Miniaturiste de Jessie Burton

Miniaturiste de Jessie Burton
(The miniaturist)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Monocle, le 12 novembre 2016 (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 58 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (9 858ème position).
Visites : 2 414 

Une caresse avec toi dure un millier d'heures !

Une caresse avec toi dure un millier d'heures !

Amsterdam mi-octobre 1686, Nella débarque dans la grande maison bourgeoise de son mari où elle vivra désormais. Le mari, un homme riche mais distant, se nomme Johannes Brandt. Il vit avec sa soeur, Marin, leur servante Cornélia et Otto un nègre ramené des voyages du Seigneur Brandt.
Nella et Johannes n'ont jamais eu d'autre rapport qu'un chaste baiser et ce mari si souvent absent semble se contenter de cette vie chaste.
Tout est froid et Marin, la soeur réserve un accueil polaire à l'épousée arrivante.
Un jour Nella reçoit en cadeau un meuble représentant une maison miniature, exacte réplique du bâtiment qu'occupe la famille. Peu-à-peu, avec l'aide d'une mystérieuse miniaturiste de petits personnages représentant les occupants viennent peupler ce curieux mobilier. Puis des objets domestiques superbement imités, des animaux accompagnés de messages énigmatiques.
Peu à peu l'histoire se construit avec lenteur et minutie et puis un jour gris, comme les autres à Amsterdam, tout éclate et ce qui semblait figé ne l'est plus.

Mais que ce livre est puissant ! La première moitié (soit 250 pages) est le tricotage méticuleux de la situation où tout commence. Amsterdam se délecte des surveillances réciproques, de l'étouffement de l'esprit de chacun par son voisinage. Il ne se passe rien (ou presque), que des détails qui s'additionnent.
Puis voilà, ce mari, ce maître, ce Seigneur s'avère ne pas être celui que l'on croit être.
Que dire de cette jeune épouse qui, contrairement à l'Isabelle Archer d'Henry James, participe activement à l'évolution de ses choix ?
Ce petit bout de femme qui dira cette phrase étonnante : "Fais vite pour mourir, sois libre !" ... Nous sommes dans la prude Hollande protestante, qui bannit le bon, le sucre, le gai.
A lire absolument.

Message de la modération : Prix CL 2018 catégorie roman traduit

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Trop décalé

7 étoiles

Critique de Myrco (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 69 ans) - 11 septembre 2018

Pour être honnête, je ne saurais nier avoir été captivée par ce roman même si cela n'a pas été vrai jusqu'à la toute fin. Et pourtant comme Mimi, mon appréciation ne sera pas aussi positive que celle exprimée par certains.

J'avais été a priori attirée par la perspective d'une plongée dans cette société amsteldamoise de la fin du 17ème à la fois florissante, hypocrite et coercitive dominée par l'appétit de richesses et la prégnance d'une religion réformée rigoriste et intolérante. Si certains détails témoignent d'un travail de documentation de la part de l'auteure, si elle parvient globalement à recréer une certaine atmosphère dans laquelle on se plait à pénétrer, on pourra néanmoins regretter que, sur ce plan, son approche demeure assez superficielle.
Mais là n'est pas mon reproche principal.

Malgré tout le talent de Jessie Burton, cette lecture m'aura laissée à son terme sur le sentiment d'une œuvre hétéroclite et non aboutie. au message un peu flou s'il en est, même si l'on peut y lire un plaidoyer pour la liberté contre l'intolérance et l'hypocrisie.
Sur une trame dramatique, l'auteure inspirée par cette fameuse maison de poupée (que l'on peut voir au Rijksmuseum) brode une histoire improbable exploitant à fond la figure mystérieuse et troublante de cette miniaturiste qui restera d'ailleurs énigmatique, histoire qui s'inscrit trop en avant-plan à mon sens. Sans parler de la crédibilité de la chose, les intentions de l'auteure me sont apparues aussi obscures que celles du personnage en question. Etait-ce pour nous orienter in fine vers une apologie du libre arbitre ?Concernant ce volet, je rejoins donc assez l'avis et la frustration de Mimi.

Par ailleurs, à la réflexion, il me semble que le point faible (mais voulu) réside dans le décalage entre la psychologie des personnages et leur époque. Qu'il s'agisse de Johannes Brandt avec son humanisme et sa liberté de pensée et de comportement , de sa jeune épouse, de ses serviteurs, si tous ces personnages suscitent notre empathie, c'est bien parce qu'ils véhiculent un regard , une sensibilité contemporaine dans laquelle nous nous reconnaissons. Mais cette famille n'est-elle pas un véritable ovni dans le contexte de l'époque? Comment accorder foi à de tels rapports avec les serviteurs, en particulier avec Otto ? Comment imaginer que dans cette époque où le rapport à dieu, à la religion habite et régit si intimement les consciences, il soit à ce point absent chez eux? Même la personnalité ambiguë de Marin écartelée entre son souci de conformité et sa nature ne se révèlera-t-elle pas à la limite plus transgressive que celle de son frère? J'avoue que sur le coup ce parti pris a fonctionné avec moi, mais avec le recul, tout cela sonne faux. De la même manière, la fin avec l'évolution de Nella me semble s'inscrire en porte à faux avec la condition des femmes de l'époque.
Je dirais donc: beaucoup trop de concessions à l'esprit d'aujourd'hui marqué par les notions modernes de droit à la différence, de féminisme, etc...Je suppose que sans ce décalage le livre n'aurait pas connu le même succès auprès des lecteurs! Dommage car je pense que Jessie Burton a un réel potentiel mais elle aura préféré sacrifier aux sirènes mercantiles!

En conclusion pour moi: une bonne lecture de divertissement malgré la gravité du sujet de base, mais sans plus.

Amsterdam du temps de sa splendeur …

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 62 ans) - 12 août 2018

A vrai dire, Amsterdam est encore splendide, mais en 1686, période pendant laquelle Jessie Burton va situer l’action de son roman, en 1686 donc, avec la prospérité flamboyante de la Compagnie des Indes Orientales la richesse des commerçants audacieux est considérable. Pour autant le cadre de vie des Amstellodamois est plutôt austère, l’ambiance rigoriste, Calvin n’est pas loin.
C’est plutôt ceci le sujet du roman plutôt que le cadeau fait par Johannes Brandt, le riche et respecté marchand amstellodamois qui vient d’épouser la jeune Petronella Oortman, de vingt ans sa cadette, à Petronella, à savoir la reproduction miniaturisée de la maison et de ses occupants. On se sent plongé dans un tableau de maître flamand dont les personnages soudain s'animeraient sous nos yeux. Jessie Burton possède un bel art d’écriture, une réelle capacité à nous immerger dans le petit monde qu’elle décrit.
Petit monde ? Justement, celui dans lequel arrive Petronella, débarquant de sa province natale pour rejoindre son mari, est particulièrement opaque et … réfrigérant ! A vrai dire, il est incompréhensible pour elle comme pour le lecteur : une maison dirigée par Marin, la sœur de Johannes, aimable comme une porte de prison, un mari jamais là et qui fuit en permanence sa jeune épouse, un être de couleur noire, le premier rencontré par Petronella, Otto, arraché à son destin d’esclave par Johannes et jouant un rôle de majordome et Cornelia, la servante impertinente, aussi jeune que sa jeune maîtresse … Et puis ces arrivages inopinés de miniatures, êtres ou objets, dénotant de la part de son créateur une parfaite connaissance des lieux et des occupants de la maison.
Oui, des mystères il y en a un paquet mais on évolue dans cette brume avec bonheur tant la précision de la reconstitution et le souci de la cohérence psychologique sont grands de la part de Jessie Burton.
Le lecteur va en découvrir des choses, en lever des hypocrisies et refermer finalement l’ouvrage avec regret. C’est qu’on s’y sentait bien dans cet Amsterdam du XVIIème siècle !

Mitigé

8 étoiles

Critique de Mimi62 (Plaisance-du-Touch (31), Inscrit le 20 décembre 2013, 65 ans) - 26 mai 2018

Sentiment nuancé.

Le début du livre particulièrement bien écrit laisse présager une promenade très riche, très agréable mais le flux n'est pas constant. D'autres passages plus rudes, plus bruts, pas mal écrits mais détonnant par rapport au reste, cassent le rythme de lecture. On n'est plus entraîné, on se sent comme dans une ville avec un plan où toutes les rues ne figurent pas. On se trouve perdu puis quelques lignes, un paragraphe ou deux, voire une page ou plus, on retrouve ce rythme. La lecture reprend mais demande une remise à flot.

La même situation se retrouve dans les personnages mais pour eux, cela peut relever de la nécessité du roman, afin de faire évoluer les personnages. Ces derniers restent cependant déroutants. Au prime abord, ils apparaissent froids, façonnés de façon immuables puis on découvre petit à petit que c'est là l'effet de la société dans laquelle ils vivent où l'apparence l'emporte sur l'être où chacun est épié, le mettant à la merci du moindre faux pas pour tomber sous la vindicte d'une morale religieuse rigide et étroite.
Les sentiments existent mais il faut les taire car ils doivent entrer dans le cadre codifié édicté par la religion.
Cela rend le récit un peu raide, sans élan susceptible d'entraîner le lecteur mais au final traduisant bien l'atmosphère de l'époque.

Le décor vient au second plan, ce n'est pas là l'objet du livre, l'objectif de l'auteur m'apparaissant être la psychologie des personnages qu'elle anime, illustrer le résultat des contraintes qu'impose cette société.
Ce livre n'a nullement la prétention d'être un livre historique, il s'ancre dans cette période pour développer ses personnages.

J'ai abordé cet ouvrage en pensant à "La jeune fille à la perle". C'était une erreur. Si l'on est bien dans des lieux et des époques comparables, le déroulé est différent. Dans "la jeune fille" on a une observation et donc une description permettant de s'imaginer le décor et la vie des personnages. Dans le miniaturiste, tout est beaucoup plus intérieur.

Reste le personnage éponyme. Il apparaît tout au long du livre, son rôle est une sorte de moteur pour Nella, l'héroïne principale, mais son utilisation par l'auteur est certainement ce qui m'a le plus déstabilisé. Je n'en dis pas plus ici pour ne pas déflorer l'intrigue à ceux qui ne l'ont pas encore lu.

Un mauvais livre, certainement pas.
Un livre d'exception, je ne pense pas.
Un livre intéressant, certainement.
Ce n'est pas un page turner, je le vois difficile à lire sur la plage mais il présente un intérêt certain pour l'amateur de lecture et pour celui qui veut s'imprégner de l'atmosphère morale dans laquelle vivaient certaines catégories de personnes à cette époque aux Pays-Bas.

12 pour le plaisir retiré
15 pour l'intérêt littéraire


UNIQUEMENT POUR CEUX QUI ONT DEJA LU LE ROMAN:
Pour ma part, cet inconnu que reste le miniaturiste est un élément négatif pour le roman. Cela lui enlève toute la rigueur historique qu'y a mise l'auteur et laisse à croire que les personnages sont aussi irrationnels que l'est le miniaturiste. Certes, il symbolise probablement le fait que tout le monde est épié et ne peut rien cacher mais on ne comprend pas le rôle qu'il poursuit. Ce serait acceptable dans un roman fantastique mais pas dans ce type d'ouvrage. Je déteste ce mélange de genre. Bien évidemment, tout cela n'engage que moi, à travers mon ressenti.

Le secret du mari

9 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 60 ans) - 4 janvier 2018

Quand Petronella arrive pour la première fois dans la maison de son époux, elle a la tête pleine de rêves, d'amour, de fonder une belle et nombreuse famille.
Mais l'accueil est loin de ses attentes. C'est d'abord l'absence de son mari, puis l'attitude froide et antipathique de sa belle-sœur Marin, la familiarité de la servante Cornélia, et le choc de voir pour la première fois un homme noir, Otto, employé de maison, qui la déconcertent.
Du haut de ses 18 ans, elle saura les découvrir, faire leur connaissance et s'attacher aux trois habitants même si la cohabitation n'est pas toujours facile, se sentant malgré tout, un peu perdue, et très seule dans cette ville d'Amsterdam, la puritaine qui cache aussi des choses moins reluisantes.
Son mari, de 20 ans son aîné, lui offre la reproduction miniature de la maison. Un meuble très coûteux et encombrant qui la met mal à l'aise. Surtout quand elle reçoit de quoi meubler et peupler cette miniature avec les personnages qui l'entourent, dont les détails sont si précis qu'ils en deviennent troublants. Et quand les miniatures précèdent les événements, Nella cherche à comprendre, veut en savoir plus sur la personne qui réalise ces objets ou ces personnages.

Un livre absolument incroyable ; le lieu et l'époque suffiraient à son originalité mais elle s'enrichit d'une analyse remarquable des relations humaines et d'une intrigante part de mystère.
J'ai commencé ce livre intéressée, je l'ai terminé passionnée, même si j'aurais aimé certaines réponses.

L'austérité sociale et ses effets pervers

6 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 41 ans) - 4 août 2017

Il nous est décrit la société néerlandaise du XVIIème siècle, empreinte d'un protestantisme assez rigide, où chacun ne doit pas déborder de son rôle social, ni quitter le cadre moral. La protagoniste en pâtit, en intégrant la famille de son mari, en quittant son environnement originel miséreux. Il en va de même de son mari, bienveillant mais distant, qui s'avère être homosexuel et qui est poursuivi pour cela. Aussi sa soeur, nerveuse et rigide, mène la vie dure à Petronella, dite Nella, la protagoniste.
Toutes les contraintes qui tombent sur ces personnages m'ont découragé de cette lecture, menée pourtant à terme, qui a fini par relever du pensum. Elle s'avère néanmoins intéressante, par la découverte d'une société et de son histoire.

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