Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Veneziano, le 25 août 2018 (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 40 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 144ème position).
Visites : 429 

La vie d'une copiste de décors

Paula Karst pratique la copie de textures minérales et de bois pour concevoir décors et oeuvres d'art. Pour cela, elle a étudiée dans une école sélective basée à Bruxelles, avec ses deux colocataires Jonas et Kate, sous la férule de l'impressionnante "dame au col roulé noir", dont jamais le nom n'est énoncé, mais qui sait insuffler la rigueur nécessaire à l'acquisition de ce savoir-faire.
Après un flash-back retraçant ces années passées à Bruxelles pour évoquer les rencontres régulières avec Kate et Jonas, il est décrit son expérience professionnelle. Elle passe de projets en chantiers, dans le cadre d'une expectative aussi précaire qu'excitante. Elle conçoit ainsi une chambre d'enfants, des halls d'immeubles, avant de passer à des travaux de plus grande envergure, comme le tournage d'Habemus Papam de Nanni Moretti, à Cinecittà, où elle participe à la reconstitution de la basilique Saint-Pierre et de la chapelle Sixtine, avant de se tourner vers le Périgord pour l'élaboration de Lascaux IV.
Les rencontres qu'elles effectue s'avèrent toujours enrichissantes, ses expériences ne se ressemblent que rarement et représentent presque toujours des moments heureux qui apportent quelque chose. Une apparence particulière qui attire l'oeil et une personnalité adaptable, malgré un stress chronique, lui permettent de rebondir, d'appréhender les situations perpétuellement nouvelles.
Ce roman reste assez descriptif et psychologique. Il présente une grande fraicheur et incite à l'ouverture d'esprit, en vue de découvrir un monde très particulier, non dénué de charmes et de singularités. Il ressemble à un bijou beau et discret. Il est intéressant et instructif.

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Un monde à portée de main

7 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 54 ans) - 8 novembre 2018

Peut-être pas la bonne pioche pour moi, à l'occasion des #MRL18 #Rakuten que je remercie. Je me réjouissais vraiment à l'idée de retrouver la magnifique plume de Maylis de Kerangal.

J'avoue avoir eu des difficultés à rentrer dans cette lecture, le sujet m'intéresse pourtant mais je pense que les longues envolées lyriques décrivant de manière magistrale et somptueuse le monde de la peinture; ustensiles, tons, nuances, couleurs, matières .... n'ont pas réussi à me toucher.

Peut-être est-ce un peu trop documenté , un peu trop précis pour la non initiée que je suis.
Je l'ignore, la fatigue peut-être aussi mais ce fut un début laborieux.

Voici le sujet. Paula Karst (son nom prendra tout son sens en cours de récit), Jonas et Kate sont amis. Ils ont étudié ensemble d'octobre 2007 à mars 2008 à l'institut de peinture, rue du Métal à Bruxelles, le monde du trompe l'oeil, de l'illusion.

C'est principalement le parcours de Paula Karst que nous allons suivre. Elle surprend ses parents en voulant s'inscrire dans cette voie, elle s'immergera corps et âme dans l'apprentissage de cet art. On peut en effet parler d'un art car c'est une discipline exigeante demandant de s'investir complètement, c'est physique et mental à la fois. Il faut véritablement s'imprégner du sujet, se fondre en lui pour pouvoir reproduire par exemple l'effet du bois, du marbre. Il faut observer, rendre la patine, le poids du temps, les défauts.. Reproduire et non créer.

On suivra le parcours des étudiants avec leurs doutes, leurs joies mais aussi une grande solitude, il n'y a place pour rien d'autre que l'apprentissage et le travail.

Ensuite Paula travaillera commençant par de petits boulots, partant pour l'Italie, un travail pour une expo, chez un coiffeur puis de fil en aiguille à Portofino, restaurant tantôt une résidence, un hôtel particulier pour arriver à Cineccita, c'est le monde du cinéma, le haut lieu de l'illusion, de la tromperie, du factice.. Elle y découvrira d'autres techniques puis passera par Moscou avant en 2015 de participer au projet du fac similé de Lascaux 4, passage qui m'a vraiment réconciliée avec le roman.

L'écriture de Maylis de Kerangal est virtuose, elle manie la langue et les mots à merveille. Un vocabulaire riche, des mots choisis, un travail très bien documenté. Les phrases sont longues, parfois trop longues pour moi mais il en reste du moins une véritable performance.

L'art du trompe-l'oeil, l'approche de la création peut aussi je le pense être en parallèle, l'art de l'écriture, l'art d'avoir un monde à portée de main.


Ma note : 7/10

Les jolies phrases

Le trompe-l'oeil est la rencontre d'une peinture et d'un regard, il est conçu pour un point de vue particulier et se définit par l'effet qu'il est censé produire.

Elle s'aime d'avance en apprentie manches retroussées prête à en découdre, en artisane bûcheuse ayant choisi une voie modeste pour pénétrer au coeur de la peinture - apprendre le dessin, acquérir une parfaite connaissance des techniques et des produits, commencer par le commencement -; elle aime raconter qu'il faut en passer par là pour se placer ensuite devant une toile, un mur, n'importe quel support, et que ce qui importe arrivera plus tard, ailleurs, dans un autre monde, celui des artistes - et c'est là qu'elle se trompe, et de belle manière.

...l'idée que le trompe-l'oeil est bien autre chose qu'un exercice technique, bien autre chose qu'une simple expérience optique, c'est une aventure sensible qui vient agiter la pensée, interroger la nature et l'illusion, et peut-être même - c'est le credo de l'école - l'essence de la peinture.

Je croyais que je voulais être peintre. Paula sursaute ; je veux peindre, c'est tout!

Il y a des formes d'absences aussi intenses que des présences, c'est ce qu'elle a éprouvé en pressant son front sur le grillage, tendue vers ce monde qui s'ouvrait là, occulte, à moins de dix mètres, une grotte où l'on avait situé rien de moins que la naissance de l'art.

Paula s'est demandé si les peintures continuaient d'exister quand il n'y avait plus personne pour les regarder.

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