Maître et serviteur de Léon Tolstoï

Maître et serviteur de Léon Tolstoï
( Hozâin i rabotnik)

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Sido, le 22 mai 2004 (Grenoble, Inscrite le 26 janvier 2004, 62 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (289ème position).
Visites : 7 391  (depuis Novembre 2007)

Humanité

Vassili Andréitch, riche marchand se rend à Goriatchkino, chez un propriétaire, pour négocier l’achat d’une forêt qu’il convoite depuis longtemps. Nous sommes en 1870, au lendemain des fêtes de la saint Nicolas, l’hiver bat son plein. Vassili se prépare à partir. Sur les conseils de sa femme, il emmène avec lui son ouvrier agricole, Nikita, homme bon, toujours au service des autres, de caractère heureux, même si, quelquefois, sous l’emprise de l’alcool, il se laisse aller à quelques querelles.
Vassili et Nikita, après avoir attelé l’étalon Moukhorty au traîneau, partent dans le vent et la neige. Les deux hommes, vont, au cours de ce terrible voyage dans une nature en proie à la furie de l’hiver, apprendre leur fraternité. Vassili, orgueilleux, fourbe, toujours satisfait de lui même, à l’esprit continuellement habité par le soucis de ses affaires, ne voyant en Nikita qu’il méprise, qu’un être sans intelligence, seulement utile, fera preuve d’une humanité dont on le croyait incapable. Nikita, homme à la sagesse intuitive, profondément asservi et résigné, « il était habitué depuis longtemps à n’avoir de volonté que celle des autres. » mais conscient de la fourberie de son maître restera serein jusqu’au bout.
Tout au long de ce récit, règne l’implacable hiver russe qui torture la nature et les hommes. Seul répit dans cet enfer, l’isba, avec sa vie chaleureuse, et le thé brûlant que les femmes préparent. Mais, en vain. l’obstination de Vassili et la résignation de Nikita les conduiront vers l’irrémédiable.

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10 étoiles

Critique de Shelton (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 61 ans) - 5 juin 2011

Il y en a encore pour s’interroger sur l’utilité de faire lire les classiques, les grands classiques, aux jeunes… Dans les débats qui s’instaurent entre parents, enseignants, experts de toute nature, on entend des inepties comme des lapalissades : tout cela ne sert à rien, il y a mieux à lire, je n’y jamais rien trouvé pourquoi obligerais-je mon enfant à lire un « truc » pareil, c’est trop long, écrit dans une langue d’un autre siècle… et j’en passe des meilleures, des plus sottes et certainement des plus pertinentes !

Lors de ces débats sans fin, auxquels vous avez certainement participé, je suis toujours surpris par deux questions. La première suscitée par le bon sens, comment se fait-il que des œuvres qui seraient si mauvaises et si illisibles étaient quand même venues jusqu’à nous ? Ceux qui nous ont précédés seraient-ils d’une telle bêtise ? La deuxième, fruit de mon expérience personnelle, comment se fait-il que nous prenions plaisir à lire ces classiques dès que nous sommes sortis du cycle scolaire, dès que ce n’est plus obligatoire ?

Certains commencent à se demander où je vais… C’est simple ! Je suis persuadé que notre enseignement de la langue française s’est fourvoyé. On confond depuis trop longtemps, langue française, plaisir de lire et littérature. Langue française car nous devons maîtriser au mieux notre langue pour communiquer avec les autres, utiliser toutes les subtilités linguistiques à notre disposition pour exprimer tous nos sentiments, tous nos ressentis en respectant chacun de ceux qui nous entourent. On constate, bien souvent, que les tensions et les conflits naissent d’une mauvaise utilisation des mots, d’un vocabulaire trop restreint…

Mais, dans un deuxième temps, dès que nous savons lire, comme le dit très bien Pennac, il faudrait que l’on nous montre la nature du plaisir de lire. Ce n’est pas en mettant en main certains classiques à des jeunes de sixième que l’on risque de provoquer ce déclic. A titre personnel, il a fallu une immobilisation prolongée suite à un accident pour que je prenne un livre et découvre ce plaisir. J’étais en quatrième et il s’agissait d’un roman policier d’Agatha Christie… Enfin, la littérature est une science plus complexe qui devrait se limiter pour tout le monde en une façon de faire comprendre aux jeunes que d’autres femmes et hommes nous ont précédés, ont pensé, raconté, vécu en humains et que cette expérience que l’on retrouve dans des livres mérite largement notre attention. Il ne faut donc pas se précipiter sur tout à la fois, garder certains auteurs pour une maturité certaine, ne pas vouloir faire des machines à avaler systématiquement tout et n’importe quoi… La littérature doit avoir son temps pour arriver jusqu’à nous.

J’en arrive à Léon Tolstoï. Quand j’étais plus jeune, on a essayé de me plonger plusieurs fois dans la littérature russe sans jamais me donner les bonnes clefs. Comment vouloir lire avec plaisir ces auteurs slaves sans rien connaître des Slaves, de la « slavitude » ? Il m’aura fallu du temps, faire du russe, rencontrer des Slaves, voyager en Europe centrale, en Russie, dans les Balkans pour arriver à lire et apprécier Tolstoï, Tchekhov, Tourgueniev…

Regardez cette nouvelle de Tolstoï, Maître et serviteur ! Une petite merveille sur les rapports humains, sur la hiérarchie sociale, sur l’homme face à la vie et la mort, sur l’approche de la mort, sur l’utilité d’une vie humaine… Mais comme il serait difficile de la faire lire dans une classe de collège ! C’est un ouvrage d’adulte, un livre pour appuyer, éventuellement, un cours de philosophie, d’humanisme…

Deux hommes se retrouvent sur un traîneau en pleine tempête de neige, ils doivent se rendre au village où le maître doit faire des affaires. Cette perspective l’aveugle sur la réalité climatique, comme la Perette de Jean de La Fontaine s’imaginant avoir déjà vendu son lait… Le serviteur n’est que serviteur, il n’est pas là pour penser, il doit obéir et subir… les voilà dans la nuit, dans le froid, perdus…

Tolstoï par ses mots crée un thriller avant l’heure. On sait que l’issue ne sera que fatale, on sait que ce froid glacial va transpercer leurs vêtements, les nôtres aussi. Mais page après page on est là à leurs côtés, on voudrait bien les réchauffer mais on n'a plus le temps car nous aussi le froid nous a envahis et nous commençons à nous demander comment nous allons mourir, quelle sera notre dernière pensée, notre dernière réaction…

Que dire d’autre ? Que ce texte est sublime ? Qu’il touche à l’absolu après nous avoir fait croire à un simple fait divers ? Qu’il s’agit bien là d’un texte littéraire d’une qualité incroyable ? Oui, tout cela et probablement encore beaucoup plus !

Il est vrai que je suis complètement acquis et depuis très longtemps à la littérature slave, mais quand même, je crois que ceux qui n’ont jamais essayé d’en lire devraient tenter leur chance avec cette grande nouvelle accessible à tous et existant dans une collection qui rend populaire des grands textes validés par le temps et qui peuvent nous apporter beaucoup : bonheur, plaisir, réflexion, bonne dose d’humanisme, expérience…

A vous de jouer !!!

N’ayez pas peur

10 étoiles

Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 17 octobre 2009

C’est rare, une œuvre qui parle avec autant de justesse de la mort. Un grand classique, simple et profond à la fois.

la rédemption !

10 étoiles

Critique de Prince jean (PARIS, Inscrit le 10 février 2006, 43 ans) - 13 octobre 2008

hors l'ambiance d'hiver russe, les odeurs et le charme de l'éternelle Russie, c'est une nouvelle philosophique ,religieuse et universelle que nous offre Léon Tolstoï.

c'est une course, la nuit, sous la neige, de deux hommes. une course qui symbolise la vie, celle qu'on croit tenir et qu'on a déjà perdu.
tout le long de la lecture, j'entendais Goethe ; Wer reitet so spät durch Nacht und Wind?


Le mort entrera dans la vie éternelle en se dépossédant de ce qu'il est, au point de ne plus se comprendre tel qu'il fut .
c'est une démarche seule et silencieuse. Il lutte avec le froid, sa peur et lui-même. Son compagnon semble dormir et le cheval a fui.

alors, en paix avec lui-même, il s'allonge et dis : 'Je viens, Je viens, crie tout son être plein d'une allégresse attendrie' .
cela m'a fait penser à la fin de 'Saint Julien l'hospitalier' (Flaubert).

l'on sait qu'à l'époque ou Léon Tolstoï écrivit ce roman, il s'était converti du fond du coeur au Christ. Difficile de ne pas y voir un enseignement de Saint Paul lorsque Le maitre prend la place du serviteur. c'est alors que le maître se faisant serviteur devient l'image de l'unique Maître. quoi de plus chrétien ?

Cette nouvelle comme la précédente 'la mort d'Ivan Illitch' m'interroge sur mon attitude au moment de mourir.

aurai-je peur, comme Mère Marie du Dialogue des Carmélites (Bernanos) ou Ivan Illitch, qui passe 3 jours à Hurler, refusant de quitter ce monde, ou bien m'abandonnerai-je à la douceur paternelle de Dieu ?

Un immense petit livre

10 étoiles

Critique de Fee carabine (, Inscrite le 5 juin 2004, 43 ans) - 7 novembre 2004

Un très beau tableau de la vie de la campagne russe, engourdie sous la neige, et surtout une admirable réflexion sur la mort et le sens de la vie. Oui, "Maître et serviteur" est tout cela à la fois. Sido, Sibylline et Saule ont déjà très bien parlé de ce livre, et je ne peux que joindre ma voix à leur choeur de louange.

"Maître et serviteur" est une admirable méditation sur la mort, qui se singularise par la sérénité et l'espoir qui s'en dégagent. La sérénité de Nikita qui prend la forme du fatalisme lorsqu'il répond à son maître qui lui demande s'ils ne risquent pas de mourir de froid: "Peut-être. Que veux-tu, on n'y peut rien", ou tout simplement de l'acceptation "Mourait-il ou s'endormait-il? Il ne le savait; mais il se sentait également prêt à l'un et à l'autre." Nikita est prêt à accueillir la mort, Vassili, lui, n'est pas prêt à l'affronter, lui qui ne pense qu'à ses affaires. Mais lorsque l'idée de la mort commence à faire son chemin dans l'esprit de Vassili, celui-ci découvre la fraternité humaine, et c'est un espoir qui surgit au lieu du désespoir et de la solitude que Tolstoï avait si bien décrit dans "La mort d'Ivan Ilitch".

Une vraie merveille en effet!

Vanité des vanités

10 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 11 août 2004

Je trouve que Tolstoï frise la perfection dans ce court roman (ou longue nouvelle) qui a pour thème la mort. Il est paru dans un recueil comprenant - outre celui-ci - également "La mort de Ivan Ilitch" et "Trois morts". Des trois récits, le plus célèbre est certainement "La mort de Ivan Ilitch", qui contient la plus célèbre agonie de l'histoire de la littérature. Mais mon préféré est pourtant celui-ci, "Maître et Serviteur".

Qu'il nous faille mourir, c’est la seule certitude de notre vie. Pourtant nous vivons comme si nous le savions pas. Mais arrivé au moment où la mort vient nous parler en face, il n'y a plus d'échappatoire. C'est ce que nous montre Tolstoï dans ce récit hallucinant et profondément émouvant nous montre l'attitude de deux hommes, le maître et son serviteur, face à ce terrible moment. Comme Ivan Ilitch, le riche marchand va se rendre compte à ce moment que toute son ancienne vie, tournée vers le profit, n'était qu'une pauvre illusion. Et après la mort ? Tolstoï ne donne pas de réponse, car personne ne peut en donner bien sûr.

Ce texte magnifique nous amène bien sûr à nous poser la seule question qui mérite d'être posée, celle du sens de la vie et de la mort. Mais en outre c'est une évocation magnifique de la campagne russe, de son hiver redoutable, des paysans russes et leur hospitalité. Un ode au courage du serviteur dévoué et sa saine philosophie face à la mort.

C'est une véritable merveille.

Pas beaucoup changé

9 étoiles

Critique de Patman (, Inscrit(e) le 5 septembre 2001, 54 ans) - 31 juillet 2004

La Russie d'aujourd'hui n'a pas beaucoup changé depuis Tolstoï, du moins dans les campagnes et les petites villes de province. Un proverbe russe moderne dit : "Moscou n'est pas la Russie"... et c'est bien vrai (tu verras, les Russes adorent les proverbes). J'y suis allé une dizaine de fois ces dernières années (dans des régions parfois reculées à vrai dire), l'accueil russe est quelque chose d'inimaginable par sa chaleur, même - ou surtout - l'hiver ! Bon voyage.
Bonne idée en tout cas de lire Tolstoï avant de partir... Une fois sur place, lis Dostoïevski à Petersbourg ou Boulgakov à Moscou et Kiev. Depuis quelques années, on organisme aussi des reconstitutions de la bataille de Borodino en septembre (les Français l'appellent la bataille de la Moskova)... un beau spectacle à voir à 200 km de Moscou.

l'hiver russe

8 étoiles

Critique de Sibylline (Normandie, Inscrite le 31 mai 2004, 66 ans) - 30 juillet 2004

J’ai lu Tolstoï parce que j’allais en Russie. C’est bête. Je suppose que c’est comme si un étranger lisait Balzac avant de venir en France. Cela ne le renseignerait guère sur le Français actuel. Mais d’un autre côté…ce n’est pas bête de lire Balzac, ou Tolstoï. J’ai donc bien fait.
Pour les auteurs russes, j’étais restée sur une cuisante défaite, pour cause de confusion irrémédiable du nom des personnages, leurs prénoms et de leurs déclinaisons. C’est vous dire ma culture en ce domaine. J’ai donc prudemment choisi un ouvrage court.
Nouvel essai : Tolstoï. Je commence avec « Maître et serviteur ». Je suis tout de suite sous le charme de « l’âme russe ». Les « mon petit pigeon », les « ma chère âme » m’enchantent. J’aime le thé. J’aimerais sûrement les isbas si je les connaissais, et je vois bien que les Grognards de Napoléon n’avaient pas leur chance dans ces hivers que les autochtones eux-mêmes respectent.
Je parviens, je ne sais par quel tour de force à m’identifier aux deux personnages antagonistes. Je suis Nikita, l’exploité, qui parle aux animaux comme aux gens, mais je suis aussi Vassili, l’exploiteur, qui a gagné de ses mains, de sa dureté et de ses efforts tout ce qu’il possède… et ce n’est pas rien. Ainsi, forcément, je meurs et ainsi, forcément, je survis.
J’aime beaucoup l’écriture de Tolstoï. Son style fluide qui raconte, suit son fil et progresse inexorablement dans son récit, sans rien laisser dans l’ombre.
Les réflexions, sur la valeur que chacun peut accorder à sa vie (parfois pour changer d’avis presque tout de suite, comme Vassili) m’ont beaucoup intéressée.


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