Une histoire des abeilles de Maja Lunde

Une histoire des abeilles de Maja Lunde
(Bienes Historie)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Bafie, le 3 décembre 2017 (Inscrite le 19 juillet 2004, 56 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 084ème position).
Visites : 646 

Requiem pour les abeilles, requiem pour l'humanité.

Angleterre, 1851. Ohio, 2007. Chine, 2098.

Trois périodes, trois régions, trois familles.

Ce livre se construit sous forme de trois chroniques familiales.

Angleterre 1851, William apiculteur, développe des recherches à propos des abeilles ; la nécessité de nourrir sa famille l’a contraint à renoncer à une carrière scientifique, il s’en languit.
Son fils le désespère, son épouse n’est d’aucun soutien. Heureusement sa fille Charlotte partage sa passion pour les abeilles et cela le maintient en vie.

Ohio, 2007. George, apiculteur a le cœur brisé à l’idée que son fils ne reprenne pas l’activité familiale. De plus un mal étrange frappe ses ruches : le syndrome d’effondrement.

Chine 2098 : Tao et Kuang, leur fils Wei-Wen vivent sous l’emprise d’une dictature où chacun est surveillé. Même les enfants sont réduits à travailler très jeunes pour assurer la subsistance du peuple. L’atmosphère est glaçante. On aurait peur de vivre de pareille manière. C’est dans cette époque que le suspense est le plus prenant, dès les premières pages du récit, on a envie de savoir.

Les trois récits s’entremêlent et, en même temps, ils sont clairement identifiés, donc aucune difficulté à suivre la progression du récit.
Chaque lieu, chaque époque sont minutieusement décrits, nous donnant à voir l’ambiance du village rural anglais et d’une de ses familles, à saisir les paysages de l’Ohio et la vie de ses grandes exploitations et à frémir sous les dictats de la commissaire suprême.
La plume de Maja Lunde fait ressentir les ambiances, crée les images tant ses descriptions sont riches, elle dissèque les rapports entre les protagonistes tel un entomologiste décrirait l’organisation d’une ruche.

Dans les deux premières périodes, Maja Lunde retrace de manière extrêmement bien documentée l’histoire de l’apiculture, de ses développements. La troisième période est une dystopie, donnant à voir une évolution de l’humanité qui nous glace les sangs car elle est malheureusement, vraisemblable.
Le livre de Maja Lunde résonne comme une mise en garde… saurons nous l’entendre ?

Ce livre a suscité l’envie d’approfondir mes connaissances en apiculture, un domaine qui déjà me fascinait. En sera-t-il de même pour vous ?

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Des abeilles et des hommes

8 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 62 ans) - 1 septembre 2018

Souvent, quand il est question des menaces qui pèsent sur les abeilles en provoquant leur surmortalité, revient, sous la plume des commentateurs, la fameuse citation selon laquelle « si l’abeille disparaissait du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre ». Cette phrase étant attribuée à Einstein, le lecteur est évidemment incité à la prendre très au sérieux. Sauf que le célèbre physicien, qui n’avait sans doute pas de compétence particulière dans les questions d’écologie, n’a jamais ni prononcé ni écrit cette phrase. Beaucoup plus intelligemment, plutôt que d’adhérer sans y réfléchir à la teneur de cette pseudo-citation, la romancière norvégienne Maja Lunde a enquêté et s’est informée auprès de personnes qualifiées afin de rédiger un roman dont la lecture est à la fois instructive et passionnante. Un triple récit, en vérité, qui ne néglige aucun des signaux d’alarme environnementaux (dont l’effondrement des colonies d’abeilles qui en est, en quelque sorte, l’archétype) risquant de compliquer drastiquement la vie des humains sur la terre, mais un récit qui, subtilement, ne cède pas totalement au catastrophisme, un récit qui ménage donc (je le dis sans en révéler la nature) une lueur d’espoir.
Triple récit, écrivais-je, car la romancière a réussi le pari audacieux d’imbriquer trois histoires dans son ouvrage, mais trois histoires dont on découvre, au fil des pages, que, même si elles semblent éloignées les unes des autres à la fois dans le temps et dans l’espace, elles n’en possèdent pas moins des liens ou, si l’on préfère, des dominateurs communs, le plus important relevant de l’apiculture, l’autre étant du domaine de la transmission.
Trois personnages supervisent chacun des trois récits. William est le premier dans l’ordre chronologique : il vit en Angleterre en 1851, aux côtés de sa femme Thilda qui lui a donné une ribambelle de filles (qu’il peine à distinguer les unes des autres) et un garçon, Edmund, sur qui il fonde beaucoup d’espoir. Se relevant péniblement d’une dépression, l’homme vit chichement d’un commerce de grains mais, surtout, sous l’égide de son mentor Rahm, se passionne pour l’apiculture, cherchant à inventer de nouvelles méthodes de travail avec, pour objectif principal, la construction d’un nouveau type de ruches, des ruches « dont on pourrait ôter les rayons sans devoir tuer les abeilles ni même troubler leur repos », mais sans savoir, qu’au même moment, en Amérique, un certain pasteur Langstroth exécute le même genre de recherches.
Le deuxième récit, dont le narrateur se prénomme George, se déroule en 2007 aux Etats-Unis, dans l’Ohio. George, qui est marié à Emma, est le père de Tom, un étudiant qu’il va chercher à la gare au début du roman, dont il découvre bientôt qu’il est devenu végétarien et, surtout, à qui il espère transmettre sa ferme et sa passion pour l’apiculture, le problème étant que le jeune homme, lui, de son côté, caresse d’autres ambitions. Mais le pire arrive à George lorsque, plus tard, il découvre, impuissant, qu’une bonne partie de ses ruches se sont vidées de leurs occupantes. Lui, qui espérait en être préservé, assiste à ce désastre de la disparition pure et simple des abeilles.
Le troisième récit, enfin, nous transporte dans un futur relativement proche. Tao, la narratrice, est chinoise et son histoire se déroule en 2098. La jeune femme, comme beaucoup de ses consoeurs, est contrainte de travailler dans les vergers afin de polliniser manuellement les arbres fruitiers, les insectes qui faisaient cette besogne s’étant totalement évanouis. Mais le drame, pour son mari Kuan et, plus encore, pour elle, c’est ce qui survient à leur fils Wei-Wen, retrouvé inconscient, victime d’un mal étrange et inexpliqué. L’alerte aussitôt donné, les autorités du pays subtilisent l’enfant et établissent un périmètre interdit autour du lieu où celui-ci a été retrouvé. S’engage alors pour Tao, en mère qui ne peut se contenter d’attendre d’hypothétiques nouvelles, une quête éperdue afin de savoir où a été emmené son fils et ce qui lui est arrivé, quête qui, passant par Beijing, la conduit de surprise en surprise et, étrangement, lui fait même repérer la trace de William, le narrateur du premier récit dans l’ordre chronologique.
Je n’en dis pas davantage pour ne pas dévoiler les intrigues des trois histoires entrecroisées et qui, étonnamment, comme je viens de l’indiquer, se rejoignent et se répondent. Construit avec art et habileté, ce roman non seulement tient en haleine, non seulement diffuse un enseignement sur la vie des abeilles et sur l’apiculture, mais aussi conduit inévitablement le lecteur à se coltiner quelques redoutables questions. Qu’adviendra-t-il si, comme le suppose le roman en s’appuyant sur beaucoup de signes alarmants de notre actualité, les insectes pollinisateurs en viennent à disparaître de la surface de notre planète ? Faudra-t-il polliniser à la main, comme le fait Tao dans le roman ? Trouvera-t-on d’autres solutions pour pallier le manque d’insectes ? Quoi qu’il en soit, ce qui est sûr, c’est que, avant qu’il ne soit trop tard, il faudrait mettre tout en œuvre pour enrayer, voire stopper, le déclin des colonies d’abeilles. Un déclin qui pourrait devenir un effondrement planétaire, comme l’imagine la romancière, ce qui entraînerait un vrai désastre. Autrement dit, c’est aujourd’hui qu’il faut agir !

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