Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel

Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Darius, le 16 février 2018 (Bruxelles, Inscrite le 16 mars 2001, - ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (33 792ème position).
Visites : 968 

L’intérieur mystiquement alvéolé

Prix Médicis 2017, Yannick Haenel nous raconte la vie d’un vieux paumé, sans emploi, qui omet de remplir des formulaires pour émarger au chômage. Son héros s’appelle Jean, 50 ans, fan de Michael Ciminio et de ses deux films importants « Voyage au bout de l’enfer » et « Les portes du paradis ». Il n’a de cesse de le rencontrer et prend un aller retour d’un jour pour New York où il a le bonheur de le voir à la Frick collection, devant le « Cavalier polonais » de Rembrandt. Rentré en France dans son studio minable de 20 mètres carrés où il vit reclus, il passe ses journées à fumer, boire de la vodka et regarder des films en boucle, ceux de Ciminio bien sûr ainsi qu’ « Apocalypse now ».

Il a pour voisin, un autre paumé, Tot qui passe son temps à jouer dans les casinos du monde entier. « Sa passion pour le jeu l’amenait à fréquenter des gens interlopes et il était empêtré dans de louches histoires d’argent ».
« Ce Tot était long et maigre, il avait l’air d’un homme qu’on aurait retiré du bûcher avant que les flammes ne rôtissent son corps, le visage émacié, les cheveux ras… Pendant une séance de plongée sous marine, un requin avait foncé sur lui et il était entièrement couturé de cicatrices… ‘ »
Pourquoi je vous raconte tout cela ? Et bien parce que ce Tot a une copine qui s’appelle Anouk et qui devient la maîtresse de Jean. Et quelle copine ! Je vais vous la décrire… car c’est cela qui ne colle pas dans cette histoire..

« Anouk avait une vingtaine d’années, elle commençait une thèse de philosophie sur Wittgenstein, elle enseignait la philosophie dans un lycée de banlieue, c’était sa première année, elle était encore stagiaire. Elle était brillante… ».

Non contente d'être la maitresse de Tot, "un gachis "dira Jean, elle devient celle de Jean, un jour que Tot n'était pas chez lui et qu'elle l'attendait....

« Lorsqu’elle découvrit la pièce où je vivais elle eut un mouvement de recul : la nuit, ma chambre ressemble à un tombeau. J’étais déjà un peu ivre, je lui versai un shot de vodka, elle ôta son blouson d’aviateur, releva ses cheveux en un chignon qui dévoila une nuque constellée de grains de beauté, s’assit sur le divan-lit, but la vodka… ses yeux gris, son visage poupin lui donnaient l’air d’un écureuil. Elle s’allongea sur le lit à mes côtés… c’était agréable de voir un film à deux.. je distinguais de temps à autre à la faveur d’une lueur venue de l’écran, le visage d’Anouk.. elle revint avec une serviette nouée autour d’elle, les cheveux mouillés, parfumée de citron et de fleur d’oranger, elle s’allongea à mon coté en souriant… en avançant vers moi son visage pour m’embrasser, elle dénoua sa serviette.. son corps doux et chétif comme celui d’une hirondelle.. Anouk me branla avec gentillesse. Sa main était chaude, presque fondante et ses longs doigts aux ongles vernis pressaient ma queue avec une vigueur humide.. je lui suçais la chatte… elle s’accrochait à mes cheveux en gémissant.. sa joie déchira la nuit… elle se mit à genoux et engloutit ma queue.. J’approchais ma queue contre la joue d’Anouk et lui barbouillai le visage de foutre, en criant de joie… »

Bref, pourquoi faut- il, pour être un écrivain à succès, ajouter des scènes de sexe ? J’ai retrouvé la même chose chez Philippe Djan. Et comble de l’absurde ! Une jeune fille de vingt ans, agrégée de philo, brillante, belle, qui se tape deux vieux paumé de 50 piges, sans fric, sans emploi, puants, fumeurs et alcooliques.. ! Faudra qu’on m’explique si ce n’est pas de l’hallucination ou du pur fantasme de la part de l’auteur… ! Enfin, bref, c’est ainsi qu’il voit les jeunes filles.. Prêtes à sauter dans le lit de n’importe qui.. juste pour le plaisir du sexe..

Sinon, c’est le prix Médicis, donc c’est bien écrit et les critiques sont bonnes.. J’en ai juste après ces scènes de sexe avec une jeune fille "brillante" parait-il, prof de philo et de 30 ans leur cadette, des scènes qui ne sont là, à mon avis, que pour appâter le lecteur.....

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Melville, Cimino, Coppola et les autres

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 39 ans) - 11 septembre 2019

Le narrateur est un écrivain qui est encore sous le choc de sa lecture de "Moby Dick". Il vient d'écrire le scénario d'un potentiel biopic sur le créateur de cette oeuvre, Melville. Un seul homme a la carrure pour un tel projet c'est Michael Cimino. Il faut donc le rencontrer au plus vite !
A ce projet ambitieux, s'ajoute un voisin impressionnant dont le narrateur a le dalmatien en garde, des problèmes relationnels avec la gardienne de l'immeuble, des rencontres sensuelles et des réflexions passionnantes sur le cinéma.

Je ne connaissais pas cet auteur et je suis entré dans ce roman avec plaisir et curiosité. De nombreuses pages sont consacrées à de courtes analyses du roman de Melville, mais aussi aux films de Cimino et à "Apocalypse now". Raconter certaines scènes visuellement célèbres en littérature se révèle être particulièrement passionnant. Yannick Haenel a tissé un réseau de liens intéressant entre ces films, la chasse, Diane et Actéon et leur symbolique. Toutes les scènes sont construites habilement et convergent vers certaines idées que son personnage véhicule. Le personnage principal confère à certaines œuvres un caractère sacré.L'auteur tisse toute une symbolique autour de la chasse et du cerf. Toutes les références culturelles se rattachent à celle-ci. Il est plaisant de voir comment ce roman est construits et comment les scènes se répondent et entrent en résonance avec le cinéma et la littérature.

Ce roman n'a pas de limite. Yannick Haenel semble capable de tout. Son personnage part aux Etats-Unis et rencontre Michael Cimino qui devient un personnage de roman original. C'est donc sans surprise qu'Isabelle Huppert devient un autre personnage dans une scène réjouissante pour le lecteur. Et puis le personnage boit pas mal ce qui altère sans doute sa perception du réel, perd parfois le contrôle de son existence et se trouve dépassé par des situations burlesques.

Cinéma et littérature s'entrelacent dans ce roman habilement. Je dois reconnaître que le texte de Haenel m'a donné envie de revoir ces films célèbres et ces hypothèses ou interprétations ou élucubrations ont quelque chose d'assez excitant. Un roman original et cinéphile.

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