Encore vivant de Pierre Souchon

Encore vivant de Pierre Souchon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 16 août 2017 (Inscrite le 22 novembre 2016, 55 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (36 052ème position).
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Encore vivant

C'est réfugié sur une statue de Jaurès que Pierre est emmené pour l'Hôpital Psychiatrique, un endroit qu'il connaît malheureusement trop bien car il y avait fait un séjour lorsqu'il avait 20 ans.

A l'époque, il avait été diagnostiqué bipolaire.

Pierre n'a aucune envie d'être là, il ne comprend d'ailleurs pas pourquoi il s'y trouve entouré de paranos, d'alcooliques, de toutes ces vies délitées, de cette misère humaine ..

Tout allait pourtant bien pour lui, il avait remonté la pente, était devenu journaliste, s'était marié à Garance, une fille de la grande bourgeoisie, lui, le fils de la terre, le paysan d'Ardèche.

Tout allait bien, il était stable et le toubib l'avait progressivement libéré de son traitement. On n'a rien vu venir et une grosse rechute, une phase maniaco-dépressive avant d'en arriver là.

Pierre est un révolté social, attaché à ses origines, une famille pauvre de paysans de Serre de Barre, se retrouvant dans sa belle-famille riche, il va péter un câble et tout rejeter.

Il a la rage en lui, il se livre à nous, se met à nu pour nous faire vivre l'intérieur de sa maladie, sa bipolarité. Il nous décrit avec humour souvent, sur un ton vif son quotidien mais aussi sa rage d'être toujours comme l'épiphyte du parc, le chêne vert sur le séquoia : SEQUOIA SEMPERVIRENS : encore vivant !

Il nous parle abondamment de la lutte des classes, de la guerre sociale qu'il a fait sienne. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est réfugié sur la statue de Jaurès..

Les entretiens avec son père sont très touchants, il nous parle de l'histoire des paysans en train de mourir, des châtaigniers, des sangliers , de la nature beaucoup, mais aussi de ses ancêtres soldats de guerre du vingtième.

Il nous fait comprendre l'ambivalence existante entre la prise de conscience et le besoin de traitement et sa reconstruction mais aussi le rejet de l'institution psychiatrique. Il attire l'attention sur l'étiquette que l'on colle ou le regard que l'on porte en général sur les maladies psychiatriques que l'on stigmatise.

C'est fort, c'est prenant, un premier récit autobiographique qui secoue et que je vous recommande.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

C'était terrible, d'être passé du côté d'une drôle de barrière dont on n'avait même jamais songé qu'elle existait. La barrière des fous. Celle qui nous séparait des autres, les normaux, eux dont la vie était belle.

Ca veut dire que si tu es toi-même, si tu exprimes vraiment ce que tu as en toi, ce que tu sens, tes projets, tes énergies, ben ça peut changer le monde. Je crois vraiment qu'il faut d'abord commencer par soi avant de penser à changer le reste. Si on n'arrive pas à se changer soi-même, à être soi-même, on ne peut pas avoir des projets pour des autres.

Parce que toi, et vous tous, ici les déchirés, vous la tenez trop serrée entre vos mains brisées, vous la portez, l'humanité.

L'urgence, c'est de travailler mieux plutôt que de travailler plus.

... -Acceptez votre maladie, et ce qu'elle implique.
- Mais, c'est justement là que ça ne va pas, madame Ducis. Je me suis entièrement construit sur l'inverse, c'est-à-dire contre l'acceptation. Quand on milite, c'est pour changer les choses. Donc ça suppose qu'on croie au changement, à la possibilité de la transformation, et qu'on ne fige rien en l'état. Qu'est-ce qu'on fait avec l'ordre social ? On l'accepte ? Je le vomis, l'ordre social. Donc je me bats pour le transformer.

L'amour de ton fils comme refuge, la seule chose que ton mari ne pouvait pas te voler. Il avait tout pris.

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Un témoignage fort sur les troubles bipolaires

7 étoiles

Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 44 ans) - 6 juin 2018

Pierre Souchon est bipolaire. Suite à l’arrêt de son traitement il subit une grave crise et se retrouve de nouveau à l’hôpital psychiatrique pour un long et sévère traitement. C’est l’occasion pour lui de parler de sa maladie, mais également d’explorer en profondeur son histoire familiale, qui prend racine dans les Cévennes.

Encore vivant est sans doute à classer dans le genre des romans « coups-de-poing »: écrit à fleur de peau, vif, nerveux, mais drôle aussi, il n’épargne pas grand-monde, ni les institutions, ni le fonctionnement de notre société, ni l’auteur lui-même, qui se met à nu dans tout ce qu’il a de plus fragile, de plus intime. On découvre d’abord avec ahurissement, pour celui qui comme moi ne la connaissait que de nom, cette terrible maladie mentale, la bipolarité, qui fait faire à ceux qui la subissent des actes d’un délire extrême, au risque de gâcher leur vie professionnelle et affective. Pierre Souchon, dès le début du livre, nous en livre un bel exemple, sur un ton à la fois pathétique et plein d’humour, en une image qui nous marquera longtemps ! L’analyse de l’univers psychiatrique, s'il fait froid dans le dos, est aussi un hommage aux soignants dévoués et à toutes les « âmes cassées » qui hantent les hôpitaux psychiatriques.

Ce qui est épatant dans le roman c’est le tour que prend la narration. Alors que la thématique semble être la maladie mentale, ce qui aurait en soi amplement suffit comme matière au récit, l'auteur aborde d’autres chemins, avec une grande habileté : une réflexion sur son histoire familiale et parallèlement son propre engagement politique: peut-on ne pas trahir sa famille, ses origines sociales ? Quels sont ces mythes familiaux, ces non-dits qui construisent à son insu un individu sur de faux-semblants ?

Ainsi, la révolte qui sourd à travers le roman, d’une dimension personnelle (une pathologie mentale), s’ouvre à des questions familiales, politiques. Le narrateur tente de définir à nouveau, alors que lui-même est en pleine destruction de son esprit, qui il est, d'où il vient, qu’est-ce qui au fond l'anime. Cette introspection sans concession, presque crue parfois, parvient à mêler sans cassure les différentes thématiques, ce qui est tout à fait remarquable.

Le rapport à l’auto-fiction est quant à lui très troublant, presque gênant, puisqu’il semble bien que le Pierre Souchon qui écrit Encore vivant est bien celui qui a vécu ces troubles et ces questionnements: il en fait une telle matière littéraire qu’on a pris entre une distanciation due à la qualité de l’écriture et à la qualité de la construction. Car cet exercice de catharsis, d’exorcisme presque, est aussi un appel au secours de l'écriture, qui, si elle s’avère parfois impuissante à nous sauver, permet néanmoins, à défaut, de survivre.

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