Il reste la poussière de Sandrine Collette

Il reste la poussière de Sandrine Collette

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Alma, le 10 août 2016 (Inscrite le 22 novembre 2006, - ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (673ème position).
Visites : 1 784 

Un western familial en Patagonie

Une estancia dans l'immensité sèche, aride et inhospitalière de Patagonie, coupée du monde, perdue au milieu de nulle part, battue par le vent et la poussière.

Dans cette estancia, 4 personnages : la mère et ses 4 fils rarement désignés par leur prénom mais par leur place dans la fratrie : « les jumeaux » :les aînés  Mauro et Joachim, « l'idiot » ;Stefen  et « le petit » : Rafaël , personnage central du roman . Nulle tendresse dans ce terme. Au contraire, une connotation de faiblesse et de mépris, car le « petit » est le souffre douleur des aînés qui assouvissent sur lui un désir de domination dont les prive leur totale dépendance à leur mère .
Le premier chapitre du roman – poignant et inoubliable- plonge d'emblée le lecteur dans la cruauté de leur jeux et dans leur rapports bourreaux/victime .

Une mère, ou plutôt une génitrice  « Elle les déteste tout le temps, tous. Mais ça aussi, c'est la vie, elle n'a pas eu le choix. Maintenant qu'ils sont là. Parfois elle se dit qu'elle aurait dû les noyer à la naissance, comme on le réserve aux chatons dont on ne veut pas ; mais voilà, il faut le faire tout de suite. Après, c'est trop tard ». Sorte de « gorgone tout droit sortie de l'enfer »,  elle n'est là que pour aboyer des ordres, les rabrouer et leur distribuer le travail .

De temps en temps, pour vendre du bétail, une incursion dans une petite ville et dans son saloon, où la mère brûle de sa passion du jeu et où elle est contrainte de vendre Joaquin pour honorer sa dette au jeu .
Un père, absent, disparu. On apprendra de quelle façon ….
La forme chorale du roman, où alternent les voix des protagonistes permet de mesurer l'enfer dans lequel chacun est prisonnier .

Dans le huis clos de ce western familial, la menace ne vient pas d'un ennemi extérieur mais du sein même de la fratrie .
Comment échapper à la peur quand on est, comme Rafaël, un enfant vulnérable de 7 ans qui n'a jamais entendu le mot bonheur ? «  l'estancia est sa destinée et son tombeau. Seul le bétail est important, et le travail de chaque instant, l'infinie répétition, lassante et rassurante »
Comme un adulte, soigner le bétail, tondre les moutons, organiser la transhumance, en silence, toujours aux aguets ; résister à la fatigue, aux coups ; tirer les leçons de ses épreuves, s'endurcir, se faire une alliée d'une nature inhospitalière, seront ses manières de résister et de se construire. Un enfant humilié, battu mais qui refuse l'asservissement et reste debout
Ses seuls instants de paix , il les trouvera dans la compagnie de son chien et sur son cheval , dans l'ivresse des galops éperdus au sein des grands espaces.

Roman de l'enfance meurtrie, Il RESTE LA POUSSIERE est un magnifique et poignant thriller familial qui, sans pathos, vous agrippe, ne vous lâche plus et vous vrille le cœur .

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Que la poussière et le sang.

9 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 59 ans) - 20 mars 2018

Que la poussière… et le sang !
La Patagonie. Le bout de la terre, l’endroit de tous les vents… une estancia perdue au bout de nulle part. La mère, dure comme le roc, impénétrable. Les aînés, jumeaux déjà hommes, le puîné qu’on nomme « le débile » (suite à tabassage un peu poussé des grands frères)… et le petit, Rafael, sans doute bâtard… c’est lui le maillon faible, l’objet des tortures des plus grands. Ça passe le temps ! Car ici tout le monde se hait sauf les jumeaux qui aiment leur double !
Et puis les chiens : un, deux et trois. C’est facile à retenir. Le reste ce sont les moutons... des milliers et quelques bovins décharnés.
L’univers de Rafael n’est pas rose, travailler comme une bête, recevoir les coups de ses frères sans broncher et se taire.
Le mari est parti, on ne sait comment mais il suffit de quelques pages pour le comprendre.
Pas vraiment une destination pour le Club Med. Tout est sombre.


Après « des noeuds d’acier » un roman dur mais sur un thème assez « facile », Sandrine Colette nous fait part de sa dernière ponte. Là je suis bluffé. Restituer l’existence de cette famille dans l’univers du « cul du monde »… il fallait oser ! Et il fallait aussi réussir un roman digérable ! Et là… c’est mission accomplie. Bravo donc pour ce texte prenant, bien ficelé. Affreusement dur, et où une certaine morale parvient à se frayer un chemin. Comme les éditeurs le savent, la fin c’est le dessert et c’est lui qu’on retient à l’issue d’un bon repas.
Un très bon moment de lecture.

Effacer et partir !

10 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 53 ans) - 11 novembre 2017

Sandrine Collette (1970- ) est une romancière française.
"Des nœuds d'acier" (2013) a obtenu le grand prix de littérature policière
"Il reste la poussière" (2016) a été couronné par le Prix Landerneau du polar.

"Un roman noir des grands espaces" comme le qualifie l'auteur.
Une estancia au bout du monde, coincée entre des steppes arides de la Patagonie et les contreforts de la Cordillère des Andes.
Du vent, de la poussière, une Nature hostile qui façonne les hommes à son image.
Rien ne pousse, seuls les moutons tolèrent cet environnement.
Une famille tenue par "la mère" qui élève 4 fils comme son bétail car il faut être dur pour survivre.
Un père disparu, les aînés ont pris le pouvoir et violentent "le petit" quotidiennement.
Alors, pour survivre, Rafael "le petit" s'accroche à son cheval, ses chiens,les moutons et cette terre aride.
C'est avec la Nature qu'il pactise quand sa famille l'ignore.
Le jour où "la mère" joue -et perd- son fils aîné au jeu, se créent les conditions de la dislocation familiale.
Joaquin rejoint une autre estancia, Rafael part à la recherche des chevaux évadés.
Des coups du sort qui vont s'avérer être des "ouvertures au monde".

Certes, l'histoire est terrible, d'une noirceur absolue.
Mais des éclats de lumière parsèment ce roman.
La violence des relations fraternelles à l'image d'une Nature sans concession.
Les personnages de "la mère" et "Rafaël" sont terriblement forts, assommée par la vie pour l'une, en quête d'amour et de reconnaissance pour l'autre.

Un roman éblouissant qui vous accompagnera longtemps encore après l'avoir refermé.
Une pépite qu'il faut découvrir au plus vite !

L'estancia de l'enfer

10 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 60 ans) - 18 novembre 2016

Cela commence par le martyre de Rafael, maltraité par ses grands frères, Mauro et Joaquin, les jumeaux de 6 ans ses aînés. Lui vouant une haine farouche, ils exercent une terreur et une violence permanentes sur ce petit dernier, né après le départ du père.
S'ils se montrent moins tyranniques avec le frère cadet, ils ne sont pas plus tendres avec Steban, le "débile".
C'est dans ce huis-clos infernal à l'ambiance terrifiante, à la méchanceté omniprésente, que les enfants grandissent.
Le "Petit" souffrira en silence, sans jamais se plaindre à la "mère", femme acharnée et taciturne, endurcie par la vie, qui n'a de "mère" que le nom que les fils lui donnent. Elle n'a besoin que de bras vaillants pour l'estancia ; et de ses verres d'alcool et de ses parties de poker. Jusqu'à la partie de trop.

Le choc a lieu dès les premières lignes difficiles du petit garçon terrorisé dans cette ferme isolée de Patagonie. Loin du roman policier auquel je m'attendais, je me suis retrouvée au cœur d'une vie familiale infernale, où sont bannies toutes marques d'affection, de tendresse ou de compassion, considérées comme des signes de faiblesse. J'ai même espéré pour ce Petit, un peu de bonheur, alors même qu'ils ignoraient la signification de ce mot.
Avec cet incroyable personnage de mère qui n'est pas sans rappeler celle du roman de Tracy Chevalier " à l'orée du verger, femmes" devenues insensibles, brutales, jusqu'à la méchanceté.
" ...et la mère se rappelle quand sa propre mère lui disait pareil, "c'est comme ça", qu'on soit fille ou petit le destin se ressemble. Avec les années on s'habitue, et il vaut mieux, car les hommes entre eux ne sont pas meilleurs que les bêtes, surtout ne pas croire, ne pas espérer qu'ils viendront aider le plus faible... "

L'auteure réussit parfaitement l'évolution de ses personnages ; on suit avec incrédulité le raisonnement de la mère, les réactions des jumeaux, l'acceptation de leur sort, une résignation par ignorance.
Un livre bouleversant, oppressant, d'une force et d'une intensité incroyables.

Un livre qui fait mal !

10 étoiles

Critique de DE GOUGE (Nantes, Inscrite le 30 septembre 2011, 62 ans) - 27 octobre 2016

Sandrine COLLETTE est décidément un étrange écrivain qui a toute mon admiration !
Alma a parfaitement campé les personnages de ce roman : les personnages, pas les personnes tant dans cet ouvrage on se demande ce que l'individu peut représenter : on ressent plus des destins grossiers, des êtres portés par un inéluctable imbécile et qui s'en vengent sur le faible lequel essaie de survivre !
Ce livre est douleur !
Les seules affectivités restent le rapport fusionnel aux chevaux (la noblesse de ce monde si fruste et l'ivresse de la folie vitale du cavalier-cheval ) et aux chiens (la seule fidélité envisageable)
Ce livre est un gouffre génial, d'une écriture serrée, percutante, violente sans misérabilisme et qui pourtant relate le misérable de l'humain.
On a mal, on vibre, on accompagne et on sort de soi- même pour y croire.
Je recommande à 100%

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