Les Corps glorieux de Céline Maltère

Les Corps glorieux de Céline Maltère

Catégorie(s) : Littérature => Fantasy, Horreur, SF et Fantastique

Critiqué par Fanou03, le 19 juillet 2018 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 44 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 5 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 3 étoiles (48 163ème position).
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La fragilité des corps

La reine Kationa, redoutable souveraine d’un modeste royaume de Bretagne, n’a plus envie de vivre. Sa bien-aimée Balzane vient de mourir après une longue agonie. Un des chevaliers de la reine revient d’une expédition où il lui affirme avoir revu Balzane. Dès lors Kationa n’aura de cesse, à travers ses voyages ou ses actions, au risque de sombrer dans la folie, d’essayer de retrouver sa compagne disparue.

Comme le suggère la quatrième de couverture du livre, Les corps glorieux  reprend certains codes du roman de chevalerie, du principe de la quête à certaines références à l’amour courtois, de l’omniprésence du symbolisme, voire de l’onirisme ou du mysticisme, en passant par les figures plus ou moins connues (les dragons, les sirènes, la Dame sans Merci, les douze chevaliers qui entourent la Reine, les métamorphoses). L’architecture générale du roman, faite d’histoires indépendantes reliées entre elles par la quête principale, le ton quelque peu archaïsant de la prose, finissent de donner un parfum ancien particulièrement typé. Mais on peut aussi y voir aussi des références au romantisme médiéval anglais (Walter Scott, l’iconographie de John William Waterhouse…).

Le roman relève in fine aussi bien du gothique le plus sombre que de la Fantasy très dark. Une de ses caractéristiques principales la plus intéressante est de se mettre en porte-à-faux avec la quasi-hégémonie masculine sur le genre. Céline Maltère pousse très loin cette déconstruction. Son personnage principal est non seulement une femme mais surtout son rapport aux hommes les exclut de toute respectabilité, mis à part le cas très particulier de Goth, le propre père de Kationa. Veuls, pervers, sanguinaires, dépravés : le portrait des alter ego de Kationa, d’Aquilain IV d’Aquitaine au Long Chevalier Rouge, est accablant ! Cette cohorte haïssable hante le récit, et c’est à se demander si ce n’est pas eux les monstres, tentant d’imposer leur brutalité et leur domination sur les femmes. Pourtant Kationa ne leur cède rien en matière de cruauté. Dans un jeu de miroir troublant, elle-même s’avère être un monstre, d’un sadisme à la limite de l’insoutenable. Elle-même aime les femmes, comme ses vis-à-vis masculins, jusqu’à l’obsession, jusqu'à les priver elles aussi de liberté.

Dans les chapitres structurant le roman, qui sont autant d’étapes vers la catharsis finale de Kationa, s’installent, comme un fil rouge, une réflexion sur l’amour, le désir et la mort, la fragilité des corps, ainsi que leur décrépitude liée à la maladie ou à la vieillesse. Le vertige du pouvoir, ainsi que la perversion qu’il peut engendrer, l’ennui, la folie, y sont aussi largement évoqués. Ainsi un spleen, d’essence presque baudelairienne, vient nourrir l’atmosphère étrange, parfois inquiétant, des corps glorieux . Les récits indépendants constituant le livre, comme autant de fables aux interprétations ésotériques et cachées, sans intrigue principale, donnent parfois un sentiment d’une lecture hachée, immobile. Tout cela vient rajouter au malaise ambiant et à un certain écœurement qui fait des Corps Glorieux  un objet à la très forte personnalité, assez inclassable, aussi fascinant que dérangeant.

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Les éditions

  • Les corps glorieux [Texte imprimé], histoire de Kationa Céline Maltère
    de Maltère, Céline
    la Clef d'argent / Collection KhRhOnyk
    ISBN : 9791090662315 ; EUR 15,00 ; 29/04/2016 ; 1 vol. (294 p.) p. ; Broché
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Tueries, castrations, massacres et cruautés inutiles, sadisme...

2 étoiles

Critique de Ludmilla (Chaville, Inscrite le 21 octobre 2007, 63 ans) - 15 janvier 2019

La reine Kationa, une « héroïne » égoïste, imbue d’elle-même, impitoyable, coupe les têtes, tranche les membres, éviscère les ennemis comme elle collectionne les femmes dans son harem.

C’est peu dire que cette « héroïne » m'est antipathique...
(Lu pour le prix CL2019)

Un émissaire lui porte un message
« Tatouez au fer rouge ma sentence sur le corps de ce tendre jeune homme, qu’il se souvienne de Kationa en portant ma réponse à son maître : NON ! »

« Je ne versais pas le sang des bêtes mais, la dernière nuit de décembre, on enlevait des enfants en bas-âge dans les terres voisines : en l’honneur de quelque Amazone, je plantais un cimeterre dans ces petits corps innocents, transperçant leur cou pâle et fragile de garçons. »

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