, il ressemblerait aujourd’hui à ses collègues musiciens dépassés, handicapés du présent et privés de futur. »

Une histoire d’amour d’un romantisme oublié, et c’est bien dommage, une réflexion sur le deuil, l’absence de l’autre, la solitude, le temps qui passe, la jeunesse qui fout le camp, l’amour et les amourettes, la fidélité, l’affection, la notoriété à peine ressentie, la gloire juste aperçue, les illusions qu’il faut enterrer… Une histoire écrite dans une langue et un style qui collent particulièrement bien à ce scénario, et, je tiens à le souligner, en évitant le plus possible le jargon « globish » qui a noyé sous son flot nauséeux, le monde de la musique et de l’art contemporain où évoluaient les deux héros.

J’avais déjà passé l’âge d’écouter les groupes à la mode quand Starshooter inondait les ondes de ses rythmes endiablés, ce groupe ne fait donc pas partie de ma culture musicale mais Kent m’a séduit et il restera parmi les auteurs que j’ai envie de lire encore. J’ai aimé sa sensibilité, sa délicatesse et surtout sa franchise, il n’hésite pas à verser une petite rasade d’amertume dans sa potion. Une amertume qu’il a peut-être récoltée quand il rêvait encore de devenir une star éternelle, s’est égarée dans le monde impitoyable des crocodiles créateurs intéressés et mangeurs voraces d’idoles des jeunes.

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