Hôtel Waldheim de François Vallejo

Hôtel Waldheim de François Vallejo

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Alma, le 17 septembre 2018 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (23 121ème position).
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« Voyeur aveugle mais pas voyant "

D'énigmatiques cartes postales d'un expéditeur inconnu parviennent au domicile de Jeff Valdera le narrateur . Elles montrent l'Hôtel Waldheim de Davos en Suisse dans lequel il a séjourné il y a une trentaine d'années lorsqu'il avait 16 ans et y accompagnait sa tante. Elles ont été envoyées par une allemande, Frieda, fille de Stiegl, un professeur d'université qu'il y avait rencontré. Ils finissent par se retrouver. Que lui veut-elle?
Jeff semble avoir été le dernier témoin à avoir vu Stiegl encore vivant et Frieda l'invite à lui livrer ses souvenirs. Comment être précis 30 ans après ?

De vagues images qui semblent n'avoir aucun lien entre elles lui reviennent en mémoire. Qu'à cela ne tienne, qu'il livre tout ce qui lui revient, Frieda se charge d' établir des relations entre ces « divagations mémorielles ».
C'était à Davos, du temps de la guerre froide, entre Allemagne de l'Ouest et de l'Est, et de la Stasi à l'affût d'un réseau de passeurs. Jeff, l'adolescent «voyeur aveugle mais pas voyant » de ce qui se passe autour de lui dans l'hôtel, devient à son insu porteur de messages dont il ne comprend ni teneur ni la portée. Je n'en dirai pas plus.
Jeff, amené à descendre au plus profond de lui-même,se méfie, a l'impression d'être piégé, manipulé par Frieda. qui un jour disparaît, le laissant désemparé mais curieux.
C'est alors lui qui part à sa recherche dans un Davos qu'il ne reconnaît plus, où il se sent perdu mais pourtant attendu. Le mystère s'épaissit puis des pistes apparaissent .

HOTEL WALDHEIM est un roman dense, comme le sont les romans d'espionnage, mais dont l'atmosphère pesante est allégée par quelques scènes cocasses et quelques personnages pittoresques
Si je me suis sentie parfois un peu perdue dans ce puzzle qui se reconstitue peu à peu, j'ai beaucoup apprécié le lent processus de la remontée des souvenirs suscité par le flash d'une image , l'évocation de l'atmosphère désuète de l'hôtel où s'ennuie parfois l'adolescent ainsi que par le jeu trouble du chat et de la souris entre Frieda et Jeff, partagé entre réticence et attraction face à cette étrangère en recherche de vérité sur la mort de son père et de sa propre identité. L'auteur a choisi pour ce roman circulaire dont les dernières lignes renvoient aux premières, un dénouement ouvert,et distillant ainsi le mystère d'une autre disparition .

L'écriture de Vallejo joue habilement de l'intrusion du passé dans le présent, et a l'art de restituer le flot de la pensée, en mêlant dans un discours indirect libre très fluide, monologue intérieur et propos tenus , dit et non dit.

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La montagne magique

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 59 ans) - 12 juin 2019

J'ai 16 ans en 1976 et je suis dans un train qui nous emmène en Suisse. Nous c'est tante Judith et moi, son neveu qu'elle aime présenter comme son fils.
Nous passons nos vacances dans un hôtel hors du temps avec ses habitués qui se répètent d'année en année, parfois un nouveau couple s'insère, des visages éphémères. Le patron, Herr Meili, historien érudit, amoureux de ses clients qu'il materne sans compter. Rosa, la gouvernante qui ne voit plus très clair, Madame Finkel, la plus ancienne occupante (à l'année). Amoureuse de Thomas Mann, (Meurtre à Venise et La Montagne magique). Elle m'apprend à aimer l'auteur.
Avec le temps les souvenirs de ses vacances s'estompent ; je me souviens le soir des parties d'échecs et du jeu de GO. La nuit je rêvais de sexe, de filles nues, la journée je me baladais avec tante Judith et les soirées nous jouions en conversant gaiement.

Mais voilà que quelques décennies plus tard une jeune femme se présente à moi avec une version toute différente de ces moments que je pensais être insouciance !
Son père était aussi un client de l'hôtel et autour de lui une machination orchestrée par la Stasi déployait ses tentacules.
J'avais 16 ans. Ai-je participé à l’hallali ? Le temps a-t-il contribué a effacer mes souvenirs ? Autre hypothèse : ai-je été aveuglé par mes poussées d'hormones ? Ces enjeux trop appuyés pour l'esprit d'un adolescent sont passés dans mon ciel sans que je pense lever les yeux ?

Savamment tricoté par l'auteur, le texte peut à la longue amener l'ennui car il n'y a pas beaucoup d'action. Ce ne fut pas mon cas. J'ai aimé cette ambiance cloisonnée. Une longue analyse dans le temps.
Mon avis : Bon mais il faut choisir son moment pour s'attaquer à la montagne !

"Hôtel Waldheim" de François Vallejo : l'étoffe pour être Goncourt 2018 ?

6 étoiles

Critique de Lettres it be (, Inscrit le 7 mai 2017, 25 ans) - 7 octobre 2018

C’est un livre qui, en date du 3 octobre où cette chronique est écrite, est encore en lice pour le Goncourt. Ce livre : Hôtel Waldheim, le nouveau roman de François Vallejo publié aux éditions Viviane Hamy. Le Manceau, aussi professeur de littérature, revient en librairie avec un texte nuageux, entre mémoire, imagination et Guerre Froide. Lettres it be vous dit tout dans les lignes qui suivent.

# La bande-annonce

À l’entendre, j’étais très fort, à seize ans, pour tout effacer, et ça continue. Pourtant, à force de déblatérer sans réfléchir, j’ai commencé à lui prouver et à me prouver que je me suis fourré dans de drôles de situations. Si quelqu’un m’avait dit hier : tu t’es comporté comme le pire voyeur, pour surprendre un couple dans son lit, je ne l’aurais pas cru. C’est revenu tout seul, devant cette fille dans son fauteuil. Je sentais son souffle sur ma peau, incroyable ce qu’elle m’insuffle. Presque malgré moi, j’ai reconstitué la scène oubliée. Et d’autres. Elle va finir par me convaincre que je lui cache quelque chose. Que je me cache quelque chose ? Comme l’impression de rencontrer un inconnu qui s’appellerait Jeff Valdera. Et dans le genre inconnu, elle se pose là aussi, avec ses questions insistantes…

Lors de ses séjours avec sa tante à Davos, à l’hôtel Waldheim, l’adolescent Jeff Valdera n’aurait-il été qu’un pion sur un échiquier où s’affrontaient l’Est et l’Ouest au temps de la guerre froide ?

Inventer sa mémoire ou inventer sa vie ? C’est la question à laquelle tente de répondre François Vallejo avec Hôtel Waldheim, son roman le plus intime. Mais n’est-ce pas cette même quête qui traverse son œuvre depuis vingt ans, que ce soit dans Madame Angeloso (prix France Télévisions), Ouest (prix du Livre Inter) ou encore Un dangereux plaisir ?

# L’avis de Lettres it be

Hôtel Waldheim sera peut-être le roman du salut pour celui qui était déjà présent sur la liste du Goncourt en 2001 avec Madame Angeloso. Cette fois, François Vallejo réitère la performance en 2018 avec son nouveau roman publié aux éditions Viviane Hamy. Sous la plume de l’auteur né au Mans en 1960, nous faisons donc la rencontre du jeune Jeff Valdera. Une rencontre entre parties d’échecs et de go, récits mémoriels mais surtout, souvenirs de cet hôtel de famille où l’adolescent entrera de plain-pied dans un monde qui n’est peut-être pas le sien… Mais d’une carte postale retrouvée par hasard naîtra très vite une plongée dans l’histoire d’un garçon, d’un lieu, d’une époque toute entière.

Il y a quelque chose de magique dans ce nouveau livre de François Vallejo. Quelque chose de magique et de nuageux, façon Thomas Mann qui, ça n’est assurément pas un hasard, trouve ici une place importante dans les lignes de Vallejo. Cet hôtel aurait pu être celui de Wes Anderson, ou celui de Thomas Mann. Dans un mélange onirique et sombre, dans un texte qui fait se croiser les questions d’identité, de responsabilité, de mémoire et d’imagination, le Manceau parvient à questionner, interpeller, le tout sur fond de Guerre Froide. Un mélange qui, sans être indigeste à proprement parler, conserve malgré tout quelques trous d’air qui parsèment le texte et peuvent empêcher d’en saisir la substantifique moelle. Un petit regret donc pour un récit qui aurait gagné en simplicité, sans toucher à sa profondeur, séduisante.

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