No Home de Yaa Gyasi

No Home de Yaa Gyasi
(HOMEGOING)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Hcdahlem, le 16 janvier 2017 (Inscrit le 9 novembre 2015, 60 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 736ème position).
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No Home

La clé de ce roman nous est livrée avant même qu’il ne commence, par l’arbre généalogique imprimé en ouverture du livre et auquel on pourra toujours se référer si, de chapitre en chapitre, on perd le fil du récit. Maame, esclave Ashanti, donnera naissance à deux demi-sœurs Effia et Esi. Deux sœurs qui ne se connaîtront jamais et qui formeront chacune une lignée de cet arbre, l’une ghanéenne et l’autre américaine.
Nous sommes au milieu du XVIIIe siècle, au moment où la traite des esclaves n’est plus seulement l’affaire des colonisateurs britanniques, mais participe aussi du jeu de pouvoir entre les tribus qui peuplent La Côte de l’Or (qui deviendra le Ghana). Les Ashanti étendent leur domination et font payer leur expansion territoriale en esclaves. Car ils ont compris, après les Fanti, que de cette façon ils s’attireront les bonnes grâces des Anglais. Voilà le premier choc de ce roman qui va balayer plus de deux siècles d’Histoire : les Noirs ont activement participé à la traite de leurs semblables et n’avaient rien à envier aux colonisateurs quant à la cruauté de leurs pratiques. Esi va pouvoir le constater après sa capture, durant son séjour dans les geôles de Cape Coast, au bord du Golfe de Guinée, et la traversée vers le Sud des Etats-Unis.
Sa demi-sœur Effia aurait pu la croiser, puisqu’elle demeure dans la même ville. Remarquée par James Collins, le nouveau gouverneur britannique, elle est achetée pour 30 livres et amenée dans son hôtel particulier à Cape Coast.
Les chapitres vont alors alterner, suivant tour à tour le parcours de l’une et de l’autre, le mariage d’Effia avec un Anglais et la naissance de leurs enfants d’une part, la vie dans le sud de l’Amérique d’autre part. Le chapitre intitulé Kojo retrace la peur des esclaves qui avaient réussi à fuir. En vertu de la loi statuant sur les modalités de leur capture et leur renvoi à leur propriétaire, le fils d’Esi – qui comme nombre de ses congénères s’appelle désormais Freeman – ne vit que dans la hantise d’être capturé. Une épée de Damoclès qui est aussi accrochée au-dessus de tous les membres de sa famille. Il se verra aussi confronté aux lois de ségrégation qui ont officiellement pris la suite de l’esclavage. Rappelons que les lois dites Jim Crow, nouveau choc, resteront en vigueur jusqu’en 1964 !
Génération après génération, jusqu’au «pèlerinage» au Ghana de la narratrice, on va découvrir que les enfants d’Effia n’auront pas une vie plus enviable que ceux d’Esi. Car les métisses sont rejetés par les Blancs autant que par les Noirs. C’est le cas du fils d’Effia qui ne pourra revendiquer ni la blancheur de son père, ni la noirceur de sa mère. Ni l'Angleterre ni la Côte d'or. Ajoutons que son homosexualité ne va pas arranger les choses.
Côté américain les enfants de ces Noirs qui ont émigré par milliers pour fuir les lois Jim Crow, se retrouvent dans des ghettos, comme ce quartier de Harlem à New York.
No Home s’inscrit dans la lignée de Racines d'Alex Haley, d’Amistad, le film de Steven Spielberg ou encore de Beloved de Toni Morrison en y ajoutant le rôle joué par les Africains eux-mêmes dans l’asservissement de leurs compatriotes. Le fruit de recherches menées à la fois au Ghana et dans son pays permet en effet à Yaa Gyasi (qui a immigré aux États-Unis avec sa famille à l'âge de 2 ans) de briser bien des tabous et de rebattre les cartes du bien et du mal. Oui, il y avait des Anglais et des Américains progressistes, oui, il y avait des Noirs qui ont su, avec cynisme et sans aucune morale, profiter d’un trafic qui malheureusement perdure sous une autre forme aujourd’hui. Mais, comme en d’autres temps, la question de l’allégeance aux troupes occupantes reste posée. Face aux fusils et à la puissance, y compris du point de vue technologique, le choix de la résistance valait sans doute à un suicide.
On saluera donc la performance de Yaa Gyasi qui, a 26 ans, réussit le tour de force de construire un roman formidablement bien documenté sans jamais tomber dans le jugement de valeur et à nous proposer une galerie de personnages que nous ne sommes pas prêts d’oublier !
http://urlz.fr/4Fg0

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Superbe

8 étoiles

Critique de Krys (Haute-Savoie, Inscrite le 15 mars 2010, 36 ans) - 10 juin 2018

Superbe roman, qui nous fait suivre l'histoire de l'esclavage sur plusieurs générations et pays.
Très bien écrit, belle trame, je le conseille vivement !

no home

9 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 54 ans) - 19 juillet 2017

C'est un premier roman qui nous fait remonter le temps. Deux siècles et demi d'histoire à travers deux branches d'une famille.

Effia et Esi ont les mêmes ancêtres. Ce sont deux familles noires sur la Côte de l'Or, l'actuel Ghana.

Effia sera mariée à un anglais et ira vivre au fort de Cape Coast occupé par les anglais. C'est au décès de son père qu'elle apprendra que sa mère n'est pas celle qu'elle croit et l'existence de sa soeur.

Esi est enfermée dans le cachot des femmes du fort depuis deux semaines, elle sera vendue comme esclave.

Nous allons suivre en parallèle le destin des descendants de chaque branche retraçant l'histoire de l'esclavage, l'abolition de celui-ci, les tensions et discordes entre les "ashantis' et les "fantis", l'exode vers la liberté mais lorsque l'on est noir de peau est-on vraiment libre un jour ??

Un très beau premier roman de Yaa Gyasi salué par la critique américaine, une jolie fresque du combat quotidien mené par ce peuple en recherche de liberté.

Ma note : j'ai beaucoup apprécié mais il m'a manqué un petit "je ne sais quoi" pour être un coup de coeur. 9/10

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