Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Dirlandaise, le 8 novembre 2016 (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 153ème position).
Visites : 1 063 

Merveilleux livre !

En 2014, Sylvain Tesson fait une chute de huit mètres qui le laisse entre la vie et la mort, les os brisés et le privant de cette santé physique remarquable qui lui avait permis de parcourir le monde à pied, de franchir les frontières et avaler les kilomètres sans jamais renoncer. Hélas, ce malencontreux accident le laisse diminué physiquement. Il souffre désormais d’une paralysie faciale n’entend plus d’une oreille. Son dos le fait souffrir mais la marche reprend ses droits et, en 2015, l’écrivain décide de traverser la France à pied afin de conjurer le mauvais sort et oublier les vieux chagrins. Il reprend donc la route et privilégie les chemins noirs, ces sentiers presque oubliés tracés par des voyageurs au fil des temps anciens. Traverser la France mais éviter autant que possible la société moderne, se replonger dans la vraie nature sauvage, les forêts denses habitées de bêtes mystérieuses, de cris nocturnes angoissants, de matins glorieux et d’une radieuse beauté. L’écrivain se met donc en route seul mais quelques amis l’accompagneront sur de courtes distances brisant ainsi sa solitude première.

Livre remarquable d’une richesse exceptionnelle dont la lecture me fut une grande joie. Les beaux passages poétiques alternent avec des analyses intéressantes sur l’évolution irrémédiable remodelant la campagne française et modifiant la vie de ses habitants. On sent bien la tristesse de l’écrivain devant la fin d’un style de vie ancestral au profit d’une mondialisation envahissante et souvent destructrice. Les descriptions de paysages sont à couper le souffle et les réflexions du marcheur dénotent une sensibilité à fleur de peau. La faune et la flore, les montagnes et les rivières, les terrains rocailleux et les plaines sont autant de sujets d’émerveillement et les rencontres avec les paysans sont savoureuses même si certains rechignent à engager une longue conversation et se contentent de quelques brèves réponses.

Je referme ce livre avec regret car le voyage fut pour moi trop court. J’aurais bien accompagné Sylvain Tesson pour un bout de chemin en espérant que ce soit le thème de son prochain livre. Cet auteur merveilleux et unique dont l’érudition et la touchante vision du monde n’ont de cesse de m’éblouir distille du bonheur à chaque page. Ne pas passer à côté d’un tel livre, tel est mon ultime conseil.


« Jusqu’à l’automne, les forêts étaient des masses indistinctes où l’œil aurait été en peine de distinguer un arbre de son voisin. Soudain, l’automne arrivait, allumait ses flammèches. Tel arbre au cycle plus court s’embrasait. Ici ou là dans le couvert, des touches de feu s’individualisaient. Un arbre devenait un être distinct. Puis il s’éteignait pour l’hiver. »

« Les chevaux dans les champs accouraient à mon passage, signe qu’ils ne voyaient pas grand monde, et venaient rafler un instant amical à leurs heures solitaires. Les vallons étaient humides et chauds : les sexes du relief. Des crapauds veillaient dans les replis. Le vent se levait, froissait la forêt. »

« Les forêts se doraient, que le sorbier ponctuait de rouge. Les pommiers croulaient sous les fruits. Leurs contours japonisaient la rousseur des orées. Le vent arrachait des paillettes aux arbres des fossés. Elles tombaient en copeaux, motifs de Klimt. »

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Même pas mal !

10 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 52 ans) - 11 novembre 2017

Sylvain Tesson (1972- ) est un écrivain voyageur français.
Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande, suivie en 1993 d'un tour du monde en bicyclette avec Alexandre Poussin. Il traverse également les steppes d'Asie centrale à cheval avec l'exploratrice Priscilla Telmon.
En 2012, accompagné de 4 compagnons russes et français, il refait le chemin de la déroute de Napoléon.

En 2014 l’écrivain fait une chute de huit mètres. Il s’en sort, mais dans quel état ! Cassé, en mille morceaux et atteint d’une paralysie faciale.
Sur son lit d’hôpital, il s’est fait une promesse : "si je m’en sors, je traverse la France à pied".

"Sur les chemins noirs" parait en 2016. Une référence aux petits traits que l’on distingue à peine sur les cartes de l'IGN.
Comme il se l'était promis, Sylvain Tesson décide de traverser la France en diagonale, de la Provence au Cotentin, en ne suivant que ces petits chemins hors du monde.

"Les chemins noirs. Ils se déployaient parfois hors des cadres de géographie et foraient leurs galeries en nous. Il est difficile de faire de soi-même un monastère mais une fois soulevée la trappe de la crypte intérieure, le séjour était fort vivable."
Un court récit à l'image de l'écrivain voyageur; ironique, cynique, drôle et réfléchi.
Une nouvelle "expérience de repli" comme ont pu l'être les 6 mois passés dans une cabane près de lac Baïkal ("Dans les forêts de Sibérie")

J'ai pris un immense plaisir à lire (dévorer... ) cette sucrerie tessonnesque. Une chose est sûre: cette terrible chute n'a nullement entamé l'immense talent d'écriture et d'analyse de ce magicien des mots.
Ruez-vous sur les chemins noirs de France et hors des sentiers battus d'une société à la dérive !

Les chemins de traverse

10 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 30 octobre 2017

Sylvain Tesson après une chute de toit, passe un an à l'hôpital, opérations, séances de rééducation ; il décide de traverser la France en utilisant le plus possible ses chemins noirs, anciens chemins de bergers, de troupeaux, de villageois ; chemins abandonnés, délaissés, envahis par les ronces ou l'urbanisme.
"La praticabilité de cet itinéraire n'est pas garantie. On devrait annoncer cela à tous les nouveaux-nés au matin de leur vie !"
L'occasion de traverser des terres désertées, des vestiges rappelant que ce fut autrefois des terres de vie, ruines de monuments, de maisons, trace de voies, de terrasses agricoles envahies ; l'occasion d'apprécier la beauté d'un ciel, d'un coucher ou d'un lever de soleil, l'incroyable force d'un relief, le pouvoir d'un arbre, l'intelligence des animaux, la force des hommes qui ont façonné depuis des millénaires des paysages avec intelligence jusqu'aux dernières décennies ; l'occasion de croiser "d'autres gens" ; de réfléchir au sens de la vie, à la vacuité des grands voyages.
" -mon vieux, la ruralité que tu rabâches est un principe de vie fondé sur l'immobilité. On est rural parce que l'on reste fixe dans une unité de lieu d'où l'on accueille le monde. On ne bouge pas de son domaine. Le cadre de vie se parcourt à pied, s'embrasse de l’œil. On se nourrit de ce qui pousse dans son rayon d'action. On ne sait rien du cinéma coréen, on se contrefout des primaires américaines mais on comprend pourquoi les champignons poussent au pied de cette souche. D'une connaissance parcellaire on accède à l'universel.
- l'univers, c'est le local moins les murs, dis-je. Tu connaissais cette phrase de Miguel Torga ?"

Avec des phrases magnifiques comme "Le Cotentin était le bras que tendait la France sous le ciel pour s'apercevoir qu'il pleuvait.", Sylvain Tesson nous fait partager ses douleurs, ses émerveillements dans un récit superbe.

Forums: Sur les chemins noirs

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Sur les chemins noirs".