Une longue impatience de Gaëlle Josse

Une longue impatience de Gaëlle Josse

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Peche07, le 14 mai 2018 (Inscrite le 22 février 2006, 62 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 043ème position).
Visites : 1 294 

De l'amour maternel...subtil et magnifique.

Découvrant cette auteure, j'ai redouté une nième écriture contemplative mais dès les premières pages j'ai été conquise par la construction imparable de ce récit où deux existences s'entremêlent , celle de la mère et celle de l'épouse. De l'amour maternel pour le fils attendu, on retiendra entre autres la belle métaphore des menus savoureux décrits pour l'hypothétique banquet de retour . En contrepoint, le lien amoureux est évoqué avec la même délicatesse et contre toute attente, il ne cède pas. Les deux sentiments coexistent: c'est toute la subtilité de ce très beau récit. La Bretagne en constitue le cadre, magnifique.

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Une moitié de mère

10 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 61 ans) - 24 juin 2019

"Louis n’est pas rentré ". Louis, c’est le fils d’Anne, un grand fils de 16 ans, qui a essayé de se trouver une petite place dans la nouvelle vie de sa mère, auprès d’Étienne le pharmacien du village et des ses petits frère et sœur. Mais la violence d’Étienne, sa dureté, un jour, Louis ne peut plus les supporter. Il s’est rebellé contre les coups de trop, lui dont la taille dépassait celle de son beau-père.
Alors, il choisit de disparaître avant l’irréparable.

Depuis Anne attend le retour de son fils. Elle lui décrit les plats qu’elle lui fera pour fêter son retour, messages qui lui permettent de tenir, de continuer à vivre sans son aîné .
"Je suis envahie, pénétrée, toute résistance devenue inutile, par les coups sourds, aveugles, insistants de souffrance qui ne me laisse aucun repos. Je vis avec une absence enfouie en moi, une absence qui me vide et me remplit à la fois."

Deux mères en une seule femme. Celle comblée de deux adorables enfants, d’un mari aimant, d’une maison bourgeoise, et celle, pure souffrance, revivant son enfance battue, sa pauvreté et sa rencontre avec Yvon Le Floch, le père de Louis, ainsi que la misère et la peur permanente pendant la guerre.
" ..et je voudrais qu’ils comprennent que je ne suis avec eux qu’une moitié de mère, une moitié aimante et mutilée."

Ce n’est qu’à la fin que seront révélés ces messages d’amour dans les bouleversantes pages finales.
Un roman poignant, magnifique, sur la vie d’une femme déchirée.


un très beau roman

9 étoiles

Critique de Francesca_1 (, Inscrite le 30 décembre 2011, 65 ans) - 24 février 2019

Situé dans le début des années 50, en Bretagne, ce très beau roman se concentre sur une femme dont la vie est bouleversée par la fuite en mer de son fils après un épisode violent entre celui ci et son beau père et le silence absolu de ce fils enfui.
L'attente du retour commence, elle durera des années. Avec Anne nous revivons par "flash back" des épisodes de sa vie d'ouvrière laborieuse, de jeune veuve de pêcheur.
Une vie nouvelle avait commencé pour elle avec son remariage avec le pharmacien de ce petit port.
Ce changement de statut social nous vaut de très belles pages et de fines analyses.
Pour tromper l'attente Anne écrit des lettres à son fils sans qu'il puisse en être destinataire. Elle y décrit lettre après lettre le festin qu'elle confectionnera pour son retour, sorte de banquet pour le retour du Fils Prodigue. Là aussi des pages superbes décrivant la profusion des mets promis et préparés avec amour.
Nous suivons Anne dans sa vie de tous les jours telle une somnambule continuant à remplir don rôle d'épouse et de mère pour les deux petits nés de son nouveau mariage.
Mais son coeur et sa pensée sont avec Louis, le disparu, toujours. ..
Un roman très élégant, très pudique, remarquablement construit et écrit, qu'on est loin d'oublier une fois le livre refermé.

Une pépite

10 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 55 ans) - 22 septembre 2018

Je termine avec beaucoup d'émotion le dernier roman de Gaëlle Josse, lisez-le il est sublime.

Nous sommes en Bretagne dans les années 50. Louis 16 ans, le fils d'Anne a disparu. Faut dire que les coups de ceinturon d'Etienne, son beau-père et les mots qui blessent bien plus encore y sont en grande partie responsables.

Etienne lui avait promis de le mettre en pension après l'avoir frappé très fort avec son ceinturon. Anne était arrivée juste à temps pour les séparer.. Mais Louis est donc parti en mer, celle qui l'attire depuis toujours.

Anne est donc confrontée à son chagrin, l'attente du retour de son fils. Elle est perdue entre l'amour d'Etienne son second mari, Gabriel et Jeanne ses deux autres enfants. Elle avait cru bien faire, elle la veuve Le Floch, quittant son milieu pauvre pour entrer dans le monde d'Etienne le pharmacien, celui qui fou d'amour pour elle depuis toujours lui proposait de devenir sa femme. L'occasion pour Louis pensait-elle d'être bien, de ne plus manquer de rien, de ne plus être seul avec l'arrivée de Jeanne et Gabriel.

Oui, mais voilà, le coeur d'Etienne était peut-être un peu trop étroit. La violence avait commencé et aujourd'hui, Louis est parti.

Elle est blessée, meurtrie, tiraillée entre l'amour qu'elle porte à son fils mais aussi à Etienne qui comprend l'ampleur du drame suite à son attitude.

Gaëlle Josse nous décrit magnifiquement avec beaucoup de douceur, la sensibilité et l'amour d'Etienne pour sa femme, mais surtout l'amour énorme d'une mère pour son fils.

Une prose qui frappe en plein coeur, on ressent les mots au plus profond de soi même. On ressent l'attente de cette mère, ses indicibles souffrances.

C'est poignant, tout en retenue, magnifique.

Un roman magnifique à lire absolument.

Ma note : un gros coup de coeur

Les jolies phrases

Depuis, Louis avance dans cette zone incertaine, entre le rejet et l'espoir, entre la défiance et une terrible envie d'être aimé.

Il ne comprend pas que la main tendue devienne griffe ou serre, sans raison.

Il est plus terrible de se voir retirer une affection pleine de promesses que de ne l'avoir jamais connue.

Son absence est ma seule certitude, c'est un vide, un creux sur lequel il faudrait s'appuyer, mais c'est impossible, on ne peut que sombrer, dans un creux, dans un vide.

On n'en veut pas à ceux qui n'ont rien à donner, mais comment supporter de se voir privé de ce qui a été un jour offert ?

Tout ce que je veux, c'est que Louis rentre. Je voudrais retrouver notre unité première, rompue à la naissance, l'oeuf primordial, à nouveau. Réparé, retrouvé, intact, le temps obscur et doux de l'inséparé. J'attends que mon fils me redonne vie, qu'il me fasse renaître, me réveille, me ressuscite. Alors nous serons quittes.

Je suis seule, face à l'immense de l'océan, face à l'immense de mon amour absent, face à l'océan vide, face au trop-plein de mon coeur. Je marche, et je cherche ma place dans ma propre histoire.

A ce moment-là, je ne peux savoir ce qu'il pense, peut-être se dit-il, qu'aimer c'est aussi aider l'autre à porter le poids qui l'empêche de vivre.

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