4 3 2 1 de Paul Auster

4 3 2 1 de Paul Auster
(4 3 2 1)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Tanneguy, le 27 janvier 2018 (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 79 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (20 676ème position).
Visites : 1 442 

Une quadruple saga...

Dans les premiers jours du XXème siècle un immigrant juif venant de Russie/Pologne débarque à Ellis Island ; un compagnon lui conseille d'oublier son patronyme peu compréhensible par les Américains et de déclarer s'appeler plutôt Rockefeller par exemple, ce qui pourrait lui porter chance. Mais arrivé devant le fonctionnaire qui lui demande son nom, c'est le blanc total et il s'exclame, en yiddish naturellement, "J'ai oublié" ce qui est interprété phonétiquement comme "Isaac Ferguson". Personne ne démentira ! Trois quarts de siècle plus tard, son petit-fils nommé Archibald Isaac Ferguson découvre l'anecdote qui fait partie de la tradition familiale et il réalise combien sa vie aurait pu être différente si... D'ailleurs des choix multiples se sont présentés ultérieurement qui ont fini par façonner sa propre histoire.

Ecrivain débutant en recherche d'un sujet de roman, il décide de s'attaquer à sa propre biographie, mais en y adjoignant celle de trois autres Fergusson tels qu'ils auraient pu exister avec des choix différents : ce sont 1,2,3,4. c'est un exercice de style original et intéressant avec quelques contraintes pratiques comme l'obligation de faire disparaître 3 des 4 personnages principaux avant la fin du récit pour en respecter la cohérence ! Le lecteur est soumis à une gymnastique intellectuelle récurrente, mais il l'acceptera volontiers en découvrant de multiples personnages, et en (re)découvrant l'histoire américaine de cette période particulièrement riche que Paul Auster dissèque brillamment (on lui pardonnera sa partialité...).

Il ne faut pas être effrayé par les 1000 pages du texte ; pour les étourdis, l'auteur ( Ferguson ou Paul Auster ? ) rappellera les règles du jeu de ce roman, ce fut utile pour ce qui me concerne

Bravo l'artiste !

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4 3 2 1... partez !

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 58 ans) - 4 juillet 2018

4 3 21 … partez !


Mais bon sang quelle mouche a donc piqué Paul Auster ? Se lancer dans une telle aventure sans filet, il fallait oser.
Donc un petit garçon de 5 ans (Fergusson décliné sous toutes les formes) qui comprend déjà qu’il existe deux royaumes : celui du visible et celui de l’invisible et que parfois les choses que l’on ne peut pas voir sont plus réelles que les autres.
Autre message reçu et compris par ce petit bout d’homme : la vie comporte beaucoup de faux départs et il faut faire avec !
Et voilà notre diable d’auteur qui reprend quatre fois la vie de ce petit américain, juif des années 60.
A chaque vie un détail fera basculer son existence. Comme chacun de nous, des choix, des indécisions mais aussi le hasard que certains nomment « destinée » forgeront sa vie.
Ses quatre vies seront baignées de l’air agité de l’époque ; Kennedy sera assassiné, Martin Luther King aussi, Johnson le président prometteur s’englue dans une guerre au Vietnam qui divise l’Amérique en deux clans, les droits civiques s’enlisent… tous ces thèmes chers à Paul Auster s’imbriquent parfaitement et le roman suit fidèlement l’évolution à travers les vies multiples de Fergusson. Et puis d’autres sujets : la littérature américaine, le basket, le base-ball, les relations filles-garçons dans ces années pudiques, l’homosexualité honnie, cachée, tue, bannie !
Dans ses quatre vies, Fergusson mourra deux fois la première sous un orage et la seconde un jour de grand fog à Londres. Les anglais entretiennent sans doute un commerce intime avec les nuages et le jeune écrivain n’y était sans doute pas préparé… et puis ces voitures qui roulent dans l’autre sens, c’est vraiment déroutant !

Qu’en penser ? Un livre gros comme deux briques terca, long comme un jour sans vin, avec des passages éprouvants pour les nerfs du lecteur mais quand même du grand Auster, sans doute pas le meilleur, certainement le plus difficile, le plus abouti. Un travail acharné, un choix des références qu’on peut qualifier de titanesque. Un livre à lire pour celui qui y arrive et à oublier pour ceux qui n’ont pas pu y entrer.
Le temps de celui qui aime lire est compté ! Ne l’oublions pas et s’obstiner à se forcer sort de la mission première de la littérature… le plaisir.

Dispensable

5 étoiles

Critique de Ludmilla (Chaville, Inscrite le 21 octobre 2007, 63 ans) - 13 juin 2018

Autant j’avais apprécié d’autres romans de Paul Auster (Le voyage d'Anna Blume, Moon Palace, Sunset Park,…), autant j’ai été déçue par celui-ci.
L’idée de base est pourtant excellente : « un livre sur quatre personnages identiques, mais différents portant tous le même nom ». Un bémol toutefois, les « chemins » différents qu’empruntent les 4 Ferguson ne sont pas dus à leurs choix, mais à ceux de leur père…

Un début difficile : j’ai dû relire plusieurs fois les toutes premières pages avant de me décider à prendre des notes pour m’y retrouver parmi tous les personnages.

Beaucoup trop long, beaucoup trop de pages sur les errances sexuelles des 4 versions de Ferguson adolescent…

De très bons passages sur les magasins de ses parents, l’histoire des Etats-Unis dans les années soixante (la conscription pour la guerre du Vietnam, les émeutes raciales,…) mais ça ne suffit vraiment pas.

L'univers des possibles

8 étoiles

Critique de ARL (Montréal, Inscrit le 6 septembre 2014, 32 ans) - 7 mars 2018

J'ai mis un mois à lire le dernier Paul Auster, un pavé de 1015 pages en grand format, de loin le plus long de l'écrivain qui nous a habitué à des romans plutôt courts. J'ai tenu pour acquis que c'était probablement son œuvre maîtresse, un livre dans lequel il allait reprendre pour une dernière fois ses thèmes de prédilection, une somme, un roman-fleuve, bref mes attentes étaient grandes. Je termine ma lecture un peu épuisé, avec l'impression que dans un sens, c'était beaucoup de mots pour pas grand-chose.

Difficile de parler de "4321" sans vendre la mèche donc je me contenterai de suggérer à d'éventuels lecteurs de ne pas s'attendre à être renversés par le concept. Quatre fois le même personnage, quatre versions de la vie d'Archie Ferguson, présentées de manière intercalée (1.1, 1.2, 1.3, 1.4, 2.1, ainsi de suite). Il est possible de lire le roman de façon linéaire, en passant directement de 1.1 à 2.1 et en continuant ainsi, mais je pense que ça ne rendrait pas justice au projet de Paul Auster, qui tente essentiellement de fractionner une vie en quatre possibilités qui doivent être abordées sur le mode de la comparaison.

Auster utilise plus ou moins les mêmes personnages dans les quatre récits. Amy, par exemple, peut être la copine de Ferguson dans une version, alors qu'elle est en couple avec Luther dans une autre version. Ce qui veut dire qu'il faut démêler non seulement les Ferguson, mais l'ensemble de la galerie de personnages. J'ai abandonné après un certain temps en me contentant de laisser le roman m'emporter et je pense que l'intérêt se situe justement dans cette expérience de flou et de laisser-aller.

Je réalise que ça peut sembler compliqué pour rien, mais la plume d'Auster est fluide et sans prétention. La lecture est facile, sans grande lourdeur, les personnages sont pour la plupart attachants et il y a assez de rebondissements pour soutenir l'intérêt. Mais je suis obligé de dire qu'Auster s'est un peu écouté parler, ou je suppose qu'il s'est regardé écrire? Le troisième quart du livre est truffé d'interminables "compte-rendus" sur la politique étudiante des années 60 où l'auteur semble recracher sa recherche plutôt que de développer son histoire. Ceux et celles qui ne sont pas passionnés par le monde de l'édition et par les souffrances de la création d’œuvres littéraires vont peut-être aussi soupirer devant le nombre de pages qui y sont consacré.

Dans l'ensemble, "4321" est un roman plutôt solide, mais qui demande un peu plus d'investissement qu'il ne rapporte. Quand je disais plus haut qu'il ne fallait pas s'attendre à être renversé par le concept, c'est surtout par ce qu'Auster choisit d'en faire dans les dernières pages. Inutile d'en dire plus, mais disons simplement que les fruits de cette longue lecture sont loin d'être récoltés en fin de parcours. La destination, c'est le trajet.

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