Tout ce qui est solide se dissout dans l'air de Darragh McKeon

Tout ce qui est solide se dissout dans l'air de Darragh McKeon
(All that is solid melts into air)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Marvic, le 5 juin 2016 (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (33 723ème position).
Visites : 991 

Des gens ordinaires

C'est une journée banale en Russie.
Evgueni, jeune prodige de 9 ans, sort de l'école et se fait agresser par deux camarades.
Grigori Brovkin, chirurgien réputé, se rend à l'hôpital pour une longue journée après quelques longueurs à la piscine.
Maria, ouvrière dans une usine après avoir écrit des articles dissidents dans des journaux, ex-femme de Grigori, tante d'Evgueni, donne quelques cours avant d'amener son neveu à l'hôpital,
Artiom, 13 ans, s'apprête à vivre une grande journée : il va enfin pouvoir aller à la chasse avec les hommes du village. Mais cette journée ne se déroulera pas comme prévu : d'abord la découverte d'un troupeau de bœufs couverts de saignements.
"C'est l'instant suivant qui marque le début d'autre chose, un léger basculement dans l'ordre naturel, le moment qu'ils rapporteront dans les milliers de conversations qui marqueront leur vie à venir."
Puis les oies, après le premier tir, au lieu de s'envoler, qui "s'élèvent et retombent au sol".
C'est le 26 avril 1986. Ils sont à 10 km de Tchernobyl.
"C'est le même ciel que nous avons toujours connu. Il est seulement d'humeur différente."

Le destin de milliers d'hommes et de femmes est en train de basculer ; et c'est en suivant ces personnages attachants que nous allons suivre cette catastrophe.
Celui de Grigori, plongé au cœur de la zone, qui comprend le fléau, muselé par le système, alors qu'il sait ce qui va arriver et ce qu'il faudrait faire.
"Aucun représentant de l'autorité n'a mis les pieds ici en dépit de ses demandes quotidiennes. Il veut qu'ils viennent là, dans cet endroit où les idéologies, les systèmes politiques, la hiérarchie, les dogmes, ne sont plus que des mots creux qui appartiennent à des dossiers relégués dans des bureaux poussiéreux. Aucun système de pensée ne peut justifier pareille réalité."

Le jeune Artiom, évacué en urgence avec sa famille, va faire partie des pestiférés dans son propre pays, parqués comme du bétail dans des conditions épouvantables et découvrir l'inhumanité.
Et la vie des moscovites qui continue, dans une ignorance édifiante, encore plus difficile, encore plus pauvre, encore plus muselée :
"Il faudrait un gros tuyau d'arrosage pour nettoyer toute l'Union soviétique, faire table rase du passé. Virer ceux qui sont au pouvoir. Promouvoir les personnes de talent. Écouter les nouvelles idées. Il faudrait procéder à tout cela, mais ça n 'arrivera jamais. Le système ne le permettra pas."

Un roman remarquablement humain à travers les vies de ces gens ordinaires.
Darragh McKeon nous plonge au cœur du drame, tout en nous montrant le courage, la dignité ou la résignation de ces hommes et ces femmes, sans larmoiement ni pathos.
Une très belle découverte.

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Les éditions

  • Tout ce qui est solide se dissout dans l'air [Texte imprimé] Darragh McKeon traduit de l'anglais (Irlande) par Carine Chichereau
    de McKeon, Darragh Chichereau, Carine (Traducteur)
    Belfond / Littératures étrangères (Paris)
    ISBN : 9782714458650 ; 22 EUR ; 20/08/2015 ; 400 p. ; Format Kindle
  • Tout ce qui est solide se dissout dans l'air [Texte imprimé] Darragh McKeon traduit de l'anglais (Irlande) par Carine Chichereau
    de McKeon, Darragh Chichereau, Carine (Traducteur)
    10-18 / 10-18
    ISBN : 9782264068804 ; EUR 8,80 ; 16/03/2017 ; 456 p. ; Poche
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Avril 1986 en URSS

5 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 42 ans) - 11 janvier 2018

A la lecture de la quatrième de couverture, on pourrait croire que "Tout ce qui est solide se dissout dans l'air" traite de ce qu'il est convenu d'appeler la catastrophe de Tchernobyl (oui, parce qu'au final, la centrale ne se trouve pas à Tchernobyl...), et de ses conséquences sur la vie des Russes. C'est vrai en partie seulement, et seulement pour deux des quatre personnages principaux de ce roman de Darragh McKeon. De mon point de vue, ce livre décrit surtout la vie en URSS au travers du quotidien de 4 personnages de milieux plus ou moins différents, et liés entre eux (une tante et son neveu, séparée du chirurgien qui rencontrera plus tard le jeune homme expulsé de son village). Et avant même la catastrophe en question, ce quotidien n'est pas bien rose : l'argent comme la nourriture, l'amour ou la reconnaissance, manquent. Le système communiste agit comme une chape de plomb sur la personnalité, les valeurs et le comportement de chacun, avec le risque à tout moment de déplaire à de hauts fonctionnaires, avec les sanctions associées. Le destin de chacun semble impossible en dehors de l'avenir tout tracé par le parti, et chaque pensée peut conduire à la dissidence. Quant à "l'incident" de la centrale nucléaire, il n'apparait que plus tard dans l'ouvrage, une fois le contexte posé, et on aurait pu s'en passer sans problème. Au final, seulement quelques pages sont consacrées à cet évènement, qui servira de révélateur à la rébellion de Grigori, et apparait comme un exemple particulièrement frappant de l'ingérence de cette époque, mais au final au même titre que les autres (par exemple, sont plus ou moins évoquées : les déportations dans les goulags, la désinformation, l'obligation de pensée unique...).

Je n'ai pas tellement apprécié ce livre. L'histoire peine à s'installer, circonvoluant entre les peines de cœur du médecin, les démêlés d'Evgueni avec ses collègues de classe, et les envies de rébellion de Maria. L'écriture, ou en tout cas sa traduction, manque parfois de fluidité et s'associe à un style froid, presque clinique, des phrases au présent de l'indicatif, qui ont maintenu tout au long de ma lecture une barrière entre moi et ces personnages bien malmenés. Et puis, il y a des moments où je suis carrément passée à côté de l'histoire, par exemple, je n'ai pas compris l'enchainement logique entre les évènements du livre et la prise d'otage ratée de l'usine, cette même nuit qui se transforme en folie furieuse pour Evgueni qui commet l'irréparable avec toute sa ferveur d'enfant. Une lecture un peu décevante pour ma part...

Le jour d'après

6 étoiles

Critique de Traffic (Marseille, Inscrit le 21 septembre 2010, 48 ans) - 25 septembre 2016

A travers quelques protagonistes, on découvre comme dans les romans sur les peuples opprimés un quotidien pas si chouette, une lutte de tous les instants et la relation éternelle des hommes à ce et à ceux qui les entoure. Dans ce livre, ce qui les entoure va devenir une des pires catastrophes nucléaires de tous les temps. Bien narrée avec un réalisme froid et une absence d'empathie, un détachement constant, cette histoire nous plonge dans le concret de ce peuple condamné par l'irresponsabilité des hommes.
J'ai plutôt bien aimé mais j'aurais préféré des personnages plus attachants.

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