Phalène fantôme de Michèle Forbes

Phalène fantôme de Michèle Forbes
(Ghost moth)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Myrco, le 12 mars 2019 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 69 ans)
La note : 6 étoiles
Visites : 392 

Le poison du passé

Eté 1969. L'homme vient de marcher sur la lune: un "grand bond pour l'humanité". Mais à l'échelle de nos vies ordinaires, non loin de Belfast où elle réside, c'est une belle journée d'été qui s'annonce pour la famille Bedford, une journée propice à profiter des joies de la plage. Image d'une famille heureuse: Georges, mari aimant, Katherine, mère attentionnée d'une fratrie de quatre enfants, trois filles et un petit dernier. Pourtant, un incident qui aurait pu mal tourner- prémices de troubles à venir- va tout gâcher. Choc émotionnel, vulnérabilité physique de Katherine...des souvenirs enfouis liés à des évènements vécus vingt ans auparavant, alors que Georges et Katherine n'étaient encore que fiancés, remontent à la surface. Le tableau idyllique va se craqueler révélant des tensions, des failles du couple, des plaies non cicatrisées que l'on a préféré ignorer en croyant protéger une relation en vérité empoisonnée par le "fil de la mauvaise conscience"...

Derrière cette chronique familiale en demi-teinte, souvent tendre, sensible et parfois douloureuse, Michèle Forbes explore le thème du choix entre l'intensité de l'amour passion qui magnifie tous les instants, crée un état où l'"on flotte et on brûle", et la solidité raisonnable de "l'amour vécu et non fantasmé" tissé dans le réel des jours et de la banalité du quotidien. A l'heure du bilan, c'est cette dernière qui s'imposera à Katherine: la prise de conscience que, peut-être, rien ne vaut plus qu'"avoir tout cela": la douce sécurité d'un foyer bâti autour de la tendresse inconditionnelle d'un mari, des enfants à voir grandir.

J'ai regretté qu'à l'appui de cette vision, l'auteure se soit un peu trop attardée à mon goût à nous décrire des scènes de jeux ou d'occupation des enfants même si elles illustrent la complicité des liens maternels. Le monde de l'enfance, son imaginaire, ses perceptions (à travers la sensibilité d'Elsa en particulier), ses cruautés (via la petite peste d'Isabel, son "amie") constituent un thème important que je ne m'attendais pas à trouver ici.

Quant au contexte - le roman se déroule sur fond de conflit nord-irlandais (69 est l'année du début des "troubles") - il n'apparaît qu'en filigrane comme en écho à ceux qui agitent Katherine, résurgence de conflits aux racines anciennes et encore non résolus à l'époque comme le rappelle l'un des slogans affichés dans les émeutes "le passé n'est pas vraiment passé". Néanmoins, le climat de menace, de haine et de mépris de la communauté protestante à l'encontre de la communauté catholique est très bien rendu à travers les humiliations infligées à Katherine et aux enfants.

On aura compris que sur le fond, je n'ai pas vraiment été séduite par ces thèmes finalement assez banals; et seules m'ont émue les figures masculines de Georges et de Tom, tous deux victimes quelque part des inconséquences de la femme aimée.

Mais là n'était pas la raison de mon intérêt a priori pour ce livre dont de nombreuses critiques des plus élogieuses vantaient la qualité de l'écriture. Alors oui, sur ce plan, le roman s'avère prometteur. L'auteure a su maîtriser parfaitement la construction de son récit, navigant dans des allers-retours entre présent et passé de sorte à ménager quelques surprises au lecteur. De même, elle sait manier la métaphore avec talent et nous réserve quelques très beaux passages. Citons celui de la description anticipée du façonnage du costume de Katherine par Tom, un morceau d'anthologie d'une intensité sensuelle absolument remarquable, ou encore, dans un autre registre, l'évocation poétique et délicate de ces"phalènes fantômes (...) âmes des morts qui attendaient d'être capturées" réitérée dans une très jolie scène finale. Dommage que la volonté d'imager la prose à tout prix m'ait un peu gâché la lecture des premiers chapitres par quelques comparaisons maladroites ou approximatives et artificielles: péché de premier roman, je l'espère!

P.S: Michèle Forbes est une actrice irlandaise du Nord (à ne pas confondre avec l'américaine Michelle Forbes) auteure de nouvelles couronnées de plusieurs prix nationaux. Elle a également été critique littéraire au Irish Times.

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