Bakhita de Véronique Olmi

Bakhita de Véronique Olmi

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Bernard2, le 10 octobre 2017 (ARAMITS, Inscrit le 13 mai 2004, 68 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 311ème position).
Visites : 313 

Horreur de l'esclavage

Histoire partiellement authentique, partiellement romancée, d'une soudanaise née au milieu du XIXème siècle. Encore enfant, elle est enlevée pour devenir esclave. Vendue, revendue, violée, frappée, elle connaît la plus ignoble des conditions, n'est plus rien (elle ignore même son vrai nom).
Elle quittera le Soudan pour l'Italie où, alors libre, elle devient religieuse. Son action, son dévouement aux autres la conduit jusqu'à la canonisation par le pape Jean-Paul II en l'an 2000.
Un style alerte, déroutant parfois, mais jamais ennuyeux. On passe d'une violence insoutenable à des élans de tendresse, tant le personnage de Bakhita est attachant et émouvant.
Un livre magnifique, mais qui ne plaira peut-être pas à tout le monde.

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De l'esclavage à la sainteté

10 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 53 ans) - 17 octobre 2017

Véronique Olmi nous conte l'histoire bouleversante de Bakhita. Une femme au destin incroyable.

Née en 1869, elle a 7 ans lorsqu'elle est razziée dans son village natal du Soudan. Elle est enlevée par des négriers musulmans. Elle devra endurer l'insupportable, trouvera une énergie et une force pour vivre incroyables. Imaginez, mais c'est presque inimaginable, des conditions de vie innommables, l'isolement, la crasse, la peur, la douleur, les longues marches attachée aux fers. Garder l'espoir grâce à Binah, sa compagne de misère avec qui elle sera vendue. L'espoir par la fuite, l'espoir de retrouver sa soeur Kishmet vendue bien avant elle...

Les coups, la souffrance.. L'arrivée au harem. Elle a moins de douze ans, sort à peine de l'enfance et a déjà tout enduré : torture, scarification, abus et violence, elle a vu des soeurs mourir, périr de souffrances abominables.

Vendue pour la cinquième fois à un consul italien, cette rencontre décisive va changer sa vie et la mener en Italie.

Bakhita c'est le don pour l'autre, elle a une compassion sans faille, elle rencontrera Stefano qui veut l'adopter, lui donner une éducation. Elle ira étudier chez les soeurs Cannassiennes de Venise, elle y rencontrera la foi, "l'illumination".

Celle que l'on nommera "La Moretta" accepte son sort, elle donnera sa vie à Dieu et aux autres. Tour à tour esclave, captive, domestique, religieuse et sainte.

Un destin hors du commun qui nous parle de l'esclavage, de la société, de l'Histoire majuscule avant l'avènement du fascisme, du Duce, des guerres mondiales.

Une plume magnifique, un récit qui se partage en deux parties : Le Soudan, l'enfance et les horreurs subies par la fillette dans le monde de l'esclavagisme et son parcours vers la foi, sa vie de religieuse, dévouée toujours aux autres jusqu'à sa sainteté.

L'écriture est poétique même si la noirceur, la violence de la première partie est parfois insoutenable. La narration est magnifique, une plume très visuelle dégageant énormément d'humanité. Un récit lumineux. C'est sans conteste mon troisième gros coup de coeur de cette rentrée.

Coup de coeur ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

Pour qu'une histoire soit merveilleuse, il faut que le début soit terrible, bien sûr, mais que le malheur reste acceptable et que personne n'en sorte sali, ni celle qui raconte, ni ceux qui écoutent.

Il y aura toujours en elle deux personnes : une à la merci de la violence des hommes, et l'autre, étrangement préservée, qui refusera ce sort. La vie mérite autre chose. Elle le sait.

Elle ne comprend pas la phrase, elle comprend le sentiment. Et c'est comme ça que dorénavant elle avancera dans la vie. Reliée aux autres par l'intuition, ce qui émane d'eux elle le sentira par la voix, le pas, le regard, un geste parfois.

C'était un mystère et un espoir, c'était surtout une envie de vivre encore, l'interstice par lequel passe la dernière force humaine, avec la certitude fulgurante et violente de ne pas être totalement seule.

Pourtant, traitées comme des bêtes, maltraitées par les bêtes, enfermées, piétinées, attachées, leur personnalité, leurs rêves, et même une partie de leur innocence, ce qu'ils sont, demeurent.

La vie était un carnaval aux masques trompeurs, à la joie factice, une fête susceptible de si vite s'interrompre.

C'était un monde clos, peuplé de maîtresses et d'esclaves, toutes vivaient ensemble et toutes étaient captives.

Être nue à Olgossa était aussi naturel que l'herbe dans le vent, être vêtue d'un simple pagne dans la maison du maître est une honte permanente.

Bakhita comprend qu'on peut tout perdre, sa langue, son village, sa liberté. Mais pas ce que l'on s'est donné. On ne perd pas sa mère. Jamais. C'est un amour aussi fort que la beauté du monde, c'est la beauté du monde. Elle porte la main à son coeur, et elle pleure, des larmes de consolation. Elle a si peur de la perdre.


Mais elle ne sait pas écrire. Et tous autour d'elle parlent des langues nouvelles, les mots sont comme les pays sur la carte, changeants et lointains, elle ne peut les relier à aucun des sentiments qui l'habitent, et elle s'isole dans cette incertitude.

L'esclavage ne s'efface pas. Ce n'est pas une expérience. Ça n'appartient pas au passé. Mais si elle a le droit d'être aimée, alors ce jour qui vient est sa récompense. Elle a marché jusqu'à ce jour. Elle a marché des années. Marché jusqu'à el Paron. Pour ne plus jamais obéir à d'autres ordres, ne plus jamais se prosterner devant d'autres maîtres.

Elle a la force maintenant pour aimer les autres. Maintenant que sa vie est dans des mains plus hautes.

Elle voudrait leur dire comme la vie est rapide, ce n'est qu'une flèche, brûlante et fine, la vie est un seul rassemblement, furieux et miraculeux, on vit on aime et on perd ceux que l'on aime, alors on aime à nouveau et c'est toujours la même personne que l'on cherche à travers toutes les autres.

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