La reine des Spagnes de Armel Job

La reine des Spagnes de Armel Job

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Catinus, le 30 octobre 2017 (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 69 ans)
La note : 9 étoiles
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Tout simplement délicieux !

L’histoire se déroule dans un village de l’Ardenne belge, Les Spagnes, à la fin des années ‘50. C’est un gamin, Octavien, qui raconte la vie quotidienne de là-bas, de ce temps-là, avec ses petites joies mais également les soucis, les petits drames.

Tout simplement délicieux !
Et il y a des perles, comme ce qui suit …


Extraits :


- Ca relève de la même logique qui nous interdit l’usage du wallon. Mes parents appartiennent à une génération qui a sacrifié sa culture dans l’idée qu’elle était condamnée et qu’il fallait céder à plus puisant. C’est sans doute ainsi que les Gaulois ont un jour querellé leurs enfants qui parlaient celte. Le latin était trop fort.

- Euloge et Palmyre ont quatre enfants : Bastien, Léontine, Augustine et Olivier. Olivier est venu dix ans après les autres. Un « retrouvé », comme on dit.

- C’est ainsi qu’on dit aux Spagnes quand le malheur écrase quelqu’un. Il a vu les sept croix. Il faut la mort pour qu’on fasse le compte.

- A la campagne, le marchand de vaches représente la figure même du capitaliste. C’est l’homme qui vit de l’argent. Il spécule. Le marchand achète la vache au prix le plus bas. Il la laisse chez le paysan jusqu’au jour convenu, qui est celui du marché ou celui où il a trouvé un acheteur. Il vient chercher la vache pour la revendre plus cher. Il la fait monter dans la bétaillère à coups de trique. Elle glisse sur les genoux. Elle gémit et regarde le paysan avec ses gros yeux étonnés. Le paysan tourne la tête. Le marchand a bien une petite étable pour les cas de force majeure, mais la bête n’est que de passage. Il ne la connaît pas. Il achète et il vend : c’est tout.
Le fermier aime les vaches. Il leur donne un nom : Blanchette, La Bleue, Charmante, Mazette. Il les nourrit, les soigne, se relève la nuit pour les vêlages. La marche n’est pas une marchandise pour lui. C’est quelqu’un ou presque. Evidemment, il faut bien vivre et quelquefois se séparer de la vache.
Si le fermier est riche, c’est comme un aristocrate. Il est riche de larges terres, de gras bétail, de régiments d’épicéas. Il n’est pas riche de billets de banque, comme le marchand de vaches.



- Tous les jours à 7 heures, il s’agit d’être à l’église. Les garçons servent la messe à tour de rôle. Comme on est nombreux, il y a toujours cinq acolytes. Deux devant, sur la première marche de l’autel et trois derrière.
On commence sa carrière à l’arrière gauche. C’est le plus facile. On reste à genoux toute la messe, sauf si le curé prêche. Alors, on suit les grands dans les stalles. Avec l’âge, on passe à l’arrière droit. On a la garde de la boite à encens et on suit l’arrière-centre quand il va ouvrir l’encensoir devant l’officiant. Si tout va bien, on est promu à l’avant. Là, c’est le plus difficile. Il faut connaître en latin les « répons » qui ouvrent toutes les messes.
- Ad Deum qui laetificat juventutem meam.
C’est long et indigeste. Le Confiteor est particulièrement périlleux. On dit bien fort les premières syllabes, puis on marmonne à toute vitesse un charabia parsemé de « us » et de « um » pour terminer par un « orare pro me ad Dominum Deum nostrum » net et bien articulé.
A l’avant, on fait tout en parallèle, mais le servant de droite à un avantage : il tient la sonnette. C’est donc lui qui vient de suite après le prince des acolytes, l’arrière-centre. L’arrière-centre manie l’encensoir. En semaine il ne fait rien. Il s’ennuie avec ses deux comparses et souvent, sous la soutane, il laisse tomber le derrière sur les talons. Mais le dimanche, c’est son jour de gloire. Avant l’office, à la sacristie, il allume les braises qu’il dépose dans l’encensoir. Il reste debout presque toute la messe et, pour maintenir le feu, il agite son instrument comme le balancier d’une horloge. A l’instant opportun qu’il devance de quelques pas, il s’approche du prêtre, ouvre la gueule de l’engin qui disparaît dans le brouillard des fumigations, puis encense copieusement le curé en faisant tinter en cadence les chaînes sur le fourneau. Il rentre et sort de la sacristie sous les yeux envieux des autres. Suprême passe-droit : pendant que le curé prêche, il se lève majestueusement de la stalle au moment qu’il décrète et s’éclipse à la sacristie pour ranimer la braise. Si ça lui chante, il sort de la sacristie pour aller pisser. Aucun fidèle, pas même le curé, ne jouit d’une pareille liberté. C’est la prérogative de l’encenseur.

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