La Mort a Petites Bouchees de Jane Agou

La Mort a Petites Bouchees de Jane Agou

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 2 mars 2018 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans)
La note : 8 étoiles
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La mort aux basques

Les P’tits Cactus prennent une nouvelle tournure, ils se spécialisent, s’enroulent autour d’un thème général, Éric Allard avait choisi la littérature, ce dernier numéro propose des variations autour de la mort mais pas forcément de la mort méchante, celle qui se promène avec sa faux et sa grande cape. Non, plutôt de celle qui se comporte comme un acteur de la vie même si elle en est le dernier comme dans La voleuse de livres de Markus Zusak ou dans Les intermittences de la mort de José Saramago où elle dénonce surtout la bêtise humaine. Ainsi, l’auteure raconte, à travers des aphorismes et des textes ultras courts, les aventures, souvent de Polette, Robert et Morice, des histoires de morts, souvent de suicides, comme pour défier la grande faucheuse, la narguer, la ridiculiser… Parler de la mort c’est une façon, en creux, d’évoquer la vie.

« jane agou… c’est quand on lui a demandé sa bio que ça s’est corsé… », elle n’a même pas un nom propre, on dirait qu’une jane agou c’est comme une petite souris, un nom commun dont on affublerait les grignoteuses de mots qui essaient de les assembler pour leur donner un sens particulier parfois drôle, burlesque, surréaliste ou même sérieux, dramatique, pour évoquer la vie, ses détours, ses avatars et ses mésaventures. Un petit animal tout mignon, futé, rusé qui tricote des mots pour ne pas se retrouver dans une poubelle, pour servir à quelque chose, pour rappeler aux vivants que la mort les attend pour leur dernière aventure, leur dernière sottise, leur dernier voyage…

Cette jane agou elle sait tout écrire :

La tendresse, l’amour : « Elle avait commencé à lui faire du bouche-à-bouche bien avant qu’il ne se noie. Il en a eu la vie sauve bien avant qu’il meure. »
Des raccourcis fulgurants : « Elle est morte. / Sa vie fut d’une banalité affligeante. »
Le cynisme : « - Papa est mort les enfants, on va pouvoir regarder ce qu’on veut à la télé. » «
Le surréalisme : « Ils lui ont sauvé la vie. / Ils n’ont pas su la rendre heureuse. » « Robert s’est suicidé en plusieurs fois pour voir défiler sa vie en plusieurs épisodes. Il adorait les séries. »
Et, bien sûr la poésie :
« Robert a toujours aimé la vie.
Puis il est parti.
La vie.
Et elle a aimé Morice.
Mais il n’est pas resté. »

Cette grignoteuse de mots, elle a tous les talents, elle sait les accommoder à toutes les sauces même celles que je n’ai pas citées. Je gage que la mort lui en sera reconnaissante et qu’elle ne lui collera pas aux basques avant longtemps.

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