Les testaments trahis de Milan Kundera

Les testaments trahis de Milan Kundera

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Critiques et histoire littéraire

Critiqué par Jules, le 21 février 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 600ème position).
Visites : 3 897  (depuis Novembre 2007)

Des plus intéressants

Ce livre est un essai et touche à différents aspects de l'art, de l'écriture, de la musique.
Kundera commence par une étude sur plusieurs aspects du roman. Il fait par exemple remarquer que l’humour est une notion moderne et qu’elle n'est pas sans danger. Il est fréquent que le lecteur prenne les choses au premier degré. Selon lui, Cervantès serait l'inventeur de l’humour dans le roman, avec Rabelais. J'adore sa phrase qui dit : « Par son caractère personnel, l’histoire d'un art est une vengeance de l’homme sur l’impersonnalité de l’Histoire de l’humanité. »
Ensuite il nous parle longuement de Kafka puis aborde le monde de la musique avec Bach, Mozart, Schönberg, Stravinsky et d’autres, pour revenir au roman de Kafka « L'Amérique ».
Maintenant le voilà nous parlant du Jazz, musique du bonheur, plutôt de l’extase. Il reviendra à Stravinsky, comme il reviendra sur une phrase de Kafka. Cette phrase extraite du « Château » est traduite en français de trois façons différentes et avec des résultats assez différents. Kundera nous donne encore une traduction en Allemand, qu'il traduit et qui donne une nouvelle différence. Il regrette que les traducteurs ne respectent bien souvent pas assez les volontés de l'auteur, ses digressions, ses répétitions. A ce sujet il donne un exemple basé sur un texte d’Hemingway dans lequel il est flagrant que toute la mélodie du texte est basée sur la répétition. Ne pas la respecter reviendrait à nier l’oeuvre. Kundera nous parle ensuite, longuement et à plusieurs reprises, de la superbe nouvelle d’Hemingway intitulée « Collines comme des éléphants blancs ». Il nous dit qu' « on n'en finirait jamais d’inventer les cas de figure qui peuvent se cacher derrière le dialogue. Quant au caractère des personnages, le choix n’est pas moins embarrassant... »
Viennent ensuite des considérations sur la musique et sur ce qu'il considère comme la grande époque du roman, celle de Balzac où « pourvu d’un pouvoir de séduction quasi hypnotique, il préfigure l'art cinématographique : sur l'écran de son imagination, le lecteur voit les scènes du roman si réelles qu'il est prêt à les confondre avec celles de sa propre vie… »
Il ne m’est pas possible d'aborder ici tous les sujets qu’aborde Kundera. Il parlera encore de Nietzsche, de Mann, de Dostoïevski, de Musil, de Kafka, de Tolstoï, de la peinture, des temps modernes, etc.
Ce livre est sorti en 1993 et quelques jours après l’avoir lu, dans « Le Monde » je suis tombé en arrêt sur une page entière consacrée à la traduction en littérature. C’était l’époque où Markowicz s’attaquait à de nouvelles traductions de Dostoïevski. Il nous était expliqué que les traducteurs précédents avaient modifié la langue de l’auteur. Une langue qu’ils estimaient par trop luxuriante pour le rationalisme du lecteur français. Selon l'article, ce procédé était courant vu qu'il fallait rendre l'œuvre traduite « lisible » pour le lecteur du pays. L'article nous disait que le problème était le même pour des auteurs français traduits en Amérique. Ce lecteur veut de l’action, sinon il abandonne. « Madame Bovary » sera donc expurgé d’une bonne partie de ses descriptions pour les lecteurs américains. D'où tout l'intérêt des nouvelles traductions de Markowicz pour Dostoïevski ou d’autres auteurs russes. Cet article m'avait d'autant plus frappé que j’avais lu Kundera et les problèmes de traduction pour Kafka et Hemingway. Ce livre est des plus intéressants et est une grande réflexion sur l’art en général et sur l’écrit en particulier. Il nous permet de comprendre beaucoup de choses.

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Une vaste fresque

10 étoiles

Critique de Radetsky (Massieu, Inscrit le 13 août 2009, 74 ans) - 4 novembre 2011

On a souvent voulu cataloguer Kundera dans la catégorie étroite du réfugié politique... qui devait le rester, en oubliant le miroir qu'il plaçait sous notre nez quant à nos propres tics, tares et ridicules, tout comme de nos qualités croisées. Le vaste regard qu'il porte sur la culture de l'Europe transcende bien des césures qu'on voudrait éternelles entre un genre "d'ici" et un autre "de là-bas", idéalement dépendant d'une certaine culture, dont on ne s'aperçoit pas qu'elle est uniformément partagée par tous, de Gombrowicz à Sartre, de Janacek à Bach. C'est le regard ô combien familier à une certaine époque (celle de Musil) de l'Honnête Homme au sens classique, que produisait cette construction arbitraire mais combien riche de promesses : la Mitteleuropa. Cet ouvrage en est une des meilleures déclinaisons, profitons-en...

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