Récit d'un naufrage de Gabriel García Márquez

Récit d'un naufrage de Gabriel García Márquez
(Relato un naufrago)

Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine

Critiqué par Débézed, le 14 septembre 2018 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans)
La note : 8 étoiles
Visites : 89 

Naufrage en Mer des Caraïbes

Le 28 février 1955, huit membres de l’équipage du destroyer colombien Caldas tombent à l’eau en mer des Caraïbes lors d’une tempête digne d’un « Typhon » de Joseph Conrad. Ils sont rapidement portés disparus. Le Caldas revenait d’un long séjour à Mobile en Alabama où il avait subi quelques réparations, il rentrait au pays qu’il devait rejoindre peu après la catastrophe. Dix jours près cette tempête un naufragé du destroyer accoste à la nage sur une plage isolée des côtes colombiennes. Il est finalement soigné et sauvé, il peut rejoindre la capitale où il est traité en héros par les forces gouvernementales du dictateur Gustavo Rojas Pinilla, et comme une star par les marchands du temple qui l’utilisent comme une icône pour leurs campagnes publicitaires. Mais comme toutes vedettes des médias, Alejandro Velasco, le naufragé survivant, voit sa cote de popularité s’effriter bien vite et ses revenus fondre à la même vitesse. Il cherche alors à vendre son histoire aux médias qui l’ont déjà achetée plusieurs fois. Quand il frappe à la porte de l’Espectador de Bogota, le journal où Garcia Marquez fait ses débuts, le premier réflexe est de le jeter à la rue.

Mais le jeune journaliste décide de raconter le naufrage du marin en le délestant de toute la propagande dont le pouvoir et les marchands l’ont affublé. Garcia Marquez voulait dire la vérité et révéler que le Caldas était chargé de marchandises de contrebande et que cette surcharge avait peut-être contribué à la noyade des marins. Pour que son texte franchisse le seuil de la censure, il le publie sous forme d’un feuilleton signé par le marin lui-même. Ce n’est que quand la notoriété l’eut rattrapé qu’un éditeur lui demanda de le publier sous son nom et sous la forme d’un livre. Garcia Marquez, n’avait pas compris que l’éditeur voulait publier ce texte, il avait singé le contrat, il laissa faire en disant que ce n’était pas une bonne idée. Et pourtant certains disent aujourd’hui que c’est peut-être son meilleur texte.

Dans ce récit Garcia Marquez raconte le naufrage des marins, la disparition de certains à quelques mètres de Velasco, comment celui-ci réussit à construire un radeau, comment il put vivre dix jours sans manger ou presque, en buvant seulement quelques gorgées d’eau de mer, les longues heures d’angoisse, l’agression des requins, les signes d’espoir suivis de longues phases de désespoir mais surtout la volonté de toujours vouloir croire au miracle. A cette époque, l’auteur n’était qu’un jeune journaliste opposé au pouvoir qui n’avait aucune référence littéraire et pourtant son texte est excellent. Même quand la mer et le ciel sont à l’unisson, qu’il ne se passe rien, le rythme du récit ne baisse jamais, une formule littéraire redonne vite de l’intérêt au récit. Garcia Marquez possède l’art du récit journalistique, du récit épique, qui retient toujours l’attention du lecteur. Il reste toujours au plus près de son personnage, de ses humeurs, de ses espoirs et de son désespoir, emportant le lecteur dans l’aventure du naufragé. Son récit peut voisiner avec ceux de tous les grands auteurs qui ont raconté des expéditions homériques sur terre et sur mer, dans les sables brûlants et sur les glaces polaires.

Un texte publié sous un faux nom, un texte militant, un feuilleton journalistique, un texte qui désormais se situe à la tête d’une œuvre littéraire remarquable.

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