Le Dagobert optique de Isabelle Bergoënd

Le Dagobert optique de Isabelle Bergoënd

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Fanou03, le 24 mars 2016 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 45 ans)
La note : 6 étoiles
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Une enquête façon Club des cinq

Éléonore, une jeune graphiste, fait la rencontre, à Strasbourg, de Hoanh, un citoyen vietnamien qui détient un objet énigmatique: une sorte de plaque de verre qui montre, en incrustation, et à la condition qu’elle soit orientée de la bonne façon par rapport à la lumière, une sorte de photographie en couleur, plus vraie que nature, représentant un homme d’origine asiatique et une femme européenne, vêtue à la mode des années 1900. Piquée par la curiosité, la jeune femme va proposer son aide à Hoanh pour percer le mystère qui entoure cet objet.

La référence au Club des Cinq revient régulièrement dans le roman, et guide la construction du récit, bâti sur la trame d’une double énigme: déterminer ce qu’est vraiment l’objet détenu par Hoanh, qui l’a acquis par un héritage inattendu, et parvenir à identifier les personnages qui y sont représentés. Autour d’Éléonore et de Hoanh se constituent alors une équipe hétéroclite, faisant écho à la célèbre série écrite par Enid Blyton: Romuald, le frère d’Éléonore, Oscar, le compagnon de la jeune femme, Yvan, le détective et Nora, une collégienne.

L’écriture est extrêmement soignée et donne une lecture fort plaisante, dans une ambiance pétillante et pleine de bonne humeur, où l’accent est mis sur la camaraderie du petit groupe. Même si le style se veut plutôt léger, influencé sans doute par son modèle de la Bibliothèque Rose, Isabelle Bergöend lui donne une certaine maturité, en évoquant aussi bien les fêlures intimes des protagonistes qu'en montrant les tensions qui peuvent subrepticement éclater au sein de l'équipe. C’est d’ailleurs une des parties inattendues et intéressantes du roman, même si l’auteure n’a sans doute pas osé la développer jusqu’au bout, restant dans un registre de conflits feutrés et assez rapidement résolus.

La consistance du roman, et pour tout dire une belle part de son originalité, vient du rapport qu’il introduit à la physique optique avec cet intriguant "dagobert optique", qui nourrit l’imagination de façon remarquable tout en posant la question de la vraie nature de la lumière et de la couleur. C’est je dois dire tout à fait fascinant, et l’auteure ici fait preuve d’un talent habile de vulgarisatrice qu’il faut souligner. La recherche de l’identité des deux personnes figurant sur la photographie de verre est quant à elle le fil conducteur qui permet d’évoquer le passé colonial de la France et ce qu’il reste de cet héritage culturel ambivalent, nourrissant des réflexions et un dialogue entre Hoanh, Nora, dont les parents sont d’origine algérienne, et Éléonore. Cette dialectique entre la France et les descendants de ses anciennes colonies, la complexité de ce lien, fait à la fois de rejet de d'attirance mutuelle, transmet alors au récit un ton plus grave ou plus mélancolique.

On le voit, il y a donc beaucoup de choses dans Le Dagobert Optique, presque trop, mais il faut reconnaître qu’Isabelle Bergöend parvient avec bonheur à fondre ces différents éléments, et qu’on souhaiterait presque retrouver Éléonore et sa "bande" dans une nouvelle enquête pleine de surprises !

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