Il neigeait de Patrick Rambaud

Il neigeait de Patrick Rambaud

Catégorie(s) : Littérature => Romans historiques

Critiqué par Jules, le 20 janvier 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 74 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 11 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 794ème position).
Visites : 4 328  (depuis Novembre 2007)

Une dramatique épopée !

Avec une superbe écriture et un très grand réalisme, Patrick Rambaud nous montre ce qu’a été la bataille de Russie pour ceux qui l’ont faite, qui ont marché, souffert et gelé.
Ce n'est plus la guerre vue d’en haut par les historiens, mais celle faite par la troupe. Après avoir consulté une montagne de documents, Patrick Rambaud nous livre des faits et non des jugements. Il n’est pas là pour donner un avis sur l'Empereur ou qui que ce soit d'autre. Il est là pour donner des
phrases prononcées, des situations réelles. Tout vient des documents compulsés et recoupés. Ce récit est très enlevé, passionnant de réalisme. Nous suivons tantôt l’Empereur et les maréchaux, tantôt sa suite de secrétaires ou ses cuisiniers, tantôt ses troupes qui marchent, râlent, souffrent, se battent, tombent et gèlent sur place. L’incendie de Moscou est vécu par le menu. Nous croisons même à deux reprises Henri Beyle, un des responsables de l’approvisionnement, qui prendra le pseudonyme de Stendhal quelques années plus tard. Il était déjà présent dans le précédent livre de Rambaud « La Bataille », qui racontait la bataille d’Essling. Nous voyons un Empereur malade, fatigué, mais aussi incroyablement crédule. Il s’imaginait vraiment que « son frère » le Tsar allait signer un traité de paix, alors que Caulaincourt, son ancien ambassadeur en Russie, lui avait toujours maintenu le contraire. Mais Napoléon n’écoute que lui-même et a foi dans son étoile.
La retraite fut un véritable drame. Une armée de 500.000 hommes, dont 350.000 moururent dans l’aventure. Et pourtant… Rambaud nous montre un Napoléon superstitieux et qui constate que tout ce qui était arrivé avant à Charles XII de Suède, également engagé dans une campagne contre la Russie avant lui, se répète pour lui. Pourquoi n'a-t-il pas tiré les leçons de ces mémoires avant de s'engager dans cette aventure ? Parce qu’il était convaincu que cela ne lui arriverait pas, que le Tsar, qui l’aimait, aurait signé une paix.
Nous découvrons un Napoléon qui nous semble naïf a posteriori, mais il est trompé par sa foi en lui et en tout ce qu'il fait. C’est sa sûreté en lui et son manque d'écoute des autres qui le perdent. Des autres qui n’osent d’ailleurs plus lui dire la vérité. Nous sommes ahuris de voir l’Empereur dicter, en plein incendie de Moscou, des ordres concernant le théâtre en France. Et pourtant, comme tout le reste, c’est tout à fait vrai : ce décret portera le nom de « décret de Moscou ».
Un très grand roman historique, merveilleusement documenté jusque dans les moindres faits. Il n’y a quasiment aucune interprétation de l'auteur. Celui-ci se contente de mettre les personnages en scène, de choisir des faits réels qu’il trouve intéressants. Tout amateur d'histoire aimera ce livre qui est très enlevé, très vivant. Tout amateur de roman passionnant l’aimera tout autant.

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4 étoiles

Critique de Chene (Tours, Inscrit le 8 juillet 2009, 49 ans) - 4 octobre 2010

Pour la deuxième fois je relis "Il neigeait" de Patrick Rambaud.
Je voulais relire cet épisode tragique de l'histoire de France, voire même de l'histoire européenne. L'histoire de ces centaines de milliers d'hommes de nationalités différentes qui trouvèrent la mort dans le froid et la faim en marchant perdus dans les gigantesques plaines russes.
Le livre est bien documenté, certes, et parfois intéressant, mais, pourtant surgit une sorte de frustration au cours du roman. Comme l'écrit Saint Jean Baptiste Il manque au récit du souffle, de la passion.... A ce titre je ne suis pas sûr que ce livre reste dans les annales de la littérature et puisse passer l'épreuve du temps.

Quand la vraie Histoire est encore mieux

5 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 83 ans) - 28 septembre 2004

Comme le disent bien les critiques précédentes, ce livre raconte la retraite de Russie au niveau des troupes avec force détails authentiques et ça donne un récit très réaliste.
Mais je partage l'avis de Bolcho quand il dit "Je trouve la tentative peu convaincante. Les personnages sont des prétextes à regard et la mayonnaise n'a pas pris".
Quant au passage de la Bérézina, je trouve aussi comme Bolcho, que Rambaud a voulu corser les choses et que la vérité historique est encore bien plus dramatique.
Dans l'ensemble, comme le dit si bien Saule, ça manque d'un véritable souffle épique et de vraies passions.
Je pense que Rambaud s'est voulu impartial et qu'il s'est basé honnêtement sur des faits authentiques. Mais à la lecture de ce livre beaucoup sont tentés, comme on le voit dans les critiques ci-dessous, de porter un jugement péremptoire sur Napoléon. Or, tout au plus, peut-on juger l'attitude de Napoléon au cours de cette campagne. Rien de plus.
Et encore ! Prenons un seul exemple : on dira Napoléon s'est montré naïf, il aurait dû écouter Caulaincourt. Mais Caulaincourt avait une chance sur deux de se tromper en disant qu'Alexandre ne tiendrait pas parole. C'était son intérêt personnel de parler comme ça à Napoléon. Du reste Alexandre était un personnage trouble, influençable et indécis ; c'était Koutousov en la circonstance qui détenait le vrai pouvoir de décision. Donc si Caulaincourt avait raison, c'était sans argument valable.
Je ne veux pas prendre ici la défense de Napoléon. (Je trouve la période napoléonienne passionnante, mais je laisse tout jugement sur la personne à l'Histoire.) Je veux seulement dire, comme l'affirmait si bien Paul-Henri Spaak, qu'on est toujours malin, après.
Maintenant, quitte à dépasser un peu la critique du livre de Rambaud, je voudrais encore ajouter ceci : ces jugements à l'emporte pièces, quand ils touchent un personnage de l'Histoire ne portent pas à conséquence ; mais quand il s'agit d'un homme actuel, c'est détestable.
Et on voit, comment à partir d'un livre (ou d'un film), qui ne présente que des faits authentiques, mais intentionnellement sélectionnés, on peut faire ou défaire une réputation de la manière la plus malhonnête qui soit.
Au lecteur (ou au spectateur) de ne pas se laisser manipuler.

La Grande Armée et le froid

8 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 39 ans) - 9 mai 2004

Patrick Rambaud poursuit avec "Il neigeait" l'évocation des grands épisodes de l'époque napoléonienne. Il s'attache ici à en décrire un passage moins reluisant : celui de la campagne de Russie. De l'incendie de Moscou jusqu'au passage de la Bérézina.
Là, où dans la bataille l'empereur était décrit comme un grand stratège et un grand meneur d'homme, on le voit ici sous un jour beaucoup plus sombre. Il n'est plus le maître des événements. Il subit la traque de cette armée russe invisible. Un empereur qui accorde aussi beaucoup de foi à la superstition. L'armée fuit dans la campagne russe envahie par le froid. Les hommes gèlent littéralement sur place, ils ont faim. Tels des animaux , certains iront jusqu'au cannibalisme pour survivre à cette marche forcée.
Patrick Rambaud nous raconte une fois de plus le quotidien de ces hommes livrés aux conditions les plus éprouvantes. Comme dans la bataille, on a l'impression de vivre la réalité à leurs côtés, porté par les descriptions de Rambaud. A la fin de la lecture, j'ai été choqué par le fait que Napoléon, après avoir traversé la Bérézina, rentre directement à Paris en héros, laissant la grosse majorité des civils français de l'autre côté du fleuve russe.

Napoléon, un homme aux multiples facettes

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 74 ans) - 28 août 2003

Je voudrais te conseiller, Leura, de lire aussi "La bataille" du même Patrick Rambaud et paru avant "Il neigeait". Nous y assistons à la fameuse bataille d'Essling mais à nouveau au niveau du troupier et non vue d'hélicoptère comme savent si bien le faire les historiens ou les hagiographes. Là, nous voyons ce que peux coûter une victoire !... Tu y retrouveras un Napoléon hésitant mais, surtout, un véritable scandale de propagande qu'il ne manquera pas de faire au moment où son fidèle maréchal Lannes va mourir dans ses bras. Tu y découvriras aussi la véritable nature d'un Masséna. Comme tu le dis si bien, il est assez fascinant de suivre cette histoire vue de plus bas et sur base d'une documentation phénoménale. A l'époque, j'ai eu la chance de faire l'interview de Patrick Rambaud, homme très sympathique par ailleurs, et qui me disait qu'il n'avait rien écrit sans avoir des documents pour attester ses dires. Pour le moment, je suis occupé à lire son dernier, qui vient de sortir, et s'intitule "L'Absent". Les armées alliées occupent Paris, l'empereur est à Fontainebleau et ne pense qu'à rassembler les restes de ses armées, épuisées et non payées depuis des lunes, pour attaquer, reprendre Paris et son pouvoir. Ce livre est tout aussi merveilleusement écrit que les précédents.

La folie d'un homme payée au prix fort par les autres

9 étoiles

Critique de Leura (--, Inscrit le 29 janvier 2001, 68 ans) - 26 août 2003

Ce livre m'a impressionné, tant par la rigueur de sa documentation que par la beauté de son style. C'est à partir du destin de petites gens que l'auteur a choisi de nous narrer ce que j'hésite personnellement à appeler une épopée, tant la réalité y est dépeinte sous ses aspects les plus sordides et les plus atroces. Quant à Napoléon, on est bien loin ici de l'hagiographie habituelle. Certes, il a du charisme vis à vis de ses troupes, surtout de sa garde personnelle, mieux nourrie et mieux payée (comment ne pas faire le parallèle avec la garde républicaine de Saddam Hussein?), mais le confort de sa situation personnelle, alors que ses hommes meurent de faim et de froid autour de lui est assez choquant. De plus, les témoignages de ceux qui l'accompagnaient, notamment Caulaincourt sont formels, il était bien loin d'avoir le génie militaire qu'on lui prête habituellement. On nous le montre indécis, velléitaire, et même vaguement lâche, puisqu'il s'enfuit à Paris dès que les choses tournent mal, en laissant ses troupes sur place sous le commandement du roi de Naples. Comme le relève l'auteur dans sa post-face, Napoléon est l'inventeur de la propagande, c'est lui qui a créé sa légende. Le pont d'Arcole? Il n'y était pas.

Il pleuvait des batailles.

6 étoiles

Critique de Bolcho (Bruxelles, Inscrit le 20 octobre 2001, 71 ans) - 21 juillet 2002

Toujours cette difficulté (comme dans « La Bataille » de même auteur, et comme dans « La débâcle » de Zola), cette gêne constante qui handicape ce genre de bouquin : comment concilier l'informatif, le journalistique, le didactique même parfois, et le roman, le souffle, le dépassement de l'événement. Comment, en quelque sorte, faire que le récit romanesque évoque plus de choses qu’il n'en dit, tendant même à l’universel si possible de manière à retentir en chacun des lecteurs en écho à son histoire, et comment en même temps rendre compte de la réalité de faits historiques ? En ce qui me concerne, je trouve la tentative peu convaincante. Les personnages n'acquièrent pas de dimension qui les élève au-dessus du statut de « prétextes à regard » : on en met un devant, un derrière et un au milieu pour avoir une vision de l'ensemble de la retraite. Bref, on voit la trame sous la couche de peinture, on a un œil sur la cuisine où le gâte-sauce manie la crème fraîche à la louche, on nous montre les tuyaux à l'extérieur du bâtiment comme à Beaubourg. Ce n'est pas forcément rédhibitoire, on peut aimer bien sûr, mais, pour en revenir aux images de cuisine, le jaune d'œuf, la moutarde et l'huile restent séparés : la mayonnaise n'a pas pris. Et pour ce qui est de la description précise de l'événement, d’autres l'ont fait avant, avec la même précision : ce n'est pas vraiment une première. Un détail étonnant ne se trouve pas dans « Il neigeait ». De nombreux témoins affirment qu'ils ont traversé les fameux ponts de nuit ne croisant que l'un ou l'autre pontonnier commis à la surveillance des ouvrages. Et cela pendant deux nuits de suite. La nuit, on dort et on se chauffe aux feux des bivouacs. Ou, plus bêtement aussi, on est trop loin encore des ponts, dans la foule entassée sur la rive gauche, et l'on ne se rend pas compte du fait qu'on pourrait enfin passer sans encombres. Pourquoi Rambaud n'utilise-t-il pas ce détail ? Je ne sais pas. Par ailleurs, il décrit fort bien cet autre phénomène de foule aberrant : sur la foi d'un vague on-dit, des milliers de gens quittant la proximité des ponts pour en chercher d’autres en amont…qui n’existent pas. Bon. Patrick Rambaud nous a fait la bataille d'Essling et la retraite de Russie. On dit qu'il prépare un livre sur chacune des batailles de « Qadesh » à « L'îlot du Persil ». Il cherche comment y intégrer Henri Beyle à chaque fois. Mais ça aussi, ce n’est qu'un vague on-dit.

Froid dans le dos

9 étoiles

Critique de Patman (, Inscrit(e) le 5 septembre 2001, 56 ans) - 24 janvier 2002

Voici un livre que je n'ai pas encore lu, mais qui figure sur mon étagère des livres à lire depuis quelques jours (merci Critiques Libres!). j'ai adoré "La bataille", je me dis donc que celui ci me sera agréable également. J'ai moi-même franchi la Béresina à plusieurs reprises à l'endroit même où Napoléon l'a franchie. A voir cette paisible rivière on imagine mal ce qui s'y est passé en 1812.

La Bérézina

7 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 53 ans) - 23 juillet 2001

Après une campagne de Russie désastreuse, Napoléon quitte Moscou alors que les premières neiges annoncent l'hiver. En pleine débâcle la grande armée voit sa route de retour barrée par la Bérézina, fleuve dont les Cosaques ont détruit tous les ponts. Ici a lieu l'épisode le plus réussi du livre; les pontonniers du génies militaire réussissent l'exploit de construire deux ponts mobiles, permettant aux troupes de franchir l'obstacle in-extremis, mais en abandonnant les civils sur la mauvaise rive.
L' intérêt majeur de ce livre a été de me remémorer cette campagne de Russie de Napoléon, un épisode de l'histoire que je connaissais peu. L'auteur sait visiblement de quoi il parle, il rend bien l'ambiance de la débâcle. Seul reproche; il manque parfois un peu d'un véritable souffle épique, ainsi que de la vraie passion dans ce roman qui me laisse donc une impression un peu mitigée

Il neigeait

5 étoiles

Critique de Bilou (Bruxelles, Inscrit(e) le 6 avril 2001, 58 ans) - 6 avril 2001

Après "la bataille", ceci est mon deuxième livre de Patrick Rambaud. Comme l'autre, je l'ai lu vite, très vite en buvant chaque ligne, à la lumière de ma lampe de chevet jusqu'aux petites heures pour ne rater aucun souffle de l'histoire presque hallucinante qui se déroulait page après page. J' y ai beaucoup retrouvé du premier livre avec des détails intéressants sur la personnalité de l'Empereur si loin de la réalité, obsédé par son désir de conquête et puis ce retour par Rambaud vers les hommes et les quelques femmes et enfants, acteurs et victimes, sauvant leur dignité ou la perdant dans une lutte à moins 20 degrés. On se laisse submerger par les mots qui transmettent les sensations de froid, de sang, d'horreur dans ce que la guerre signifie. On s'imagine à la lecture des phrases la blessure des hommes, des chevaux tirant les pièces d'artillerie et les convois, l'attaque des cosaques sur les traînards, les couleurs des uniformes, l'odeur des cadavres gelés dans la débandade, leur courage et leurs bassesses. Un fresque réaliste, au bord de l'inimaginable et puis vient le nez du capitaine .... où je suis resté "scié". Les notes en annexe du livre apportent un éclairage inattendu sur la personnalité de Napoléon. Je ne regarde plus de la même façon un tableau de Napoléon depuis la lecture de ce livre. Bref, en terme de roman historique, à ne pas rater pour les amateurs de l'époque.

Quand la petite histoire fait la grande...

9 étoiles

Critique de Obi-Wan (Uccle, Inscrit le 2 mars 2001, 46 ans) - 3 avril 2001

Comme dans La Bataille, Patrick Rambaud nous fait vivre de l'intérieur, avec les tripes, ce que "L'Epopée Napoléonienne" a représenté, au quotidien, pour ceux qui l'ont vécu. Loin du mythe glorifiant, mais sans parti pris. Et c'est ce dernier point qui ne manque pas de surprendre, venant d'un auteur Français... Une vraie fresque, qui complète, non sans la rappeller, la vision de Tolstoï, celle de l'autre camp...

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