Les compagnons du livre de Iris Murdoch

Les compagnons du livre de Iris Murdoch
(The Book and the Brotherhood)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Tistou, le 15 décembre 2018 (Inscrit le 10 mai 2004, 62 ans)
La note : 8 étoiles
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Tranches de vies londoniennes

Iris Murdoch, si elle était un chien, serait un pitbull. Un qui ne lâche plus sa proie sitôt qu’il a refermé ses crocs dessus. Elle est romancière, alors on ne parlera pas de crocs, mais elle ne lâche pas ses personnages. A peine nés sous sa plume ils sont destinés à être mis sous l'oculaire du microscope et, à l’instar d’un entomologiste-psychologue, à voir leurs comportements et leurs évolutions décortiqués jusqu’à plus soif. Elle ne leur lâche rien.
Comme en outre elle a un style très descriptif – rien n’est omis pour chaque situation de l’aspect des personnages en place et de l’environnement dans lequel ils évoluent - ça donne des romans à évolution lente et particulièrement copieux (615 pages serrées pour « Les compagnons du livre »), longs à lire. J’ai mis longtemps à lire cet ouvrage mais ne me suis pas ennuyé pour autant. Car Iris Murdoch ne raconte pas des histoires pour raconter des histoires mais s’en sert comme supports à des réflexions très profondes, sociétales comme philosophiques et, comme déjà écrit, elle ne lâche rien. Un pitbull !
Londres, seconde moitié du XXème siècle, Gerard Hernshaw, Rose Curtland, Jean et Duncan Cambus, Jenkin Riderhood, David Crimond, … sont d’anciens élèves de l’Université d’Oxford, qui n’ont jamais décroché de leur relation à cette Université même s’ils sont maintenant aux portes de la retraite et qui vivent, pour certains d’entre eux, une relation si pas-fusionnelle au moins très étroite.
Ils ont eu en leur temps d’étudiants des tendances marxistes, iconoclastes, et ont peu à peu évolué. Tous, sauf un, David Crimond, le plus exalté du lot, le plus déterminé aussi, mais qui s’avère également comme une espèce de « génie du mal », semant drame et désolation autour de lui.
David Crimond est donc à part, il est resté étudiant attardé et s’acharne à écrire « l’ouvrage » qui fera date au XXème siècle, mêlant marxisme, philosophie et considérations diverses. L’ouvrage définitif en quelque sorte, le livre dont il est question dans le titre. Pour lui permettre de se consacrer à ce labeur et le libérer des contingences matérielles, ses coreligionnaires, même s’ils le considéraient à part, avaient créé une « Gesellschaft », une société se cotisant pour lui fournir des fonds.
Cette démarche a perduré dans le temps même si les liens se sont distendus entre David Crimond, demeuré marxiste, et les autres, les « compagnons », au point qu’en réalité ceux-ci ne savent quasiment rien de l’avancement de l’ouvrage. Mais le financent pour autant.
Par ailleurs Rose est depuis toujours amoureuse de Gerard, qui fait office de leader et référence du groupe. Gerard est attiré par Jenkin, Jean Cambus a par le passé quitté Duncan, son mari, pour David Crimond, et quelques autres personnages secondaires (pas si secondaires que cela en fait) et plus jeunes ; Tamar, Gulliver, Lilly, ont également des problématiques compliquées.
Au moment où le roman commence, Jean Cambus va à nouveau quitter Duncan pour David Crimond. C’est un peu le coup de pied dans la fourmilière que donne Iris Murdoch et, le coup de pied donné, elle va scruter l’évolution des différents protagonistes au fil des drames ou micro-évènements qui vont survenir.
Roman à évolution lente mais d’une densité incroyable, il faut de la disponibilité de temps et d’esprit pour en venir à bout. Un sacré témoignage sur une fraction de la société londonienne, une fraction qu’on qualifiera d’intellectuelle, de la seconde moitié du XXème siècle !

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