Le goût des orties de Junichirô Tanizaki

Le goût des orties de Junichirô Tanizaki
(Tade kuu mushi)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Septularisen, le 2 mars 2016 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 51 ans)
La note : 6 étoiles
Visites : 1 573 

Même les insectes mangeurs de renouées poivre d’eau ont leurs goûts

« Le goût des orties » est l’histoire d’un couple, ou plutôt d’un « non couple » devrais-je dire, puisque, dès le début du roman, on apprend que Kaname et Misako ne s’aiment plus et souhaitent divorcer.

Malheureusement Kaname et sa femme sont des personnes très indécises et d’un caractère passif, aucun des deux n’ose «passer à l’acte» et prendre la décision qui s’impose, par peur du « qu’en dira-t-on ? », des convenances, des traditions, de peur de « froisser » la famille…
Comme ils n’osent assumer publiquement leur divorce, ils vivent dès lors toujours ensemble, s’occupent de la maison et de leur fils unique Hiroshi, mais chacun même sa vie de son côté, au vu et au su de l’autre. Misako a donc un amant Aso, avec qui elle compte un jour refaire sa vie, et Kaname est un habitué des maisons de plaisir et fréquente assidûment Louise, une très belle Eurasienne.

Misako et Kaname comptent sur la visite du cousin de celui-ci, Takanatsu, qui justement est divorcé, pour les aider à prendre une décision et annoncer le divorce à leur fils. Mais c’est finalement auprès de son beau-père, un homme très âge mais qui vit avec sa toute jeune maîtresse O-hisa, fervent défenseur des us coutumes traditionnelles du Japon, qu’il va rencontrer un allié inattendu…

J’avais déjà lu ce livre (en partie autobiographique), au milieu des années 80 lors de sa première parution dans la collection « L’imaginaire » des éditions Gallimard, et je dois dire que j’en avais gardé un très bon souvenir. Même chose 30 ans après! Ce livre est toujours (à l’instar d’autres grands écrivains japonais comme Natsume SOSEKI, Yasunari KAWABATA ou encore Yasushi INOUÉ…), un excellent exemple d’une écriture « typiquement japonaise », il n’y a pas ici véritablement « d’action » de rebondissements ou d’évènements imprévus.
C’est avant tout une longue réflexion sur le mariage, le désamour, la vie, la nature, les sentiments… Tout est ici dans dans les non-dits, dans la pudeur, dans la retenue, le temps qui passe…

L'auteur nous donne un très bel aperçu de la vie et des mœurs dans le Japon des années 30, à l’aube de la Deuxième Guerre Mondiale. Les thèmes sont d’ailleurs ici des plus classiques, la séparation, l’indécision, l’attente, l’introspection, la comparaison entre le Japon traditionnel et le Japon moderne de plus en plus influencé par l’occident…
L’écriture est très belle, raffinée elle aussi typiquement japonaise, simple elle coule toute seule, et les pages se tournent presque sans que l’on ne s’en aperçoive.
Quelques longueurs peuvent apparaître, surtout pour un lecteur occidental, quand p. ex. l’auteur nous décrit en long, en large et en détail, le Bunraku, le théâtre de marionnettes traditionnel de la ville d’Osaka, mais cela est vite oublié devant la beauté des pages suivantes...

Sans doute pas le meilleur livre de TANIZAKI, ni le meilleur livre pour découvrir son style et son œuvre (je conseillerais plutôt les nouvelles du livre « Le chat, son maître et ses deux maîtresses » déjà critiqué sur CL), mais sans aucun doute un grand moment d’écriture et d’introspection!

Rappelons que le nom de Junichirò TANIZAKI a été proposé à 7 reprises pour le Prix Nobel de Littérature.

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