Le fruit de l'arbre de Edith Wharton

Le fruit de l'arbre de Edith Wharton
( The fruit of the tree)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Saint-Germain-des-Prés, le 21 avril 2004 (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 49 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (31 439ème position).
Visites : 2 664  (depuis Novembre 2007)

La brune et la blonde : la sage et la dissipée

John Amherst est un homme chanceux. En peu de temps, il rencontre non pas une, mais deux femmes exceptionnelles, chacune dans leur style. Il croise Justine Brent à l’hôpital, lorsqu’il rend visite à un employé de l’entreprise de filature dont il est sous-directeur. Il sera impressionné par le dévouement de l’infirmière et cherchera à la revoir pour en apprendre plus sur la santé du patient. John pense en effet que si Dillon risque de perdre sa main, ce n’est pas dû à une négligence de la part de l’ouvrier mais plutôt à une mauvaise organisation du travail à l’usine. Bien sûr, le directeur ne veut pas entendre parler d’une telle hypothèse, récalcitrant à toute idée d’amélioration des conditions de travail.

Depuis que son mari est décédé, les filatures appartiennent désormais à Bessy Westmore. Elle décide de visiter l’usine pour s’y familiariser, faisant fi des kilomètres qui séparent son domicile des usines. John sera son guide et il comprend que ce sera là son unique chance de sensibiliser la nouvelle propriétaire à ses projets d’amélioration. Il réussit à l’émouvoir assez pour qu’il ait l’impression qu’elle se préoccupe réellement du bien-être des ouvriers. Elle est belle, veuve, il est célibataire… Vivent les mariés !

Or, il s’avère que Justine et Bessy se sont côtoyées à l’école ! De fil en aiguille, Justine sera amenée à vivre avec le couple et elle deviendra la confidente, voire même la mère de substitution de la petite fille née du premier mariage de Bessy, lorsque Bessy est trop monopolisée par ses uniques centres d’intérêt : occupations mondaines et équitation. Le mariage bat bien vite de l’aile, John et Bessy vivent séparés et les multiples tentatives de réconciliation se transforment en échecs cuisants.

Je vous laisse là dans l’histoire pour en venir à ma critique… Les thèmes qui se chevauchent dans ce livre sont aussi intenses et variés que l’amour, l’euthanasie, le statut des ouvriers et l’honneur. L’écriture d’Edith Wharton est souple et agréable. Et pourtant, certains aspects de l’histoire m’ont parfois fait penser à une romance un brin facile, convenue… Dommage…

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Les éditions

  • Le fruit de l'arbre [Texte imprimé] par Edith Wharton trad. de l'américain par Marthe Gauthier
    de Wharton, Edith Gauthier, Marthe (Traducteur)
    10-18 / 10-18. Série Domaine étranger
    ISBN : 9782264032324 ; EUR 7,90 ; 07/02/2002 ; 390 p. ; Poche
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En avance sur son temps

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 11 octobre 2009

Edith Wharton a écrit ce roman en 1907, juste après son grand succès "Chez les heureux du monde" (1905). Cette fois, l'auteur change de registre : elle quitte la haute société dont elle avait fait une peinture magistrale dans "Chez les heureux du monde", pour dépeindre le monde ouvrier, et critiquer les conditions sociales déplorables de l'époque.

Le héros de ce roman est un jeune idéaliste plein de feu; il est sous-directeur d'une filature et se bat contre la famille pour imposer ses idées progressistes. Avant de tomber éperdument amoureux de la jeune veuve, la très sensuelle et inconstante Bessy, un personnage remarquable dont Wharton seule a le secret. Mais la véritable figure marquante du roman, c'est la belle Justine, une infirmière idéaliste et d'une droiture morale à toute épreuve. Pas besoin d'en dire plus sur l'histoire, d'autant que SGdP a déjà très bien introduit l'intrigue et les deux personnages remarquables qui en sont le centre (Bessy et Justine).

L'aspect lutte ouvrière du roman étonne venant d'une femme comme Wharton qui était d'un milieux très riche: on sent l'humanisme et la sensibilité de l'auteur pour la pauvreté, même s'il se mélange un aspect un peu paternaliste à sa vision de la justice sociale. Edith Wharton aborde aussi le thème de l'euthanasie, et le prix à payer par les caractères nobles qui prennent le risque de s'établir au-dessus de la morale établie. Comme souvent chez Wharton, la punition pour ceux qui passent outre les règles établies est très lourde.

Ces thèmes sont présentés à travers un récit très romanesque mais qui pèche un peu par manque de vraisemblance. Malgré le don incroyable de Wharton pour rendre ses personnages vivants (les deux jeunes femmes du récit sont de formidables figures romanesques), on a l'impression parfois de voir l'auteur manipuler les ficelles derrière les rebondissements du récit.

Le titre du roman semble indiquer que Edith Wharton raconte ici l'histoire d'une chute et de la culpabilité: l'idéalisme, dans ce roman, se heurte aux limites de la morale et la décision intime prise par l'un ne pourra jamais être partagée totalement avec l'autre. Peut-être la leçon est-elle que le grand amour fusion n'est qu'un leurre, et que les compromissions sont toujours nécessaires pour protéger l'autre. La phrase suivante, empruntée à la fin du livre, qui résume assez bien la pensée de Wharton semble l'indiquer : "Cependant, la vie n'est pas affaire de principes abstraits : c'est une succession de compromis mesquins avec le destin, de concessions à la vieille tradition, aux anciennes croyances, aux charités et aux faiblesses de jadis. Son acte du moins lui avait enseigné cela, c'était le message des dieux aux mortels qui s'étaient fourvoyés chez eux".

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